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Le poisson-grenouille: chapitre 4

Posted by on 21 septembre 2012

Le chapitre 4 marque la fin de la « republication » du Poisson-grenouille. Les nouveaux chapitre arriveront dès la semaine prochaine et je garderai le rythme d’un chapitre par semaine (maximum aux deux semaines). Je ne vous laisserai plus languir comme avant, chers lecteurs! 😉

CHAPITRE 4: CACHOTTERIES

Le Pôle Nord n’était plus très loin et la terre devenait de plus en plus rare. Au loin, on pouvait apercevoir la banquise qui recouvrait l’océan et on percevait déjà le son des craquements de la glace. Le drakkar jeta l’ancre dans une petite crique aux eaux tranquilles afin de commencer l’exploration. Tout l’équipage se mis alors au repos pour être prêts à entamer les recherches, mais surtout pour se remettre des fortes émotions des jours précédents. Il était plus de 23h00 et le soleil estival nordique brillait encore dessinant des ombres allongées sur le navire. Seul Fantasio était debout à arpenter le pont, incapable de trouver le sommeil. Le vaccin anti-froid était maintenant autorisé et il avait rangé son manteau avec plaisir. Il marchait lentement, sa pipe à la bouche, pris dans ses pensées. Trop de choses ne tournaient pas rond et il n’aimait pas ça. Mais ce qui l’énervait le plus, c’était la sensation qu’on cachait quelque chose. C’était non seulement l’incident avec Cormoran et Lotus, mais il avait aussi remarqué que le comportement des autres membres de l’équipe avait aussi un peu changé. Peut-être qu’il s’imaginait des drames qui n’existaient pas, mais cette sensation était bien réelle. Soudain, il sorti de ses pensée et aperçu une silhouette accoudée face au soleil. Comme elle était à contre-jour, Fantasio fut incapable de l’identifier, mais il devinait qu’il s’agissait d’une femme. Il pensa au départ que c’était Vivianna mais reconnu finalement la chevelure et l’éternelle blouse de Joséphine.

-Vous aussi vous avez du mal à dormir, madame de Champignac? demanda-t-il en s’accoudant près d’elle.

-Oh Fantasio, c’est vous! Je ne vous avais pas entendu venir. dit-elle tout sourire faisant mine d’ignorer la question. Vous venez m’accompagner pour le spectacle?

-Quel spectacle?

-Les autres ne savent pas ce qu’ils manquent! Nous sommes le jour du solstice d’été, donc le jour du soleil de minuit. Une journée dans l’année, le soleil ne se couche pas. Il s’approche doucement de l’horizon et remonte comme s’il avait décidé à la dernière minute de passer une nuit blanche.

-C’est… euh.. fascinant! dit le journaliste en se demandant quel pouvait être l’intérêt de regarder un non-coucher de soleil.

-Je crois que vous pourriez l’apprécier, cher ami. Et vous, que faites-vous éveillé à cette heure?

-Ce sont tous ces événements qui me turlupinent, répondit-il gravement en tirant sur sa pipe. Je flaire les problèmes.

-Je vous comprends parfaitement. Je suis très concentrée sur nos recherches, mais je ne perds pas de vue ce qui se passe.

-Vous savez, Spirou et moi, on va surveiller ça de près.

-Je n’en attendais pas moins de vous, répondit-elle en souriant. J’ai confiance en mon équipe, mais l’être humain étant ce qu’il est, tout le monde à ses faiblesses. Je crains que certains d’entre eux peuvent mal réagir.

Elle se tût et retourna vers le soleil qui commençait à disparaître derrière la mer. Mais au lieu de s’éclipser totalement, il longea l’horizon et remonta et fit de nouveau scintiller l’océan. Cette prestation s’étendait de longues minutes mais semblait n’avoir duré qu’un instant.

-Vous aviez raison… c’est étonnant, fit Fantasio, sincèrement surpris par le phénomène.

– Bonne nuit, Fantasio… dit-elle avec un sourire mélancolique avant de quitter le pont.

Fantasio ne quitta pas l’horizon du regard. Il repensait à ce que Joséphine lui avait dit: certains membres de son équipe peuvent mal réagir. Qu’est-ce qu’elle voulait dire par là?

***

Après le petit déjeuner, Fantasio décida de commencer une petite enquête et il resta pour discuter avec Gil. Travaillant la plupart du temps discrètement dans sa cuisine, tout près du carré, il était à son avis le mieux placé pour être au courant de toutes sortes d’histoires cachées. Au grand bonheur de Fantasio, il s’ouvrit assez facilement.

-Ça fait des années que je suis sur ce navire et j’en ai vu des choses, dit-il tout en continuant de faire la vaisselle. Je vous mentirais en disant que tout a toujours bien été entre les membres de l’équipe.

-Des conflits?

-Pas de gros conflits, des mésententes disons… Entre Lotus et Vivianna par exemple. Mais maintenant, tout va pour le mieux. Pourquoi ces questions Fantasio?

-Parce que j’ai un pressentiment… N’en parlez à personne, Gil, mais pendant notre escale, Cormoran a vu quelqu’un ou quelque chose qui l’a effrayé sans rien nous dire. En revenant ici, il a pris Lotus à part, sûrement pour lui parler de cela. Je n’aime pas trop les cachotteries, c’est dans ma nature de journaliste.

Gil laissa ses assiettes et il parut soudainement perdu dans de lointains souvenirs. Fantasio attendit patiemment et il revint à la réalité en secouant la tête.

-Il a pu voir un tas de chose, on a rencontré toute sorte de gens. Et, pour être honnête, je crois que Cormoran est la seule personne a qui Lotus fait vraiment confiance.

-Plus que Joséphine?

-Elles ne se connaissent pas vraiment, vous savez. Je serai franc avec vous Fantasio. Nous sommes proches, mais on ne s’est pas choisis: c’est la vie qui a fait croiser nos chemins. On vient tous de milieux si différents. Moi, par exemple: je n’avais jamais quitté mon village près d’Aveiro au Portugal. Puis, j’ai été appelé par la mer et voilà! En quelques mois, j’ai appris le français, mais au début, je ne pouvais pas parler à personne excepté Jo, la seule qui parlait ma langue. J’étais un peu mis à l’écart en plus de faire un travail dans l’ombre. Maintenant ça va bien, mais… je ne me souviens pas si Kurt m’a déjà adressé la parole.

-Ça m’étonne tout ce que vous me dites Gil. Jusqu’à maintenant, j’aimais beaucoup l’ambiance. Jamais je n’aurais pu soupçonner des tensions entre vous.

-Tout va bien quand tout se déroule comme prévu. C’est dans l’adversité que ça se complique. Heureusement, Joséphine est là. Elle est un chef de mission incroyable.

Pendant que Fantasio faisait son interrogatoire, le sous-marin sortait de la cale pour son premier plongeon. Il fut décidé que ce soit Spirou qui y aille, étant donné qu’il était le plus familier avec l’engin. Le submersible n’étant pas étanche, il a dû avant tout mettre une combinaison d’homme grenouille et emporter un casque qui était à la fois un masque et un système d’écouteurs et de micro. Après qu’ils l’aient solidement attaché au treuil, Spirou s’installa à l’intérieur et vérifia les appareils. En même temps, Joséphine lui expliqua pour la troisième fois la route à parcourir. Tout le monde était de bonne humeur; les événements étranges survenus lors du voyage semblaient avoir été oubliés.

-M. le comte, ce vaccin est un vrai miracle! s’exclama Vivianna. Je commence même à avoir chaud; j’aurais dû penser emporter plus de shorts…

-Il n’y a pas de miracles en sciences, ma jeune amie, répondit le mycologue. Ce n’est que le fruit de laborieuses recherches avec peut-être un peu de chance!

-Mais où est passé votre petit écureuil, Spirou? demanda Joséphine en regardant autour d’elle.

-Spip? Ne m’en parlez pas! dit le rouquin. Il refuse de sortir de sa pantoufle! Je crois qu’il a attrapé froid durant le voyage et qu’il a un gros rhume.

-Mais soyez rassurés, affirma Champignac. Je lui administre une petite décoction de mon cru; il sera sur pieds -ou plutôt sur pattes, hé hé- d’ici deux jours.

-Pauvre petite bête… soupira Vivi.

-Vous avez bien compris où vous devez vous rendre, Spirou? demanda Joséphine en revenant aux choses sérieuses

-Soyez tranquille. Vous me l’avez quand même expliqué trois fois. De toute façon, ce n’est qu’un essai.

-Je sais, mais c’est follement excitant! Ça serait formidable si nous trouvions un aujourd’hui.

-Peut-être bien, répondit Spirou en mettant le casque de son scaphandre et en refermant la vitre au-dessus de lui.

La biologiste s’éloigna, Spirou leva un pouce destiné à Cormoran et le submersible s’immergea lentement. Quelques minutes plus tard, presque tout le monde se trouvait dans la salle de communication à surveiller la plongée. Les images prises par la caméra étanche défilaient devant leurs yeux. Pendant un long moment, rien d’étonnant n’apparaissait. Que le paysage marin polaire que Joséphine connaissait déjà par cœur. De l’eau cristalline, beaucoup de poissons, mais pas de lotamure.

-J’ai fait le tour, je reviens! dis Spirou après avoir terminé son trajet.

-Attendez! s’exclama Joséphine dans le micro. Allez vers cette paroi rocheuse à votre gauche.

-Entendu, si vous voulez…

Spirou se dirigea vers l’endroit indiqué et il entendit les voix de Joséphine et de son assistante résonner en chœur dans ses oreilles.

-Stop! Ne bougez plus!!!

Il obéit sans comprendre ce qui se passait. Puis il vit devant lui, entre deux rochers, à peine visible, une tête de poisson avec des yeux de grenouille.

-Nom de nom, le voilà! murmura-t-il pour lui même.

L’endroit était très sombre, mais Spirou n’osa pas allumer les phares pour ne pas effrayer l’animal. Malheureusement, le courant poussant le sous-marin vers le poisson, ce dernier pris soudainement peur et disparu entre les pierres. Un silence révérencieux régnait; Spirou comprenait que sur le navire, les deux biologistes étaient muettes d’admiration.

-Bon. Cette fois-ci, je rentre, annonça-t-il doucement en faisant marche arrière.

À son retour, Spirou fut pratiquement accueilli en héros par Joséphine et son assistante.

-Vous en avez trouvé un! s’écria Vivianna en se jetant au cou du journaliste un peu surpris.

-Nom d’une vache de mer! Je le revois encore avec ses yeux globuleux! s’exclama Joséphine. Tout simplement magnifiques! Et cette couleur! Merveilleusement improbable! Ce soir, nous commencerons les véritables plongées. Maintenant, il faut établir la carte des explorations.

Les deux femmes retournèrent à l’intérieur aussi rapidement qu’elles étaient apparues, laissant Spirou pantois. Fantasio alla féliciter à son tour son ami en lui donnant un tape amicale sur l’épaule. Mais le rouquin avait l’air soucieux et ne semblait pas se réjouir autant que les autres.

-Qu’est-ce qu’il y a, Spirou? s’enquit-il.

-La caméra ne l’a pas capté et j’en ai rien dit, mais j’ai vu un plongeur, avoua-t-il en enlevant sa combinaison.

-Quoi? Tu es certain?

-Tout à fait. Et ce type que Cormoran a clairement vu au Labrador, ça me tourne dans la tête sans arrêt. Je sais que ça paraît insensé, mais s’il y avait un lien?

-Ce bonhomme nous aurait suivi?

-Qui sait?

-Moi aussi ça me trotte dans la tête… Peu importe s’il y a un lien ou non, je pense que le temps est venu de lui poser une ou deux questions.

-J’allais te le proposer!

Voyant que Cormoran avait terminé de ranger le sous-marin, les deux journalistes allèrent lui poser la question. Le mécanicien resta silencieux pendant quelques secondes, puis répondit d’une voix rude :

-Je suis désolé d’être franc, mais ce n’est pas de vos affaires.

-Il y quelqu’un d’autre dans la région alors qu’on nous assuré le contraire, je l’ai vu sous l’eau, annonça Spirou. Si cela a quelque chose à voir avec ce que tu as vu, il faut le dire!

Cormoran arrêta net ce qu’il était en train de faire et se plaça devant les deux journalistes, les bras croisés.

-T’as vu quelqu’un? T’es certain? demanda-t-il a Spirou qui acquiesça. Il y a peut-être un lien, mais peut-être pas, dit-il finalement en retournant à son ouvrage.

-Je commence à en avoir marre de ces secrets!

-Du calme Fantasio. Cormoran, nous sommes ici pour couvrir l’exploration scientifique, pas pour révéler je ne sais quel secret. Tu peux nous faire confiance. Si le navire est en danger, il faudrait mettre les autres au courant, non?

-Je ne sais pas… Je ne suis pas certain de ce que j’ai vu. Ça risque de faire annuler la mission pour rien.

-Mais que risque-t-il de nous arriver de nous arriver dans le pire des cas?

-Je ne sais pas… dit-il en secouant la tête. Il se retourna pour signifier que la discussion était maintenant close.

-Bon, on n’obtiendra rien de lui, je suppose… grommela Fantasio.

-S’il ne veut rien dire, nous on va parler. Tout le monde doit savoir qu’il y a quelqu’un d’autre ici. Peut-être que ça va délier des langues.

-À propos, j’ai eu une petite discussion avec Gil.

Fantasio résuma ce que le cuisinier lui avait appris sans oublier ce que Joséphine avait révélé sur son équipe lors du soleil de minuit. Spirou soupira à la fin de son récit.

-Je n’aime pas ça Fantasio… J’ai l’impression que si on veut savoir quelque chose, on ne pourra compter que sur nous.

Comme tout le monde était très occupé à la suite de la découverte, Spirou pris la décision d’attendre le prochain repas pour annoncer la nouvelle. Sur le choc de la révélation, tout le monde s’arrêta de manger et de longues minutes de silence passèrent avant que quelqu’un se décide à le briser.

-Un phoque peut parfois ressembler à un homme-grenouille, lorsqu’on le voit de loin, dit Joséphine qui était malgré tout sceptique.

-Je peux vous assurer qu’il ne s’agissait pas d’un phoque. En revanche, c’est vrai, je l’ai vu de loin.

-Ici, l’eau est très claire, il est possible jusqu’à d’assez longues distances, dit Vivianna tout en reprenant sa fourchette en main. Mais dans l’eau, c’est difficile à évaluer.

-S’il y a vraiment quelqu’un, que diable fait-il ici? demanda Kurt qui commençait à devenir inquiet.

-M. le comte, vous ne dites rien, constata Fantasio. À quoi pensez-vous?

-Loin de moi l’idée de vous alarmer, mais l’arctique est un endroit qui garde de nombreux secrets, dit gravement le vieil homme. De nombreux peuples sont passés par ici. Et j’ajouterais même qu’il y est plutôt aisé de cacher quelconque secret… Je suis prêt à parier qu’il ne sont pas à la recherche d’un poisson comme nous, mais plutôt de quelque chose qui a plus de valeur à leur yeux. S’il s’agit bien d’un intrus.

-S’il s’agit bien d’un intrus… répéta Joséphine pour elle-même.

-C’est possible que quelque chose soit caché, raisonna Ike en se frottant le menton. Les choses qu’auraient pu laisser mes ancêtres ici peuvent avoir une certaine valeur archéologique, mais très peu de valeur monétaire. Par contre…

-Par contre? demandèrent les neuf autres d’une seule voix.

-L’endroit a vu passer beaucoup de sous-marins pendant les guerres. Durant la deuxième guerre mondiale, surtout durant la guerre froide. Mais, encore une fois, rien de valeur. Qui donc voudrait de la vieille épave d’un sous-marin soviétique disloqué par le froid?

-On ne sais jamais ce qui peut intéresser les crapules, Ike, dit Spirou. Mais, il est impossible de savoir pour l’instant ce qu’il vient faire ici, et même de savoir s’il a de mauvaises intentions.

-Ce qui est certain, dit le capitaine avec sa voix claire, c’est qu’il faut prendre tout cela au sérieux. Je vais m’informer auprès des autorités; peut-être sont-ils au courant et ils ont omis de nous en parler. Dans tous les cas, il faut rester vigilent. Cet événement s’ajoute aux autres qui sont survenus depuis notre départ; ils sont peut-être liés.

-Je pourrais aller faire des recherche s’il n’y aurait pas quelque chose intéressant dans le coin, proposa Kurt.

Castillo et Joséphine approuvèrent d’un hochement de tête et le technicien avala en vitesse une dernière bouchée avant de quitter le carré.

-En même temps… c’est peut-être seulement une coïncidence et on s’énerve pour rien… remarqua Lotus.

-Il ne faut pas prendre de chances! dit sèchement Vivianna.

Fantasio la fixa en haussant les sourcils. Décidément, il ne fallait pas l’énerver cette fille. Il soupira, mécontent de l’avoir cru différente. Comme elle avait peur que l’atmosphère se tende, Joséphine décida de changer de sujet et de parler des perspectives encourageantes des recherches. L’effet fut instantané et tout le monde devint soudainement plus détendu. Mais Spirou et Fantasio n’étaient pas satisfaits.

-Qu’est-ce que tu en penses? demanda le blond à la fin du repas alors que tout le monde avait quitté le carré. As-tu remarqué que Cormoran n’a pas dit un mot de la discussion?

-Oui, j’ai remarqué… Je pense qu’on devrait laisser ça comme ça pour l’instant, on ne peut pas faire grand chose de plus…

-Je suis d’accord. Il faut seulement garder l’œil ouvert, en attendant.

-De toute façon, on a un travail à faire, n’est-ce pas?

Les deux journalistes quittèrent donc la table à leur tour et allèrent chacun de leur côté. Fantasio décida de profiter de la lumière du midi pour prendre des photos. De son côté, Spirou décida de faire un peu d’écriture. En retournant à la cabine, il fut surpris d’y retrouver Spip complètement rétabli. Il sautillait un peu partout et essayait de faire comprendre au rouquin qu’il était grandement temps de le nourrir.

-Les potions du comte… on ne peut pas dire que ça ne fonctionne pas, murmura-t-il pour lui-même. Bon, bon! J’ai compris, Spip. Allez viens, on va aller voir Gil s’il n’a pas quelque chose à te donner à grignoter.

Le cuisinier sorti avec plaisir un pot de noix et de fruits séchés pour le rongeur qui se régala. Trop heureux d’enfin se dégourdir les pattes, Spip ne resta pas longtemps en place et après s’être rassasié, il détala à l’extérieur. Spirou remercia Gil et décida de sortir lui aussi, l’écriture pouvait un peu attendre. Il ne pourrait dire combien de temps il s’est promené sur le bateau immobile, mais au bout d’un moment, il se dit qu’il ne pouvait plus prendre plus de retard dans son écriture. En revenant vers sa cabine, il croisa Ike qui venait de faire remonter le sous-marin. Joséphine était partie faire elle-même une reconnaissance des lieux. Il alla donc l’accueillir. Il eu de la difficulté à la reconnaître en combinaison et elle avait de plus attaché ses cheveux noirs en chignon lâche sur le dessus de sa tête. Ses yeux pâles laissaient transparaître un certain malaise.

-Vous allez bien Joséphine? Demanda-t-il prudemment.

-Vous tombez bien, dit-elle en l’apercevant. Je voulais vous parler, Spirou. Vous aviez raison. J’ai vu moi aussi quelqu’un. Impossible pour moi de le confondre avec un autre animal, je vous assure. Je peux même vous dire qu’il était environ à deux kilomètres de moi. Je ne vous avais pas cru et maintenant je m’en veux.

-Il y a peut-être une raison de s’inquiéter, finalement.

-Ce que je sais, c’est qu’il faut se concentrer sur les recherches, puisque ce que j’ai vu n’apporte rien à ce que vous nous avez déjà dit. D’ailleurs, nous ne plongerons pas tout de suite; j’ai fait le tour de la région et il semblerait que nous aurions beaucoup plus de chance de croiser plus des spécimens si nous nous déplaçons un peu plus à l’ouest. En partant d’ici, le problème disparaîtra peut-être par lui-même.

-Si vous le croyez… Mais si on n’y va pas maintenant, pourquoi aie-je vu Cormoran plonger il y a environ une heure?

-Il ne m’en a pas parlé… Il voulait sans doute tester les équipements. Je vous laisse; on doit avoir une discussion d’équipe sur notre déplacement. Et ne vous inquiétez pas, je garde l’œil ouvert, malgré tout.

Spirou n’était pas convaincu par la biologiste. Elle essayait de fuit le problème, mais ça la dérangeait réellement, c’était facile de s’en rendre compte. « Depuis le tout début, ça la dérange que les choses n’aillent pas exactement comme prévu. »pensa-t-il. « Ce n’est pas vraiment de mes affaires, mais je me demande quand même si le comte a réussi à parler avec elle… »

Plus tard, Kurt arriva avec les nouvelles. La région n’avait absolument rien qui n’ait une quelconque valeur. Même le pétrole y était inexploitable. Mais Spirou était curieux de voir par lui-même. Il alla donc emprunter la connexion Internet du navire pour faire ses propres recherches sur la région. Mais après presque une heure, il était toujours bredouille. Kurt et Ike avaient dit la vérité, ou bien le secret était vraiment caché. Peut-être que pour une fois, lui et Fantasio c’étaient vraiment inquiétés pour rien.

-Je comprends que vous vous posiez des questions, Spirou. Mais je trouve votre obstination illogique.

Spirou sursauta. Il n’avait pas entendu Lotus entrer dans la salle.

-Je sais, mais je préfère vérifier les choses par moi-même, répondit-il en retournant à l’écran.

-Cette qualité vous honore, dit-elle en esquissant un demi-sourire.

Elle alla s’asseoir en silence à l’autre bout de la salle, croisa les jambes et les bras en ne quittant pas le rouquin de ses yeux verts glacials.

-Vous voulez utiliser Internet? demanda le journaliste pensant qu’elle attendait après lui.

-Je sais que vous vous demandez ce que Cormoran a vu et je suis d’accord avec vous; il faut que tout le monde le sache. Mais ce n’est pas à moi à l’annoncer.

-Mais si vous êtes ici, c’est que vous voulez m’en parler, n’est-ce pas?

Elle ne répondit pas, mais baissa le regard. Spirou prit cette réaction pour une réponse positive.

-Pourquoi il vous a mis dans le secret, mais pas les autres?

-On a eu quelques problèmes il y environ un an avec quelques personnes. Je n’en dirai pas plus là-dessus. Cormoran et moi sommes les seuls à avoir vu leur chef, un Russe dont je tairai le nom.

-Et c’est lui qu’il croit avoir vu?

-C’est absurde, vous savez. On a appris il y a huit mois qu’il était maintenant en prison pour dix ans. Et moi, je ne l’ai pas vu cette journée-là.

-C’est votre réaction qui est absurde, Lotus. Il faut le dire, voyons! Ça peut s’évader des prisonniers, vous savez!

-On est des scientifiques, pas des policiers. Et je ne crois pas que ce soit lui que vous avez vu; ce n’est pas le genre à plonger. L’important, c’est la mission.

-Moi, je ne suis pas scientifique et je veux en savoir plus. Pour l’instant, je ne dirai rien à l’équipage de ce que vous m’avez dit, docteur, car j’apprécie votre confiance. Mais je ne resterai pas là sans rien faire.

Spirou sorti de la salle sans dire un mot de plus. La réaction de Lotus le frustrait. Il trouvait que tout le monde sur ce navire avait la fâcheuse habitude de se cacher la tête dans le sable. Sa décision était prise: dès que le drakkar jettera l’ancre de nouveau, Fantasio et lui iront eux-même explorer les lieux.

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