Numéro 4606 du 22/07/2026
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/les-tuniques-bleues- ... s-chevaux/
Pour la première fois, ce ne sont pas des humains mais des animaux qui sont au centre de l’illustration de couverture de Lambil. Est-ce avisé, étant donné que la relégation de Blutch et Chesterfield en petit à l’arrière plan fait ressortir la perte de maîtrise de l’encrage minutieux, même si cela peut être justifié par l’histoire mettant en scène nombre d’animaux, en particulier dans ce chapitre où ceux-ci défilent. Mais plus que Lambil, c’est le coloriste (Léonardo?) qui s’est emmélé les pinceaux (au sens propre ou figuré, j’ignore sa technique de travail) en confondant des jambes arrières des chevaux. L’arrière-boutique consacrée à Fred Neidhart, outre ses commentaires sur ses méthodes de travail et celles de Lambil sur les TB et la passion que cette série lui inspire, est révélatrice par la comparaison de son storyboard, dont les cases sont construites à horizontal, et la planche qu’en fait Lambil, au bâti bien plus nuancé en horizontales et diagonales. Lambil est autodidacte, et dans ses BD c’est toute la construction de la peinture classique occidentale qui remonte inconsciemment, de la pyramide de la couverture aux diagonales croisées de la case 4 planche 19. Quant à Neidhart, il introduit une nouvelle intrigue gag, avec la déprime de Starck en miroir de celle de Lee.
À l’inverse de Neidhart qui dit le plaisir qu’il a « à storyboarder Les Tuniques Bleues, car ça lui donne l’occasion de dessiner ces personnages qu’il aime depuis toujours », Frefon, facétieux, fait deux pages de Jeux avec d’autres personnages de la série mais ni Blutch, ni Chesterfield.
Suite des Nouvelles aventures de Max Beaumont, qui dans la tradition de certains Tif et Tondu tant de Rosy que de Tillieux équilibre sur 5 pages action, enquête, humour, et scientisme aux limites de la SF et du fantastique, avec un supplément de dilemme moral pour le héros, un marqueur qui le range dans la catégorie des héros de BD contemporains. Nicoby ne recherche pas l’élégance du dessin de Will, mais son trait jeté fonctionne parfaitement, ainsi lorsqu’il met le visage d’un bandit juste assez en lumière pour qu’on puisse être impressionné par son rictus mais qu’on ne puisse totalement l’identifier, laissant du mystère pour la suite. Suite de Spirou et Fantasio avec, comme l’avant dernière, et en alternance avec la précédente toute en action, de nouveau une planche bavarde humoristique, dans laquelle, pour éviter la lassitude, Trondheim introduit deux faux suspenses qu’il résoud en gag. Suite et fin des Cavaliers de l’apocadispe sont hyper sages à la mer, avec un changement d’approche de la part de Libon, dont en général les actions de ses personnages les entrainent dans une situation qui en entraine une plus énorme, dans un effet boule de neige, alors qu’ici les gags fonctionnent sur la répétitivité des gestes des enfants entrant et sortant des cases sur cinq pages pour chercher des outils pour délivrer Jé, et celle du son, les dizaines de « poc poc » de Ludo tapant sur le roc où Jé est prisonnier, pour donner plus d’impact au « bleng » libérateur final, immobilité due bien sûr au contrôle que veut exercer sur les enfants la mamie craintive. Suite aussi des mésaventures du Stagiaire, qui se retrouve cette fois dans la famille de Jacques Louis, dont chaque membre prend soin de lui à sa façon. Suite enfin, en quelque sorte, de Pendant ce temps, au coin perdu, de Adam de Souza, les quatre strips formant une hitoire en une planche qui appelle une suite, et le personnage central est le chien Penny, qui y exprime sa personnalité qui culpabilise. Et toujours sur la traduction, le subjonctif remplacé par un indicatif est-il une erreur de grammaire (le subjonctif français faisant partie des espèces grammaticales les plus menacées de disparition) ou signifie-t-il le niveau de langage de l’enfant qui s’exprime ?
Outre les 6 bonnes séries (à suivre) et apparentées (j’ai eu un instant de frayeur en voyant Orbit annoncé au sommaire, heureusement c’était une erreur de rédaction), ce numéro propose trois histoires complètes, dont deux nouveaux épisodes de Au coin de ma rue, la série au storyboard muet de Vincent Zabus et Nicolas Turon, qu’un dessinateur scénarise et dessine. Le ton tranche avec les précédents épisodes, toute nostalgie en est absente, et lorgne même vers l’humour, avec tout d’abord une histoire de Denis Bodard sur un figurant qui se fait un film au sens figuré, à défaut du sens propre, dans les tons brun clair (ce n’est pas précisé dans le cahier des charges mais chaque histoire a sa tonalité de couleur), puis Alexandre Clérisse fidèle à ses histoires alambiquées, poussée cette fois dans une truculente parodie d’histoire d’espionnage, dans les tons violets qu'il affectionne.
Suit une nouvelle mésaventure de Perdus, à l’aéroport de Dubanbul cette fois, où Lisa Mandel, Pochep et Stéphane Chesneau expriment avec délectation l’ambiance kitsch et aseptisée de ces gigantesques hubs de transport, où les enfants introduisent, involontairement comme d’habitude, un grain de sable en la personne de Frédule qui, malade, vomit partout. Comme toujours leurs personnages secondaires qui jouent le rôle du sauveur sont bien trouvés, avec la « technicienne de surface » moyen-orientale prénommée Cindy, emblème involontaire du revers du cosmopolitisme commercial de ces lieux.
Dans les gags, les Fabrice sont en admiration devant la longévité et le renouvellement d’une série comme Les Tuniques Bleues, tandis que dans Huguette et Croquette, Huguette, elle, au contraire de Max Beaumont, refuse sa d’être mise à la retraite, et fait du militantisme en vacances. Nouvelle direction, dans tous les sens du terme, pour Titan inc., puisque c’est un ploutocrate qui y prend le pouvoir à l’occasion de la désunion des démocrates, et tente de le modifier à sa gloire. Paul Martin et Manu Boisteau seraient-ils inspirés par l’actualité politique? Pieter De Poortere révèle que son École des mauvais parents est aussi L’école des mauvais maîtres (d’animaux de compagnie). Influence des vacances ? Toujours est-il que trois gags de La pause-cartoon se passent à la mer, comme est de circonstances caniculaire et sportive l’illustration du Bon d’abonnement par Cromheecke et Thiriet au gag drôle et original sur une autre raison de s’abonner à Spirou. Trondheim, Delaf et BenBK poursuivent leur Gaston au rythme estival d’une demi planche par semaine, les lettres des vacances de Jeanne completant la page. Le gag de Gaston est déjà vu et les dialogues faciles (« Bon sang...Du sang ! »), mais l’invention de Gaston est bien trouvée. Nob dans Les filles utilise la forte personnalité et le côté associal de Panda pour un bon gag sur l’inconséquence de la hype consumériste, un client du café où travaille Panda lui donnant par ailleurs l’occasion de croquer un personnage plus caricatural que les habituels. Enfin le Freuby qui s’était échappé de La pause-cartoon se retrouve dans les marges, mis au placard comme le sous-entend Sti dans une réponse (sur un autre sujet) dans Le courrier des lecteurs.
Dans les rubriques, La leçon de BD de Marko se poursuit, avec Loisel qui esquisse une planche pour expliquer des règles de composition, et le supplément pour les abonnés est un strip book de Ami Inintéressant et Anne-Perrine Couët, un recueil de strips issus des réseaux sociaux de Spirou d’une série comique se passant dans le monde de l’entreprise (gérée par des créatures infernales, un thème fécond, puisqu’on le retrouve, évidemment, dans Zombillénium , ou le très drôle et méconnu Satanisme et éco-responsabilité , de Loïc Sécheresse), une de plus, témoignage que, entre les séries se passant à l’école et celles dans le monde du travail, Spirou est destiné autant à leurs parents qu’aux enfants. Ces suppléments se retrouvent d’ailleurs dans une pratique qui avait disparu du journal depuis des années, celle du référendum, en l’occurence un mini référendum sur quelques suppléments abonnés, qui exclue donc le lectorat en kiosque et autres marchands de journaux. Est-ce une bonne stratégie publicitaire ?
Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
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heijingling
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Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
Numéro 4607 du 29/07/2026
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/sur-le-ring-avec-mi-mouche/
Le dessin de couverture de Carole Maurel représente Colette, gants de boxe aux poings, et Elias, immobilisés sur un pas de danse dans un éclairage entre la séquence fantasmagorique de L’apprenti sorcier dans Fantasia Disney et les éclats des boules disco, la légende soulignant la proximité entre ces deux arts, Cassius Clay/Mohamed Ali étant le plus illustre représentant de ce lien, légende qui rappelle que Spirou est lui aussi monté « sur le ring ». La page de présentation est un résumé (rédigé par Damien Perez) par Colette, aka Mi-Mouche, de la situation, sous forme des raisons qui l’ont poussée à pratiquer la boxe, et il faut aller en ligne https://spirou.com/mi-mouche-lemotion-qui-tape-juste/ pour l’entretien de présentation avec les autrices, qui parlent enfin de ce qui constitue ma principale réserve envers cette série, le déni de la violence inhérente à la boxe, la scénariste Véro Cazot rendiquant vouloir valoriser cette pratique aux yeux du grand public, entreprise tout-à-fait estimable (Véro Cazot : "Je trouvais ludique, dans ce tome 3, de nous mettre, Carole, les lecteurs et moi, à la place de Colette, qui va faire son premier combat sur le ring. On va donc apprendre et rentrer dans le vif du sujet avec elle ! Peut-être qu’avoir ces éléments de règlement rassurera les parents, qui auront ainsi l’assurance que la boxe est un sport cadré, pas juste du combat où on tape comme on veut.") Mais elle admet qu’il lui “est arrivé de regarder des combats d’adolescentes, où la violence est plus cadrée que dans les combats adultes. Si Mi-Mouche était un personnage adulte, j’aurais plus de mal à illustrer mon discours non-violent !”
Mais ce n’est pas le seul dessein de cette série ambitieuse, qui combine problèmes individuels et sociaux, la question féministe étant abordée, sans manichéisme, par les préjugés envers ce qui est censé convenir aux filles et aux garçons, ainsi ce chapitre d’ouverture sur la difficulté à faire accepter que la boxe peut aussi être un sport féminin. On retrouve les qualités de coloris, de mise en page et en scène (planche 7, la scène de rue bien observée et retranscrite) de Carole Maurel, mais aussi ses défauts, de perspective (planche 8), mais qui n’est qu’un problème technique, et surtout le fait, influence des mangas, et peut-être aussi par volonté de ne pas choquer, que les visages soient privés de toute spécificité, rendus anodins, et se ressemblent tous, ce qui amène à relever une autre édulcoration, l’occultation du fort déterminisme social de la boxe, sport en marge par sa violence directe, et où les marginaux (sociaux et ethniques) sont surreprésentés. Et ici, leurs visages étant tous semblables, Carole Maurel différencie ses personnages par leur coiffure, et leur couleur de peau : on voit que la moitié des membres du club de boxe de Colette, y compris le coach, sont de minorités ethniques.
Sti reprend le jeu de mots des albums de Mi-Mouche numérotés Premier, deuxième, troisième round, en numérotant ainsi ses jeux, de même que Bernstein et Bercovici, que cette série inspire également, font un test permettant de déterminer quel mi-quoi on est (Mi-ckey, Mi-chel Vaillant, et pourquoi pas Mi-ni récit...)
Quatrième chapitre des Nouvelles aventures de Max Beaumont, sans Max Beaumont (qui n’est que cité verbalement et visuellement), car ce sont les deux autres personnages qui y prennent l’initiative, méthode pour s ‘épanouir chacun selon sa personnalité. Par l’attention portée au monde populaire (la cour de l’immeuble du journal, la vieille dame), que l’on voyait déjà dans Imbattable, cette série se situe dans la lignée des auteurs de polars européens qui donnaient, par les simples descriptions de personnages et de lieux, une importante dimension sociale à leur œuvre (Georges Simenon, Léo Malet, Boileau-Narcejac, Jean-Patrick Manchette..). Suite des Tuniques Bleues, où le scénariste Fred Neidhart, après avoir dans le chapitre précédent bâti un gag sur la déprime de Starck en miroir à celle de Lee, refait un parallèle entre les deux camps en introduisant un espion sudiste chez les nordistes, après le nordiste chez les sudistes, mais qui cette fois sert un tournant scénaristique. Par ailleurs les animaux qu’apportent à Lee ses hommes pour le consoler permettent à Lambil de dessiner le temps de quelques cases une véritable ménagerie exotique, dont un kangourou (rappelons que sa dernière histoire de Sandy dans Spirou remonte à 1974 et avait donné lieu à une couverture sans Sandy mais avec des kangourous). Suite de Orbit, intitulée Saison 1 Épisode 2 (pour justifier sa parution irrégulière?). Si le dessin de Fabrizio Petrossi, ultra caricatural, aux antipodes de celui de Carole Maurel,et son encrage très marqué, se démarquent de l’ensemble des BD du journal (chacun appréciant ce contrepoint selon ses goûts), et si le surgissement du gorille dans une case me fait penser à de telles ellipses visuelles chez Bottaro, en revanche des passages comme Orbit parlant d’un chat et d’un âne tout en désignant un gorille et une humaine, ou un reproche (« Vous en avez mis du temps, pour arriver ») sans réaction font penser à des erreurs de traduction au mieux, ou à des facéties involontaires d’une AI au pire...Suite du Stagiaire, qui se rend cette fois chez Véro Gally et Véro Cazot, cette dernière en pleine séance de création qui la montre possédée comme dans L’exorciste (on comprend que certaines auteurices veuillent dissimuler les secrets de leur inspiration), sans doute émulée par Véro Gally pour une planche très drôle et, avec Mi-Mouche, sa deuxième série dans le journal cette semaine. Mais la véritable vedette de ce numéro, même si ce n’est signalé nulle part, est Lewis Trondheim, qui y scénarise 4 séries, dont deux vedettes. Certains se souviendront que dans L’atelier Mastodonte il avait demandé à récupérer le canapé où Raoul Cauvin créait lorsqu’il était à la rédaction. C’était donc une étape dans son ambition qui se révèle maintenant de devenir le nouveau scénariste ubiquitaire du journal. Tout d’abord, Spirou et Fantasio qui, après la course poursuite des semaines précédentes, se trouvent dans une impasse, ce qui donne un répit au récit, où Trondheim et Juanungo construisent une séquence où se déroulent en parallèle un gag verbal (avec Spirou) et un gag visuel (avec Fantasio et le Marsupilami), Gaston apportant lui aussi une contribution importante, et où seul Spip n’est qu’un figurant effacé, ce qui tranche avec ses fortes interventions précédentes. Gaston Lagaffe ensuite, dans le dessin duquel ressort de plus en plus la patte de Delaf, ainsi case un son Gaston marchant en dormant, où son dessin caoutchouteux (comme le Munuera de Spirou) mais unidimensionnel ne permet de représenter que Gaston marchant et seuls ses yeux clos signifient son sommeil, là où le dessin polyphonique de Franquin lui permettait de faire ressentir à la fois marche et sommeil. Puis Boulette, où Aude Picault poursuit sa galerie de chats de gouttière, ici un chat jaune efflanqué ébouriffé, enfin Manoir à louer, où son grand’père tente de persuader Nina de faire rentrer sa BD dans des moules, un peu comme certains conseils trop généraux de Ta leçon de BD, par exemple cette semaine où l’invité est le dessinateur-storyboadeur storyboarder Loran, qui répète que « le dessin est au service de l’histoire », ce qui est plus dans la tradition d’Hergé que dans celle de Franquin ou de Mœbius.
Pas d’histoires complètes dans ce numéro, mais dans les autres gags, L’édito montre les Fabrice jouant aux légendes de la boxe, Huguette et Croquette, toujours à la plage, face à des gamines redoutables commerçantes, et d’amusants dialogues de Théoschu pour les enfants justifiant leurs prix par « l’infraction, la guerre au moyen-âge, tout ça... ». En une seule planche de Elliot au collège, avec des images et dialogues simples et justes, Théo Grosjean révèle d’importantes félures qui permettent de comprendre et d’avoir de la compassion pour Dylan le caïd de l’école. C’est paradoxalement cette sensibilité particulière à l’intime qui en fait un auteur si apprécié d’un large public, tant commercialement (sa série précédente adaptée en dessin animé) que reconnu intellectuellement (invité à "Mot pour Mots", le festival littéraire du Monde, du Nouvel Obs et de Télérama, par Riad Sattouf, qui le publie et parraine). Titan inc. toujours en mode Schtroumpfissime sur la folie des grandeurs, Working dead, qui confirme que si certains zombies peuvent tout-à-fait mener une vie normale, pour d’autres, différemment atteints (au cerveau ici), c’est plus problématique. Ced et Gorobei refont dans Gary C. Neel le gag classique de l’erreur de colis dans une amusante nouvelle version. Dans L’épée de bois, le jeune Gulmont poursuit sa quête en compagnie du polymorphe lapin tueur, tour à tour bestial, protecteur ou faible, et commence à l’apprivoiser, lui donnant un nom : comme le préconise le grand’père de Nina dans Manoir à louer, va-t-il lui aussi partie des nombreux héros de BD ayant un animal de compagnie ? Enfin dans Les filles Roxanne se retrouve toujours autant en porte-à-faux avec le système scolaire.
Pour finir, une publicité nous apprend que Naruto fait dorénavant partie des personnages vedettes du Parc Spirou...
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/sur-le-ring-avec-mi-mouche/
Le dessin de couverture de Carole Maurel représente Colette, gants de boxe aux poings, et Elias, immobilisés sur un pas de danse dans un éclairage entre la séquence fantasmagorique de L’apprenti sorcier dans Fantasia Disney et les éclats des boules disco, la légende soulignant la proximité entre ces deux arts, Cassius Clay/Mohamed Ali étant le plus illustre représentant de ce lien, légende qui rappelle que Spirou est lui aussi monté « sur le ring ». La page de présentation est un résumé (rédigé par Damien Perez) par Colette, aka Mi-Mouche, de la situation, sous forme des raisons qui l’ont poussée à pratiquer la boxe, et il faut aller en ligne https://spirou.com/mi-mouche-lemotion-qui-tape-juste/ pour l’entretien de présentation avec les autrices, qui parlent enfin de ce qui constitue ma principale réserve envers cette série, le déni de la violence inhérente à la boxe, la scénariste Véro Cazot rendiquant vouloir valoriser cette pratique aux yeux du grand public, entreprise tout-à-fait estimable (Véro Cazot : "Je trouvais ludique, dans ce tome 3, de nous mettre, Carole, les lecteurs et moi, à la place de Colette, qui va faire son premier combat sur le ring. On va donc apprendre et rentrer dans le vif du sujet avec elle ! Peut-être qu’avoir ces éléments de règlement rassurera les parents, qui auront ainsi l’assurance que la boxe est un sport cadré, pas juste du combat où on tape comme on veut.") Mais elle admet qu’il lui “est arrivé de regarder des combats d’adolescentes, où la violence est plus cadrée que dans les combats adultes. Si Mi-Mouche était un personnage adulte, j’aurais plus de mal à illustrer mon discours non-violent !”
Mais ce n’est pas le seul dessein de cette série ambitieuse, qui combine problèmes individuels et sociaux, la question féministe étant abordée, sans manichéisme, par les préjugés envers ce qui est censé convenir aux filles et aux garçons, ainsi ce chapitre d’ouverture sur la difficulté à faire accepter que la boxe peut aussi être un sport féminin. On retrouve les qualités de coloris, de mise en page et en scène (planche 7, la scène de rue bien observée et retranscrite) de Carole Maurel, mais aussi ses défauts, de perspective (planche 8), mais qui n’est qu’un problème technique, et surtout le fait, influence des mangas, et peut-être aussi par volonté de ne pas choquer, que les visages soient privés de toute spécificité, rendus anodins, et se ressemblent tous, ce qui amène à relever une autre édulcoration, l’occultation du fort déterminisme social de la boxe, sport en marge par sa violence directe, et où les marginaux (sociaux et ethniques) sont surreprésentés. Et ici, leurs visages étant tous semblables, Carole Maurel différencie ses personnages par leur coiffure, et leur couleur de peau : on voit que la moitié des membres du club de boxe de Colette, y compris le coach, sont de minorités ethniques.
Sti reprend le jeu de mots des albums de Mi-Mouche numérotés Premier, deuxième, troisième round, en numérotant ainsi ses jeux, de même que Bernstein et Bercovici, que cette série inspire également, font un test permettant de déterminer quel mi-quoi on est (Mi-ckey, Mi-chel Vaillant, et pourquoi pas Mi-ni récit...)
Quatrième chapitre des Nouvelles aventures de Max Beaumont, sans Max Beaumont (qui n’est que cité verbalement et visuellement), car ce sont les deux autres personnages qui y prennent l’initiative, méthode pour s ‘épanouir chacun selon sa personnalité. Par l’attention portée au monde populaire (la cour de l’immeuble du journal, la vieille dame), que l’on voyait déjà dans Imbattable, cette série se situe dans la lignée des auteurs de polars européens qui donnaient, par les simples descriptions de personnages et de lieux, une importante dimension sociale à leur œuvre (Georges Simenon, Léo Malet, Boileau-Narcejac, Jean-Patrick Manchette..). Suite des Tuniques Bleues, où le scénariste Fred Neidhart, après avoir dans le chapitre précédent bâti un gag sur la déprime de Starck en miroir à celle de Lee, refait un parallèle entre les deux camps en introduisant un espion sudiste chez les nordistes, après le nordiste chez les sudistes, mais qui cette fois sert un tournant scénaristique. Par ailleurs les animaux qu’apportent à Lee ses hommes pour le consoler permettent à Lambil de dessiner le temps de quelques cases une véritable ménagerie exotique, dont un kangourou (rappelons que sa dernière histoire de Sandy dans Spirou remonte à 1974 et avait donné lieu à une couverture sans Sandy mais avec des kangourous). Suite de Orbit, intitulée Saison 1 Épisode 2 (pour justifier sa parution irrégulière?). Si le dessin de Fabrizio Petrossi, ultra caricatural, aux antipodes de celui de Carole Maurel,et son encrage très marqué, se démarquent de l’ensemble des BD du journal (chacun appréciant ce contrepoint selon ses goûts), et si le surgissement du gorille dans une case me fait penser à de telles ellipses visuelles chez Bottaro, en revanche des passages comme Orbit parlant d’un chat et d’un âne tout en désignant un gorille et une humaine, ou un reproche (« Vous en avez mis du temps, pour arriver ») sans réaction font penser à des erreurs de traduction au mieux, ou à des facéties involontaires d’une AI au pire...Suite du Stagiaire, qui se rend cette fois chez Véro Gally et Véro Cazot, cette dernière en pleine séance de création qui la montre possédée comme dans L’exorciste (on comprend que certaines auteurices veuillent dissimuler les secrets de leur inspiration), sans doute émulée par Véro Gally pour une planche très drôle et, avec Mi-Mouche, sa deuxième série dans le journal cette semaine. Mais la véritable vedette de ce numéro, même si ce n’est signalé nulle part, est Lewis Trondheim, qui y scénarise 4 séries, dont deux vedettes. Certains se souviendront que dans L’atelier Mastodonte il avait demandé à récupérer le canapé où Raoul Cauvin créait lorsqu’il était à la rédaction. C’était donc une étape dans son ambition qui se révèle maintenant de devenir le nouveau scénariste ubiquitaire du journal. Tout d’abord, Spirou et Fantasio qui, après la course poursuite des semaines précédentes, se trouvent dans une impasse, ce qui donne un répit au récit, où Trondheim et Juanungo construisent une séquence où se déroulent en parallèle un gag verbal (avec Spirou) et un gag visuel (avec Fantasio et le Marsupilami), Gaston apportant lui aussi une contribution importante, et où seul Spip n’est qu’un figurant effacé, ce qui tranche avec ses fortes interventions précédentes. Gaston Lagaffe ensuite, dans le dessin duquel ressort de plus en plus la patte de Delaf, ainsi case un son Gaston marchant en dormant, où son dessin caoutchouteux (comme le Munuera de Spirou) mais unidimensionnel ne permet de représenter que Gaston marchant et seuls ses yeux clos signifient son sommeil, là où le dessin polyphonique de Franquin lui permettait de faire ressentir à la fois marche et sommeil. Puis Boulette, où Aude Picault poursuit sa galerie de chats de gouttière, ici un chat jaune efflanqué ébouriffé, enfin Manoir à louer, où son grand’père tente de persuader Nina de faire rentrer sa BD dans des moules, un peu comme certains conseils trop généraux de Ta leçon de BD, par exemple cette semaine où l’invité est le dessinateur-storyboadeur storyboarder Loran, qui répète que « le dessin est au service de l’histoire », ce qui est plus dans la tradition d’Hergé que dans celle de Franquin ou de Mœbius.
Pas d’histoires complètes dans ce numéro, mais dans les autres gags, L’édito montre les Fabrice jouant aux légendes de la boxe, Huguette et Croquette, toujours à la plage, face à des gamines redoutables commerçantes, et d’amusants dialogues de Théoschu pour les enfants justifiant leurs prix par « l’infraction, la guerre au moyen-âge, tout ça... ». En une seule planche de Elliot au collège, avec des images et dialogues simples et justes, Théo Grosjean révèle d’importantes félures qui permettent de comprendre et d’avoir de la compassion pour Dylan le caïd de l’école. C’est paradoxalement cette sensibilité particulière à l’intime qui en fait un auteur si apprécié d’un large public, tant commercialement (sa série précédente adaptée en dessin animé) que reconnu intellectuellement (invité à "Mot pour Mots", le festival littéraire du Monde, du Nouvel Obs et de Télérama, par Riad Sattouf, qui le publie et parraine). Titan inc. toujours en mode Schtroumpfissime sur la folie des grandeurs, Working dead, qui confirme que si certains zombies peuvent tout-à-fait mener une vie normale, pour d’autres, différemment atteints (au cerveau ici), c’est plus problématique. Ced et Gorobei refont dans Gary C. Neel le gag classique de l’erreur de colis dans une amusante nouvelle version. Dans L’épée de bois, le jeune Gulmont poursuit sa quête en compagnie du polymorphe lapin tueur, tour à tour bestial, protecteur ou faible, et commence à l’apprivoiser, lui donnant un nom : comme le préconise le grand’père de Nina dans Manoir à louer, va-t-il lui aussi partie des nombreux héros de BD ayant un animal de compagnie ? Enfin dans Les filles Roxanne se retrouve toujours autant en porte-à-faux avec le système scolaire.
Pour finir, une publicité nous apprend que Naruto fait dorénavant partie des personnages vedettes du Parc Spirou...
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Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
Concernant le commentaire sur Lambil et le dessin des kangourous, la bande dessinée suivante est anthologique : elle provient de la double page publiée dans Le Journal #2022, dans laquelle le dessinateur – qui était alors en charge de « Les Tuniques bleues » – avait une interview personnelle avec Dupuisheijingling a écrit : ↑dim. 9 août 2026 10:56 Numéro 4607 du 29/07/2026
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/sur-le-ring-avec-mi-mouche/
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Suite des Tuniques Bleues, où le scénariste Fred Neidhart, après avoir dans le chapitre précédent bâti un gag sur la déprime de Starck en miroir à celle de Lee, refait un parallèle entre les deux camps en introduisant un espion sudiste chez les nordistes, après le nordiste chez les sudistes, mais qui cette fois sert un tournant scénaristique. Par ailleurs les animaux qu’apportent à Lee ses hommes pour le consoler permettent à Lambil de dessiner le temps de quelques cases une véritable ménagerie exotique, dont un kangourou (rappelons que sa dernière histoire de Sandy dans Spirou remonte à 1974 et avait donné lieu à une couverture sans Sandy mais avec des kangourous).
Image extraite des archives bd (AlexBraun et altri). Copyright Cauvin & Lambil - Dupuis
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Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
En fait, Pauvre Lampil a été créé au moment où Lambil dessinait encore Sandy et venait à peine de reprendre les Tuniques Bleues, donc le personnage de Lampil a toujours été représenté comme l'auteur de Panty et son kangourou...Franco B Helge a écrit : Concernant le commentaire sur Lambil et le dessin des kangourous, la bande dessinée suivante est anthologique : elle provient de la double page publiée dans Le Journal #2022, dans laquelle le dessinateur – qui était alors en charge de « Les Tuniques bleues » – avait une interview personnelle avec Dupuis![]()
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Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
Numéro 4608 du 05/08/2026
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/yoko-tsuno-affronte- ... emporelle/
Roger Leloup est l’un des rares auteurs à réaliser occasionellement de très gros plans du visage de son héroïne pour des couvertures du journal, et non pas, comme Etien l’avait fait récemment pour Champignac en le mettant dans l’ombre pour donner une sensation de mystère mais au contraire en la mettant en pleine lumière, avec un regard non effrayé mais intrigué par une étrange lumière, ce qui en dit long sur le lien particulier qu’il entretient avec elle, comme il le dit dans la page de présentation, « La vie a été généreuse avec moi, ne serait-ce que parce qu’elle m’a offert la grande chance de croiser Yoko... » (Et relever que ces gros plans ne sont que des cases agrandies n’a aucune pertinence). Ce n’est pas la seule spécificité de cet auteur, qui intensifie et dramatise les actes les plus anodins : «J’ai d’excellentes gouttes calmantes. » Calmez-vous, Sir Mac Kinley, il ne s’agit que de nettoyer de la poussière dans les yeux, et de l’eau ou une serviette humide suffisent, nul besoin de gouttes calmantes, et nul besoin a fortiori qu’elles soient « excellentes ». Ce que Jacobs faisait avec les encadrés (« Soudain, le feu passe au rouge ! »), Leloup le fait avec les dialogues, qui en deviennent emphatiques et ne sonnent pas naturels, ce qui peut rebuter, mais donnent un ton unique à cette série, de même le fait que chaque séquence soit rendue significative pour l’histoire ou la personnalité des personnages, ainsi lors du décollage brusque d’un hydravion, Yoko constate « Décollage en puissance...Émilia a dû s’approprier les commandes », pour témoigner de l’impétueuse personnalité de la jeune Émilia, cette remarque, inutile pour l’histoire, servant par ailleurs, surtout ponctuée d’un point gros d’affirmation rouge, à introduire incertitude et suspense là où il n’y en a probablement pas : si Leloup consacre une case à isoler Yoko pour faire cette remarque sur un ton intrigué, cela doit annoncer quelque chose, se dit le lecteur…Leloup a été l’un des premiers, dans la BD populaire, où l’histoire domine tout le reste, à prendre des chemins de traverse pour y explorer la sensibilité de ses personnages. Leloup a ainsi été doublement précurseur, en créant une héroïne, non occidentale de surcroit, et en la traitant comme un être sensible et non un personnage de papier. Toute proportion gardée, il a été à la BD FB ce qu’a été Ursula Le Guin à la SF. Un dernier point, en marge mais cohérent avec l’esprit de la série, une remarque en passant, mais dès le premier dialogue de la planche 1, selon laquelle un véhicule volant « made in Scotland » est « vu le climat international ...plus indiqué » qu’un appareil russe, incongrue à priori dans une BD de SF jeunesse, témoigne encore que pour Leloup Yoko est comme un véritable être vivant, ici et maintenant.
Mais ce n’est pas, loin de là, la seule note politique de ce numéro. On retrouve bien sûr Titan inc., sur la prise abusive et l’abus de pouvoir, et la folie des grandeurs qui s’ensuit (encore une référence à une actualité qui malheureusement s’éternise) mais aussi, plus inattendu, Nelson où la rédaction de Spirou demande, « Avec les tensions actuelles, pourriez-vous utiliser des accessoires moins militaires... », enfin dans Huguette et Croquette. La personnalité rebelle d’Huguette est à la base de la série, mais dans cette planche, l’auteur Théoschu semble faire comme Cyril Pedrosa dans Auto-bio et L’atelier Mastodonte, un écologiste se moquant de travers des écologistes, lui se moque de gauchistes qui abusent de façon indécente de certains mots (« Non à l’apartheid ! » hurle-t-elle lorsqu’un jeune homme lui propose dans le car une place plus appropriée aux personnes agées), et honnissent la société de consommation lors d’actions financièrement pas désintéressées du tout, tout comme l’opportuniste Huguette qui profite de la révolte déplacée qu’elle à elle-même créée pour refourguer avec bénéfice des bracelets élastiques qui l’encombrent.
Dans les (à suivre), un bon deuxième chapitre de Mi-Mouche, car si la série a pour base les difficultés à surmonter un traumatisme passé, et traite donc d’évolution dans le temps, ce chapitre en est exemplaire, avec une touche de suspense sur de futurs ennuis annoncés par un geste de la caïd harceleuse de l’école, des problèmes du présent rendus physiquement présents avec les difficultés de recrutement d’éléments féminins dans le club de boxe, la scénariste Véro Cazot en profitant pour glisser un vécu à un personnage secondaire et même fugace, et les fantômes du passé revenant pour Halloween, rappelant à bon escient qu’au delà du tsunami commercial qu’elle est devenue, c’est au départ une commémoration des morts, le jeu ne permettant pas toujours d’effacer la douleur, comme le montre Carole Maurel dans une scène ponctuée d’une grande case qui lui permettent de déployer les tons orange qu’elle affectionne. Enfin, la remarque de Colette sur « les boxeuses encore plus rares que les danseurs » est en deça de la réalité, car de Rudolf Noureev à Alvin Aley, Michael Clarck ou Shen Wei, nombreux sont les danseurs célèbres, ce qui est loin d’être le cas des boxeuses, et cela en dit long sur les regards contraints et contraignants que pose la société sur l’usage du corps. Suite de Max Beaumont, où Jousselin et Nicoby s’amusent à reprendre des scènes tant de fois vues dans les BD d’aventure, comme l’arrivée d’un personnage devant le mur d’enceinte d’une luxueuse villa type manoir, où une porte semble dissimulée, et qui s’introduit grâce à une branche surplombante, scène qui me fait immédiatement penser au Prisonnier du Bouddha ou à Gil Jourdan et les fantômes, d’autres lecteurs auront d’autres références, mais les renouvelant par le scénario qui dans chaque chapitre amène nouvelle piste et rebondissements, par les relations entre Max beaumont et la jeune fille, chargées de différences de caractère et générationnelle, ou encore par les jurons d’un personnage signifiés par des griffonages illisibles (à comparer aux traditionnels, quelque peu dépassés et si malhabilement tracés caractères chinois (et un nippo-chinois) encore utilisés par Lambil planche 34). Avant dernier chapitre des Tuniques Bleues, qui débute par successivement deux de ces longues cases muettes ou quasi, qui s’étendent sur toute la largeur de la planche, que Lambil affectionne au point qu’elles en sont devenues un marqueur graphique de la série, et qui montre surtout que le scénariste dessinateur Fred Neidhart a parfaitement intégré le système narratif de la série et sait faire plaisir à son dessinateur, comme il en a récupéré le mordant antimilitariste, exprimé par le cynisme de Stillman devant la colère surjouée et éhontée des gradés nordistes, aussi indécente que celle du général sudiste Lee. Par contre, le scénariste se retrouve une fois de plus à l’étroit dans le carcan des 44 pages, qui ne lui permet pas de développer toutes ses idées, ici le gag des espions de chaque camp se croisant est réduit à de l’anecdotique, sacrifié pour laisser place aux nombreuses scènes sur la relation entre Lee et son cheval. La planche hebdomadaire de Spirou et Fantasio débute comme les Tuniques Bleues par une large case, mais directement utilitaire, pour renforcer la longueur du bateau et symboliser la fuite de celui-ci, tandis que chez Lambil elles sont plus rythmiques, esthétiques et expriment des sensations. On retrouve également le Trondheim de l’Oubapo, le téléphone portable de Spirou, qui n’apparaisait au départ que comme un gag, se révélant comme une contrainte que s’impose l’auteur, et qu’il impose à Spirou. Nous retrouvons Le Stagiaire qui avait été congédié par Gally l’envoyant chez les « plus conventionnels » Lisa Mandel et Pochep, les connaisseurs de leurs œuvres pouvant savourer la dérision de la remarque, qu’ils reprennent en prodigant de « vieux conseils de mamie » comme dit Lisa Mandel. C’aura été toutefois les premiers conseils (relativement) utiles reçus, le problème étant qu’ils ne concernent pas vraiment la technique de BD… Jonathan Munoz et Anne-Claire Thibault-Jouvray, en plongeant les apprentis tueurs de dragons de L’épée de bois dans une quête, font aussi de cette série de gags une forme de série (à suivre) hebdomadairement ponctuée, comme Spirou et Fantasio, les gags étant toutefois privilégiés sur l’aventure. Au dela des séries (à suivre) proprement dites, des thèmes déclinés sur plusieurs semaines et des animations telles que le Stagiaire ou, dans En direct de la rédac, un dessin de Dodier répondant à une carte qu’avait envoyée Willy Woob publiée dans le numéro précédent créent un lien durable entre les numéros, les auteurices et les lecteurices, durable par rapport aux interactions éphémères des réseaux sociaux.
Longtemps que l’on n’avait pas vu Brad Rock the gold digger, il s’agit de gags datés de mai et août 2024, Spirou en a-t-il encore pour deux ans de provision ? Il y a bien un mystère dans Working dead, qui n’est pas ce que Greg est censé faire chez Brainy (comme les autres, il doit fournir des idées de nouvelles applis), mais, puisque travailler dans cette entreprise le met si mal à l’aise (il a peur de s’y faire dévorer le cerveau par les employés zombies, qui de plus « schlinguent comme la mort », se plaint-il dans le gag de ce numéro où il se lamente « Je ne veux pas y alleeeeeer »), pourquoi n’en démissionne-t-il pas ? Si l’invention de Gaston est amusante, son exploitation en gag, tout comme les dialogues (ce « Retourne travailler. Signé : Le nuage ») sont d’un insipide...Tant dans le gag que dans sa mise en scène et les dialogues, il est battu sur son terrain par l’équipage du Capitaine Anchois qui causent une catastrophe avec leur bière maison. Belle invention de Berth également dans Des gens et inversement avec les « douches sèches », idéales pour parer aux périodes de canicules. Dad n’est plus dans la série Les filles de Nob, mais sa présence se fait encore ressentir, comme dans le gag de cette semaine où c’est Bérénice qui, à l’instar de ses sœurs, fait montre d’une grande force de caractère, chacune prenant ainsi le contrepied de leur papa qui a tendance lui à se parfois se laisser marcher dessus. Enfin, les Fabrice font à l’occasion du retour de Yoko Tsuno un remake de leur Édito sur les Tuniques Bleues, soulignant la prouesse des auteurs parvenant à renouveler une série vieille de dizaines d’années et d’épisodes. En effet, hasard (ou choix délibéré?) de la programmation, trois des cinq séries (à suivre) de ce numéro ont été créées il y a plus de cinquante ans, et d’ailleurs leurs héros sont tous des adultes, contrairement aux deux autres, bien plus récentes, dont l’héroïne est une jeune adolescente pour l’une et le trio de héros en comprend une aussi pour l’autre.
Le reste du numéro se compose de contributions au retour de Yoko Tsuno, dans les Jeux de Bataillon, où son Loch Castle (il a choisi le versant fantastique plutôt que SF) grouille, comme à l’habitude, de personnages (il est donc l’auteur le plus approprié pour rendre hommage à la grande famille que composent les proches de Yoko) et de détails jusqu’à en faire des jeux supplémentaires pour qui désirerait s’amuser à retrouver les clins d’oeils et incongruités dont son dessin fourmille. En marges, le Freuby fait assonner Tsuno et tsunami, et Cromheecke et Thiriet font intervenir des ET dans l’illustration du Bon d’abonnement. C’est Munuera le prof invité de La leçon de BD de l’été, pour parler de la création des personnages, soulignant à juste titre que « en les dessinant, ce sont eux-mêmes qui nous racontent leur propre histoire ». Ainsi, si Jousselin et Nicoby revendiquent les conventions graphiques classiques avec le détective grand sec et élégant Max Beaumont et l’apprenti enveloppé maladroit, Carole Maurel et Véro Cazot les retournent avec leur jeune boxeuse à la croissance arrêtée.
Enfin, dans le rédactionnel, En direct de la rédac présente une promotion d’étudiants de L’Institut Sainte-Anne à Gosselies (Charleroi) qui ont créé « une gamme de vêtement autour du Marsupilami », la relève des Six d’Anvers est assurée...Et En direct du futur annonce une nouvelle série de Thitaume et Stella Lory, vraissemblablement celle dont elle avait touché un mot dans le Spirou spécial « dangers de l’IA », avec un personnage doté de supers pouvoirs surprise, comme « savoir que dans trois numéros, il y aura une faute d’orthographe dans le courrier des lecteurs », remarque pertinente, puisqu’il y a justement une erreur dans ce numéro même, mais imprécise, puisqu’il ne s’agit pas d’orthographe mais d’une inexactitude de plusieurs années sur le numéro de Spirou où est apparue Yoko Tsuno, sans doute un correcteur automatique fan de New Order qui a changé 1693 en 1963...
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/yoko-tsuno-affronte- ... emporelle/
Roger Leloup est l’un des rares auteurs à réaliser occasionellement de très gros plans du visage de son héroïne pour des couvertures du journal, et non pas, comme Etien l’avait fait récemment pour Champignac en le mettant dans l’ombre pour donner une sensation de mystère mais au contraire en la mettant en pleine lumière, avec un regard non effrayé mais intrigué par une étrange lumière, ce qui en dit long sur le lien particulier qu’il entretient avec elle, comme il le dit dans la page de présentation, « La vie a été généreuse avec moi, ne serait-ce que parce qu’elle m’a offert la grande chance de croiser Yoko... » (Et relever que ces gros plans ne sont que des cases agrandies n’a aucune pertinence). Ce n’est pas la seule spécificité de cet auteur, qui intensifie et dramatise les actes les plus anodins : «J’ai d’excellentes gouttes calmantes. » Calmez-vous, Sir Mac Kinley, il ne s’agit que de nettoyer de la poussière dans les yeux, et de l’eau ou une serviette humide suffisent, nul besoin de gouttes calmantes, et nul besoin a fortiori qu’elles soient « excellentes ». Ce que Jacobs faisait avec les encadrés (« Soudain, le feu passe au rouge ! »), Leloup le fait avec les dialogues, qui en deviennent emphatiques et ne sonnent pas naturels, ce qui peut rebuter, mais donnent un ton unique à cette série, de même le fait que chaque séquence soit rendue significative pour l’histoire ou la personnalité des personnages, ainsi lors du décollage brusque d’un hydravion, Yoko constate « Décollage en puissance...Émilia a dû s’approprier les commandes », pour témoigner de l’impétueuse personnalité de la jeune Émilia, cette remarque, inutile pour l’histoire, servant par ailleurs, surtout ponctuée d’un point gros d’affirmation rouge, à introduire incertitude et suspense là où il n’y en a probablement pas : si Leloup consacre une case à isoler Yoko pour faire cette remarque sur un ton intrigué, cela doit annoncer quelque chose, se dit le lecteur…Leloup a été l’un des premiers, dans la BD populaire, où l’histoire domine tout le reste, à prendre des chemins de traverse pour y explorer la sensibilité de ses personnages. Leloup a ainsi été doublement précurseur, en créant une héroïne, non occidentale de surcroit, et en la traitant comme un être sensible et non un personnage de papier. Toute proportion gardée, il a été à la BD FB ce qu’a été Ursula Le Guin à la SF. Un dernier point, en marge mais cohérent avec l’esprit de la série, une remarque en passant, mais dès le premier dialogue de la planche 1, selon laquelle un véhicule volant « made in Scotland » est « vu le climat international ...plus indiqué » qu’un appareil russe, incongrue à priori dans une BD de SF jeunesse, témoigne encore que pour Leloup Yoko est comme un véritable être vivant, ici et maintenant.
Mais ce n’est pas, loin de là, la seule note politique de ce numéro. On retrouve bien sûr Titan inc., sur la prise abusive et l’abus de pouvoir, et la folie des grandeurs qui s’ensuit (encore une référence à une actualité qui malheureusement s’éternise) mais aussi, plus inattendu, Nelson où la rédaction de Spirou demande, « Avec les tensions actuelles, pourriez-vous utiliser des accessoires moins militaires... », enfin dans Huguette et Croquette. La personnalité rebelle d’Huguette est à la base de la série, mais dans cette planche, l’auteur Théoschu semble faire comme Cyril Pedrosa dans Auto-bio et L’atelier Mastodonte, un écologiste se moquant de travers des écologistes, lui se moque de gauchistes qui abusent de façon indécente de certains mots (« Non à l’apartheid ! » hurle-t-elle lorsqu’un jeune homme lui propose dans le car une place plus appropriée aux personnes agées), et honnissent la société de consommation lors d’actions financièrement pas désintéressées du tout, tout comme l’opportuniste Huguette qui profite de la révolte déplacée qu’elle à elle-même créée pour refourguer avec bénéfice des bracelets élastiques qui l’encombrent.
Dans les (à suivre), un bon deuxième chapitre de Mi-Mouche, car si la série a pour base les difficultés à surmonter un traumatisme passé, et traite donc d’évolution dans le temps, ce chapitre en est exemplaire, avec une touche de suspense sur de futurs ennuis annoncés par un geste de la caïd harceleuse de l’école, des problèmes du présent rendus physiquement présents avec les difficultés de recrutement d’éléments féminins dans le club de boxe, la scénariste Véro Cazot en profitant pour glisser un vécu à un personnage secondaire et même fugace, et les fantômes du passé revenant pour Halloween, rappelant à bon escient qu’au delà du tsunami commercial qu’elle est devenue, c’est au départ une commémoration des morts, le jeu ne permettant pas toujours d’effacer la douleur, comme le montre Carole Maurel dans une scène ponctuée d’une grande case qui lui permettent de déployer les tons orange qu’elle affectionne. Enfin, la remarque de Colette sur « les boxeuses encore plus rares que les danseurs » est en deça de la réalité, car de Rudolf Noureev à Alvin Aley, Michael Clarck ou Shen Wei, nombreux sont les danseurs célèbres, ce qui est loin d’être le cas des boxeuses, et cela en dit long sur les regards contraints et contraignants que pose la société sur l’usage du corps. Suite de Max Beaumont, où Jousselin et Nicoby s’amusent à reprendre des scènes tant de fois vues dans les BD d’aventure, comme l’arrivée d’un personnage devant le mur d’enceinte d’une luxueuse villa type manoir, où une porte semble dissimulée, et qui s’introduit grâce à une branche surplombante, scène qui me fait immédiatement penser au Prisonnier du Bouddha ou à Gil Jourdan et les fantômes, d’autres lecteurs auront d’autres références, mais les renouvelant par le scénario qui dans chaque chapitre amène nouvelle piste et rebondissements, par les relations entre Max beaumont et la jeune fille, chargées de différences de caractère et générationnelle, ou encore par les jurons d’un personnage signifiés par des griffonages illisibles (à comparer aux traditionnels, quelque peu dépassés et si malhabilement tracés caractères chinois (et un nippo-chinois) encore utilisés par Lambil planche 34). Avant dernier chapitre des Tuniques Bleues, qui débute par successivement deux de ces longues cases muettes ou quasi, qui s’étendent sur toute la largeur de la planche, que Lambil affectionne au point qu’elles en sont devenues un marqueur graphique de la série, et qui montre surtout que le scénariste dessinateur Fred Neidhart a parfaitement intégré le système narratif de la série et sait faire plaisir à son dessinateur, comme il en a récupéré le mordant antimilitariste, exprimé par le cynisme de Stillman devant la colère surjouée et éhontée des gradés nordistes, aussi indécente que celle du général sudiste Lee. Par contre, le scénariste se retrouve une fois de plus à l’étroit dans le carcan des 44 pages, qui ne lui permet pas de développer toutes ses idées, ici le gag des espions de chaque camp se croisant est réduit à de l’anecdotique, sacrifié pour laisser place aux nombreuses scènes sur la relation entre Lee et son cheval. La planche hebdomadaire de Spirou et Fantasio débute comme les Tuniques Bleues par une large case, mais directement utilitaire, pour renforcer la longueur du bateau et symboliser la fuite de celui-ci, tandis que chez Lambil elles sont plus rythmiques, esthétiques et expriment des sensations. On retrouve également le Trondheim de l’Oubapo, le téléphone portable de Spirou, qui n’apparaisait au départ que comme un gag, se révélant comme une contrainte que s’impose l’auteur, et qu’il impose à Spirou. Nous retrouvons Le Stagiaire qui avait été congédié par Gally l’envoyant chez les « plus conventionnels » Lisa Mandel et Pochep, les connaisseurs de leurs œuvres pouvant savourer la dérision de la remarque, qu’ils reprennent en prodigant de « vieux conseils de mamie » comme dit Lisa Mandel. C’aura été toutefois les premiers conseils (relativement) utiles reçus, le problème étant qu’ils ne concernent pas vraiment la technique de BD… Jonathan Munoz et Anne-Claire Thibault-Jouvray, en plongeant les apprentis tueurs de dragons de L’épée de bois dans une quête, font aussi de cette série de gags une forme de série (à suivre) hebdomadairement ponctuée, comme Spirou et Fantasio, les gags étant toutefois privilégiés sur l’aventure. Au dela des séries (à suivre) proprement dites, des thèmes déclinés sur plusieurs semaines et des animations telles que le Stagiaire ou, dans En direct de la rédac, un dessin de Dodier répondant à une carte qu’avait envoyée Willy Woob publiée dans le numéro précédent créent un lien durable entre les numéros, les auteurices et les lecteurices, durable par rapport aux interactions éphémères des réseaux sociaux.
Longtemps que l’on n’avait pas vu Brad Rock the gold digger, il s’agit de gags datés de mai et août 2024, Spirou en a-t-il encore pour deux ans de provision ? Il y a bien un mystère dans Working dead, qui n’est pas ce que Greg est censé faire chez Brainy (comme les autres, il doit fournir des idées de nouvelles applis), mais, puisque travailler dans cette entreprise le met si mal à l’aise (il a peur de s’y faire dévorer le cerveau par les employés zombies, qui de plus « schlinguent comme la mort », se plaint-il dans le gag de ce numéro où il se lamente « Je ne veux pas y alleeeeeer »), pourquoi n’en démissionne-t-il pas ? Si l’invention de Gaston est amusante, son exploitation en gag, tout comme les dialogues (ce « Retourne travailler. Signé : Le nuage ») sont d’un insipide...Tant dans le gag que dans sa mise en scène et les dialogues, il est battu sur son terrain par l’équipage du Capitaine Anchois qui causent une catastrophe avec leur bière maison. Belle invention de Berth également dans Des gens et inversement avec les « douches sèches », idéales pour parer aux périodes de canicules. Dad n’est plus dans la série Les filles de Nob, mais sa présence se fait encore ressentir, comme dans le gag de cette semaine où c’est Bérénice qui, à l’instar de ses sœurs, fait montre d’une grande force de caractère, chacune prenant ainsi le contrepied de leur papa qui a tendance lui à se parfois se laisser marcher dessus. Enfin, les Fabrice font à l’occasion du retour de Yoko Tsuno un remake de leur Édito sur les Tuniques Bleues, soulignant la prouesse des auteurs parvenant à renouveler une série vieille de dizaines d’années et d’épisodes. En effet, hasard (ou choix délibéré?) de la programmation, trois des cinq séries (à suivre) de ce numéro ont été créées il y a plus de cinquante ans, et d’ailleurs leurs héros sont tous des adultes, contrairement aux deux autres, bien plus récentes, dont l’héroïne est une jeune adolescente pour l’une et le trio de héros en comprend une aussi pour l’autre.
Le reste du numéro se compose de contributions au retour de Yoko Tsuno, dans les Jeux de Bataillon, où son Loch Castle (il a choisi le versant fantastique plutôt que SF) grouille, comme à l’habitude, de personnages (il est donc l’auteur le plus approprié pour rendre hommage à la grande famille que composent les proches de Yoko) et de détails jusqu’à en faire des jeux supplémentaires pour qui désirerait s’amuser à retrouver les clins d’oeils et incongruités dont son dessin fourmille. En marges, le Freuby fait assonner Tsuno et tsunami, et Cromheecke et Thiriet font intervenir des ET dans l’illustration du Bon d’abonnement. C’est Munuera le prof invité de La leçon de BD de l’été, pour parler de la création des personnages, soulignant à juste titre que « en les dessinant, ce sont eux-mêmes qui nous racontent leur propre histoire ». Ainsi, si Jousselin et Nicoby revendiquent les conventions graphiques classiques avec le détective grand sec et élégant Max Beaumont et l’apprenti enveloppé maladroit, Carole Maurel et Véro Cazot les retournent avec leur jeune boxeuse à la croissance arrêtée.
Enfin, dans le rédactionnel, En direct de la rédac présente une promotion d’étudiants de L’Institut Sainte-Anne à Gosselies (Charleroi) qui ont créé « une gamme de vêtement autour du Marsupilami », la relève des Six d’Anvers est assurée...Et En direct du futur annonce une nouvelle série de Thitaume et Stella Lory, vraissemblablement celle dont elle avait touché un mot dans le Spirou spécial « dangers de l’IA », avec un personnage doté de supers pouvoirs surprise, comme « savoir que dans trois numéros, il y aura une faute d’orthographe dans le courrier des lecteurs », remarque pertinente, puisqu’il y a justement une erreur dans ce numéro même, mais imprécise, puisqu’il ne s’agit pas d’orthographe mais d’une inexactitude de plusieurs années sur le numéro de Spirou où est apparue Yoko Tsuno, sans doute un correcteur automatique fan de New Order qui a changé 1693 en 1963...
" Monólogo significa el mono que habla solo." Ramón Gómez de la Serna dans ses Greguerías.


