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Le poisson-grenouille: Prologue et chapitre 1

Posted by on 17 septembre 2012

Le poisson-grenouille est une fanfiction que j’avais déjà commencée sur l’ancien Fandom. Comme il y avait des délais énormes entre les chapitres et que le dernier date d’il y plus d’un an, j’ai décidé tout simplement de la redémarrer ici. Cela permettra à tout le monde qui l’avait déjà lue de se remettre dans le bain et aux autres de lire le début avant que je commence à poster la suite. Les autres chapitres déjà publiés seront republiés au courant de la semaine. Bonne lecture! 🙂

PROLOGUE

Un jeune Ursus maritimus, mieux connu sous le nom d’ours polaire, marchait nonchalamment sur la banquise nordique. La fin de l’hiver offrait un peu plus de soleil aux habitant de cette région inhospitalière du globe et notre ours en profitait pour se dégourdir les pattes. Arrivé au bout de la banquise, il plongea dans l’eau cristalline afin d’aller en quête de nourriture. Dès les premiers instants de sa baignade, l’ours vit quelque chose d’inhabituel à un endroit qu’il connaissait pourtant très bien depuis qu’il était ourson. Des ombres étranges se mouvaient au fond de l’océan et des vibrations méconnaissables fit perdre à Ursus le goût de continuer sa nage. Il décida alors de remonter sur la glace. Il se secoua avec énergie afin de se libérer de l’eau glacée restée emprisonnée dans ses poils épais. Il recommença sa marche et gravit une petite butte blanche. De l’autre côté, il vit avec consternation qu’on avait construit un bâtiment gris et encore plus froid que le pôle sur la belle étendue immaculée. L’ours grogna. Il commençait décidément à y avoir beaucoup trop d’humains dans son habitat… Il rebroussa donc chemin à la recherche d’un endroit plus tranquille pour chercher sa pitance.

Un Homo sapiens, mieux connu sous le nom d’être humain, regardait par la fenêtre le paysage glacial qui s’étalait devant ses yeux. Il souriait. Mais ce n’était pas un sourire paisible de contemplation, mais plutôt un sourire sournois d’avidité. Toute cette glace qui cache de tels trésors… Dans un bâtiment gris et froid, il attendait patiemment le moment opportun pour aller les convoiter. Son esprit se laissa emporter dans des idées de richesse et de pouvoir et il se mit à rire seul d’un rire machiavélique. Il ria encore plus fort lorsqu’il vit un imposant ours polaire faire volte-face et s’éloigner de lui au même moment, lui donnant une image indiscutable de sa supériorité. Ses beaux jours seraient-ils de retour?

CHAPITRE 1: L’EXPÉDITION

Fantasio regardait distraitement le paysage de campagne qui défilait devant ses yeux, confortablement assis dans un siège d’autocar. Il était encore tôt le matin. Trop tôt selon le journaliste qui détestait être tiré du lit à des heures aussi matinales. Assis à sa droite, Spirou lisait attentivement le journal du jour tandis que Spip mangeait discrètement des noisettes, blotti entre les deux sièges.

Assis juste devant eux, le comte Pacôme Hégésippe Adélard Ladislas de Champignac était tout à fait absorbé par ses pensées et semblait oublier le monde autour de lui. Fantasio se remémora alors la conversation qu’ils avaient eu avec le comte deux semaines plus tôt, alors qu’ils dégustaient un canard au chanterelles au Château de Champignac. Il avait semblé très emballé à propos d’une expédition à laquelle il allait collaborer. Une expédition sur un bateau avec une grande biologiste qui était en charge d’une recherche très signifiante pour la science selon lui. Il était resté très vague sur le sujet, ne disant jamais très exactement de quoi il s’agissait. Néanmoins, il avait demandé au deux journalistes de faire partie eux aussi de cette expédition. Spirou et Fantasio avaient donc accepté avec enthousiasme de l’accompagner, même s’ils ignoraient en quoi consistait cette expédition. Spirou était d’ailleurs assez surpris que le comte ne leur en dise pas plus; ce n’était pas dans ses habitudes. Après lui avoir posé la question, le scientifique répondit que lui-même ne savait que peu de choses. Il ne voulait pas s’avancer avant de rencontrer la biologiste en question. Ils savaient seulement qu’ils allaient au nord. D’ailleurs, Fantasio avait aperçu par hasard dans les bagages un grand nombre d’ampoules du vaccin anti-froid, une trouvaille géniale et très pratique qui datait déjà de plusieurs années, mais qui n’augurait rien de bon quant à la température à laquelle ils allaient être exposés. Maintenant qu’il était dans le car qui les conduisait au port, Fantasio se demandait s’il avait bien fait d’accepter cette proposition. Après tout, il n’avait aucune idée dans quoi ils s’embarquaient. Il fut tiré de ses réflexions par son ami qui avait remarqué son air songeur.

-Ça va, Fantasio? À quoi tu penses? lui demanda Spirou en repliant son journal.

-Hein? Oui, oui, ça va… Je me demandais seulement si nous avions bien fait d’accepter d’accompagner le comte pour cette expédition. On ne sait même pas où on s’en va sur le… quel est le nom du navire déjà?

-Le Drakkar.

-Oui c’est ça, le Drakkar! Tu parles d’un nom… bref, qui sait dans quoi on s’entraîne; j’aurais aimé en savoir un peu plus.

-Mais voyons, Fantasio! Comme si nous avions peur de l’aventure! De toute façon, avec ce qu’il nous a dit, ça n’a pas l’air bien dangereux… Ce n’est qu’une expédition scientifique, après tout.

-Mais avec Champignac, on ne sait jamais. Dans le nord en plus! Qui sait, peut-être qu’on va se retrouver en plein pôle nord. Brrrrr. Même si nous sommes au mois de juin, ça doit être froid.

-Arrête d’être si grincheux! On arrive bientôt, je crois qu’il ne reste qu’une demi-heure de route.

Fantasio grommela puis décida de changer de sujet. Il demanda à son ami quelles nouvelles intéressantes il avait lu dans le journal. Leur discussion tourna alors autour de mauvaises nouvelles mondiales et de potins politiques. Puis, comme Spirou l’avait prédit, une trentaine de minutes plus tard, le car s’immobilisa non loin du port et les quelques personnes présentes à bord descendirent tranquillement.

-Sabre de bois! sursauta le comte sur son siège. Nous sommes déjà arrivés à destination? Je n’ai pas vu le voyage passer, ma foi!

-Oui, M. le comte, nous sommes arrivés, lui répondit Fantasio en prenant son sac de voyage. Et j’ai bien hâte de savoir ce qui nous attend, d’ailleurs.

-Soyez patient, mon jeune ami. Hé! Hé! Hé!

-Pourrions-nous au moins savoir qui est cette grande biologiste dont vous nous avez parlé? insista le blond. Vous semblez très excité à l’idée de la voir.

-Maintenant, je peux bien vous le dire, si je suis si impatient, c’est qu’il s’agit d’un membre de ma famille que je n’ai pas vu depuis plusieurs années.

-Un membre de votre famille? Une « de Champignac »? dit Spirou, intrigué.

-En effet, il s’agit de ma chère nièce Joséphine Raymonde Artémise de Champignac, brillante biologiste et océanographe, spécialiste en biologie marine. La dernière fois que je l’ai vue, elle entamait ses études universitaires, ce qui ne rajeuni personne, sac à papier!

-Votre nièce… fit le rouquin comme pour lui-même. Nous ne connaissions pas ce membre de votre famille! Le seul que nous connaissons en fait, c’est votre petit-neveu Aurélien. S’agit-il de sa mère?

-Joséphine est la tante de ce petit garnement d’Aurélien. Elle est en fait la plus jeune fille de mon frère cadet, le père d’Aurélien étant le fils aîné.

-Ah bon. D’accord… baragouina Spirou en tentant de reconstruire rapidement dans sa tête ces branches de l’arbre généalogique du comte.

-Bon alors, c’est votre nièce, c’est magnifique, je suis très heureux de pouvoir la connaître. Mais ça ne nous dit pas où nous allons et ce que nous allons faire à cet endroit.

-Vous le saurez dans peu de temps. Nous allons directement la rejoindre sur le Drakkar. Elle m’a dit qu’il était amarré au quai #9. Allons-y!

Sur ce, il se leva énergiquement et il ajusta son manteau avant de prendre à son tour son bagage. Tout content d’enfin pouvoir bouger, Spip fut le premier à descendre du véhicule. Aussitôt sur le sol, il s’étira les pattes et sautilla dans tous les sens avant de rejoindre les autres. Ceux-ci étaient déjà partis à la recherche du Drakkar, les jeunes hommes transportant en plus de leurs sac une malle de matériel. Après quelques minutes de marche, ils aperçurent un bateau beaucoup plus petit que les cargos et les paquebots qu’il côtoyait. C’était un beau voilier de 50 mètres, vert forêt, au bastingage blanc et dont les trois principaux mats s’élevaient comme des flèches dans le bleu du ciel. Le nom Drakkar était écrit en lettres blanches, juste au-dessus de l’ancre, sur la proue. Celle-ci, effilée, donnait au navire une élégance et une image de puissance malgré sa petite taille. Il semblait être fait pour fendre les eaux.

Sur le pont très encombré, quelques personnes s’affairaient activement. En s’approchant, ils virent distinctement une jeune femme que Spirou identifia tout de suite comme étant Joséphine de Champignac. Ses cheveux long et noirs encadraient un visage long et sérieux alors qu’une frange droite lui cachait les sourcils. Sous son sarrau blanc, elle portait une jupe noire et un chemisier vert pomme qui lui donnait une élégance bien de sa famille. Avec de gestes assurés, elle paraissait donner des indications aux autres qui travaillaient avec elle, mais les bruits environnants couvraient le son de sa voix pour ceux qui n’étaient pas à bord du navire. Alors qu’elle se retournait pour saisir un câble sur le bastingage, elle aperçut les trois hommes qui marchaient vers le bateau et son visage blanc s’illumina soudain d’un grand sourire.

-Mon oncle! s’écria-t-elle d’une voix claire et puissante qui .

Elle jeta le câble sur le pont et dévala la passerelle de bois qui reliait le navire au quai et les deux journalistes furent très surpris de voir qu’elle portait aux pieds une paire d’espadrilles qui contrastait avec le reste de sa tenue.

-Ma chère Joséphine! s’écria le compte à son tour en lâchant sa valise. Quel plaisir de te revoir après toutes ces années!

Elle se jeta dans les bras du vieil homme et les deux plus jeunes restèrent surpris. Ils n’étaient pas habitués de voir le mycologue faire de telles démonstrations d’affection envers une personne.

-Joséphine, commença-t-il en tenant la jeune scientifique par les épaules, permets-moi de te présenter mes jeunes amis Spirou et Fantasio. Et leur petit animal: Spip!

-Ah! Les deux journalistes! Mon oncle m’a dit beaucoup de bien de vous. Je suis honorée de vous rencontrer. Bienvenue à bord!

Joséphine s’avança vers eux en tendant la main. En la lui serrant, Spirou fut renversé par ses yeux bleu argenté très pâle. Le fait de les voir juste en-dessous de sa frange noir charbon accentuait encore plus leur pâleur, les rendant semblables à deux perles. Il salua poliment la jeune scientifique et détournant malgré lui son regard. Après avoir salué les deux jeunes hommes, elle se pencha pour saluer l’écureuil qui attendait patiemment, avec son petit baluchon, le moment d’embarquer.

-Et bienvenu à bord, toi aussi! Bon, fit-elle en se relevant. Venez avec moi!

Elle laissa passer les jeunes hommes devant elle et prit son oncle un peu à part.

-Avez-vous ce que je vous avais demandé? lui murmura-t-elle.

-Oui, bien sûr.

-Et l’appareil…?

-N’aie crainte, il devrait arriver en début d’après-midi.

-Parfait! Cette expédition est très importante pour moi.

-D’ailleurs, si vous me permettez Mlle de Champignac, l’apostropha Fantasio, il serait peut-être temps de nous en dire un peu plus sur cette expédition. Parce que, jusqu’à maintenant, M. le comte fut très avare de commentaires.

-Vous avez raison, Fantasio et je vous comprends. Allons au carré*, je vais vous expliquer tout cela.

Ils embarquèrent sur le navire et la biologiste les guida vers l’intérieur. Il débouchèrent sur une pièce de grandeur confortable, sans doute la plus grande du navire. Une table en bois massif prenait la majorité de l’espace. On pouvait aussi voir un fauteuil, une bibliothèque remplie de livres sur toutes sortes de sujets, une autre table plus petite et une télévision à écran plat était accrochée au mur. Au fond de la pièce, séparée du carré comme tel par des portes coulissantes qui étaient ouvertes à ce moment-là, se trouvait la cuisine dans laquelle un jeune homme aux cheveux noirs, petit et vif, s’affairait déjà à remplir les placards et le réfrigérateur. Joséphine prit dans la bibliothèque une chemise beige avant de s’asseoir à son tour à la table.

-C’est Gil, notre cuistot, dit-elle en regardant vers la cuisine. Vous verrez: il fait des merveilles!

Gil lui rendit son sourire et fit un signe de tête pour saluer les nouveaux arrivants.

-Bon! Passons aux choses sérieuses! Il ne faut pas en vouloir à mon oncle de ne vous avoir rien dit, je ne lui ai raconté que les grandes lignes de l’expédition et je lui avait demandé d’être discret. Je voulais attendre de vous avoir tous les trois devant moi pour tout vous expliquer.

– Nous vous écoutons, Joséphine, dit Spirou qui commençait à devenir impatient d’en savoir un peu plus.

-Comme à peu près tous les membres de ma famille, commença-t-elle en lançant un regard complice au comte, je m’intéresse à beaucoup de choses en dehors de mon champ d’étude principal. Moi, ma seconde passion, c’est la paléontologie. Et j’avoue que, déformation professionnelle oblige, je m’intéresse en particulier aux espèces marines. Je vous explique brièvement le contexte. Il y a quelques semaines, un pêcheur Inuit a attrapé un poisson qu’il n’avais jamais vu auparavant. Sachant que c’était dans mon domaine, on m’a alors fait parvenir une photo et une description de l’animal. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque j’ai découvert que le poisson en question était en fait un Lotamura ranistœsi, donc de l’espèce des Lotamures, une espèce que l’on croyait disparue depuis la dernière grande extinction, il y a quelques millions d’années! Je me suis alors dit: « Nom d’une baleine à bosses! Voilà une chance à ne pas laisser passer! » J’ai donc fait les démarches nécessaires et je suis devenue responsable de la recherche pour aller dans cette région du monde et tenter d’en savoir plus sur ce Lotamura et pourquoi est-il miraculeusement de retour dans le règne animal. J’ose espérer que ce ne soit pas seulement dû au réchauffement planétaire et à la fonte des glaces qui en résulte. C’est ce que nous allons découvrir!

-J’avais raison… soupira Fantasio. Nous allons nous retrouver au pôle nord…

-En fait pas exactement au pôle nord, mais dans l’océan arctique.

À ce moment, elle sorti de la chemise une petite carte de la région qu’ils allaient explorer.

-Dans cette chemise se trouve les informations générales de l’expédition, expliqua-t-elle. Elle est toujours placée dans la bibliothèque, à portée de tous, pour consultation. Nos explorations se dérouleront près du territoire canadien et du Groenland, expliqua-t-elle en désignant une ligne rouge sur la carte qui délimitait la zone. Comme nous somme presque en été, la route sera dégagée des glaces pour le passage du Drakkar et les plongées seront beaucoup faciles que si nous étions en hiver.

-C’est une bonne chose que nous soyons en été, dit Fantasio avec un léger ton de sarcasme dans la voix. Mais dites-moi Joséphine, il n’y a pas des pays qui se battent pour revendiquer leur bout de banquise, là-bas? On n’a pas de risque de se faire envoyer par le fond par une torpille, au moins?

-Ne plaisantez pas Fantasio! Nous avons évidemment les autorisations des autorités responsables pour faire ces recherches et nous ne devrions pas être dérangés. Il est évident que la situation politique actuelle dans le nord a quelque peu compliqué les choses, mais la science se moque des frontières! Et les pays en question n’en sont pas rendus à utiliser les armes, voyons! Pour en revenir aux recherches, notre but, c’est de trouver d’autres individus afin de découvrir le plus d’informations possible sur ce poisson et, surtout, de découvrir les causes qui ont fait en sorte qu’il réapparaisse. C’est pour nous aider dans ces recherches que j’ai demandé a mon cher oncle de me prêter une de ses inventions. Je savais que mon cher oncle avait inventé un petit sous-marin d’une grande maniabilité et je me suis dit que c’était l’occasion ou jamais! Ce sera notre première mission où nous devrons utiliser un sous-marin, l’aire des recherches étant très grande. Et nos fonds ne sont pas suffisants pour nous en procurer un autre aussi rapidement.

-Le sous-marin? Vous lui avez prêté votre sous-marin, M. le comte? demanda Fantasio surpris que le comte n’en ai pas touché un mot plus tôt.

-En effet. Hé! Hé! Le camion qui le livre arrivera dans quelques heures. D’ailleurs, depuis plusieurs semaines, je travaillais à l’améliorer afin qu’il devienne résistant aux basse températures des latitudes auxquelles nous nous rendons.

-C’est une très bonne idée! s’enthousiasma Spirou. C’est un engin très pratique et discret.

-C’est la raison pour laquelle il m’intéressait, dit Joséphine. Nous allons tout d’abord explorer avec le sous-marin et ensuite en plongée individuelle. Nous devons réussir, au moins, à l’observer dans son milieu naturel, le spécimen découvert par le pêcheur n’ayant malheureusement pu être conservé. Le vaccin anti-froid va grandement faciliter cette étape.

-Et, si tu me permets, ma chère, c’est moi-même qui lui a proposé le vaccin. Joséphine n’était pas au courant de cette invention.

-Et j’ai tout de suite accepté! Cette découverte tout bonnement géniale lorsqu’il y a des recherches dans les eaux polaires à faire. Cela facilitera beaucoup les choses et nous permettra de plus d’économiser sur l’équipement. Quant à vous, mon oncle m’a longuement vanté vos talents journalistiques. Je suis très heureuse que vous couvriez nos recherches.

-C’est avec un grand plaisir, Joséphine! dit Spirou

-Oui, approuva son ami qui avait retrouvé sa fougue journalistique. Merci à vous de nous permettre d’avoir l’exclusivité de vos découvertes! Vous verrez: vous ne serez pas déçue! On est de vrais pros!

-À la bonne heure! Si tout va bien, nous partirons ce soir avec la marée. Je vous présenterai les membres de l’équipe plus tard alors qu’ils seront tous présents. Nous serons une petite dizaine au total. Vous verrez: l’ambiance est formidable ici!

-Je me réjoui d’avance. Maintenant, si tu le permets, ma nièce, nous allons nous installer.

-Bien sûr, bien sûr. Il faut me pardonner, je ne peux m’arrêter de parler d’un sujet ‘aussi passionnant! Je vous montre vos cabines et je vous donne ensuite votre liberté! Vous pouvez aller où vous voulez sur le navire. Si vous avez des questions, ne vous gênez pas pour venir me voir; je ne suis jamais loin!

-Je me demande de quoi à l’air ce poisson; on se donne tant de mal pour lui… murmura Fantasio en se levant.

-Nom d’un calmar géant! s’écria la biologiste qui avait entendu le commentaire du reporter. Je suis d’une distraction inouïe! J’ai justement ici le cliché qu’on a réussi à prendre du Lotamura ranistœsi découvert et je tenais absolument à vous la montrer. C’est tout à fait émouvant de pouvoir contempler un animal que l’on croyait « mort » depuis des millions d’années…!

Joséphine sorti fébrilement de la chemise une grande photo où on pouvait voir le spécimen posé sur le blanc cru de la banquise, couché sur le flanc. Son corps verdâtre et costaud était muni de trois paires de larges nageoires qui se dressaient derrière ses branchies, sur les côtés de son abdomen ainsi qu’à la base de sa queue allongée, lui donnant l’impression d’avoir des pattes. Ce qui frappait le plus sur cet étrange animal était les deux gros yeux globuleux situés sur les côtés de sa tête plate et qui ressortaient du crâne à la manière de certains amphibiens.

-Ha! Ha! Il a une de ces têtes! s’esclaffa Fantasio.

-Je vous en prie, mon jeune ami. Ce Lotamure ne vous a rien fait, alors il est bien inutile de s’en moquer! s’indigna le comte de Champignac.

-Désolé M. le comte, mais vous avouerez: il ressemble à une grenouille avec six nageoires à la place des pattes! Vous ne trouvez pas qu’il a l’air d’une grenouille?

-Hé! Je dois admettre que tu as raison, Fantasio, approuva le rouquin en riant à son tour.

-Mais oui! s’écria Joséphine en tapant dans ses mains, ce qui fit sursauter tout le monde. Nous n’avions pas de nom vernaculaire à notre poisson! Vous l’avez trouvé, Fantasio! Ce sera le poisson-grenouille! Merveilleux! Je vais tout de suite aller informer les autres! Le poisson-grenouille! Il fallait y penser!

-Hé! Hé! fit Fantasio fier de sa trouvaille, pendant que la biologiste quittait le carré. Je pense que je vais aimer ce voyage!

Spirou sourit. Il était content de voir son ami qui avait retrouvé sa bonne humeur et se dit qu’un reportage tranquille et sans grands dangers était le bienvenu. Après tout, les régions polaires n’étaient-elles pas reconnues comme étant d’une grande tranquillité?

(*) Le carré est une pièce sur un navire qui sert de salon, de lieu de rencontre et de salle à manger. À ce qu’on m’a dit, certains pensent qu’on lui donne ce nom en raison du trou carré dans la table où on y met les condiments afin qu’ils restent en place malgré les mouvements du navire.

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