Numéro 4612 du 02/09/2026
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/pour-la-rentree-sach ... ses-etats/
Une nouvelle série, en couverture, pour ce numéro de rentrée, idoine puisqu’il s’agit des mésaventures d’un collégien, quoi que pas tout à fait comme les autres, bien qu’il essaie de se faire passer pour tel dans la première planche censée être dessinée par lui-même pour un exposé sur le thème « dessine ta vie ». Le dessin est en fait de Stella Lory, et la couverture montre que l’on aura à faire, en fait d’ado, à un émule de mutant de super-héros, parentée revendiquée puisqu’il a obtenu ses super pouvoirs lors d’un incident imprévu, que sa langue immense allant former le S de Spirou en couverture fait penser à Mr Fantastic des FF, mais la multiplication du personnage sous de multiples apparences sur la page montre qu’il s’agira en fait d’une série délirante , intitulée Sacha dans tous ses états, au sens propre, puisque chaque jour un nouveau pouvoir – non cumulatif avec les précédents – peut le faire radicalement changer, pouvoir dont tout le monde semble être au courant, autre différence, radicale, avec les super héros masqués (même Imbattable l’est, alors que tout le monde connait son identité, et qu’il ne semble pas en avoir d’autre que celle de super-héros). Le scénariste en est Thitaume, connu surtout pour l’adaptation en BD des Lapins crétins, et dans Spirou pour de nombreux gags de Game over entre 2012 et 2022, Mélie et le Monster Maker Club, série jeunesse chez Dupuis (quelques pages ayant été publiées dans Spirou), et du très éphémère Matt avec Romain Pujol (6 gags publiés dans Spirou il y a six ans). Cette première histoire de quatre pages revendique totalement, comme Imbattable, son statut de bande dessinée, ou plus largement son appartenance stricte aux arts visuels, puisque le pouvoir du jour de Sacha est de transformer son apparence selon le style graphique de son choix, gribouillage, manga, jeu vidéo, dessin animé type Disney, caricature d’artiste cubiste, logo de toilettes. Paradoxalement et comiquement, alors que les personnages de mangas en général se signalent par un nez des plus discrets par rapport à ceux du FB (sans même parler du traditionnel style gros nez de l’école de Marcinelle), Stella Lory, qui ne dessine pratiquement jamais de nez à ses personnages est forcée d’en coller un à Sacha lorsqu’elle le représente en mode manga. La présentation de cette série sous forme de fiche scolaire est bien faite pour introduire dans son esprit, mais laisse les lecteurs dans l’ignorance qu’il ne s’agit pas véritablement d’une nouvelle série, puisque trois volumes en ont déjà été publiés entre 2023 et 2025 chez Bande d’ados, le label 10-14 ans de Bayard Jeunesse. S’agira-t-il dans Spirou de nouveaux gags ou de reprises de ceux déjà parus ailleurs ? Révéler cela me donne le sentiment désagréable de faire de la presse pipol, comme dans Les Paparazzi, et le lectorat n’a pas de raison d’être tenu au courant de tous ces achats entre éditeurs, mais signaler que cette série vient d’ailleurs n’aurait pas fait de mal, d’autant que ce n’est pas un secret, celle-ci étant signalée dans la bibliographie du Spirou et moi du numéro 4459 consacré à Stella Lory.
La Malédiction de la page 13 marche dans les traces de Sacha en s’incarnant sous diverses formes dans une suite de marges du numéro, par contre les Jeux de Tom Sorroldoni n’exploitent pas la caractéristique de ce nouveau personnage et se contentent d’un journal de classe qui conviendrait à tout autre personnage enfantin (le Petit Spirou y fait d’ailleurs une apparition). Les Fabrice dans L’édito parlent à tort et à travers, puisqu’ils y imaginent un super pouvoir que l’on pourrait choisir, ce qui va à l’encontre tant de Sacha que de toutes les séries de super héros, mais chez eux le hors sujet est une seconde nature.
Pas d’autre histoire courte que celle de Sacha cette semaine, mais la plupart des gags sont également sur le thème de la rentrée : Nelson, avec Junior, les désormais deux gags (de Lécroart, sur une revisite d’un conte classique, et Berth) de La pause-cartoon, Gary C. Neel, Pernille, les strips dorénavant regroupés dans La fête du strip (cette semaine, L’école des mauvais parents, Fish n chips, Tash et Trash et Mauvaises graines), au titre encore dessiné, me semble-t-il, par Théoschu où, comme Franquin avec celui du Trombone illustré, il le redessine différement, cette fois avec des personnages du journal dont le Petit Spirou qui tente d’y introduire le jeu de mots attendu, ainsi qu’un nouveau jeu dans En direct de la rédac, des Mots croisés sur le thème d’écolier du journal (ou presque), signés par Jorge Bernstein et illustrés par Bercovici (J.B et P. B.), ainsi que le Supplément pour les abonnés, des autocollants étiquette de cahiers. S’y ajoutent, non sur le thème de la rentrée mais avec des enfants et des ados, Cédric (gag en une page sur les bulletins scolaires), et une publicité pour un nouveau tome de Coeur collège (chez Dupuis). Les filles par contre ne se passe pas à l’école mais sur une séance de musculation de FX et les réseaux sociaux.
Encore un chapitre particulier de Yoko Tsuno, graphiquement cette fois, puisque Leloup y a réalisé plusieurs grandes cases de plus d’un quart de page, quatre sur un maxi chapitre de huit pages, dont également sept planches de trois bandes par page. Un chapitre bien plus aéré que les précédents (celui de la semaine passée ne comptait qu’une grande case, d’une demi page mais surchargée de vaisseaux spatiaux) , ce qui donne de belles cases d’architecture fantastique, ponctuées de sculpures de dragons géants et de fossiles de dinosaures, de quoi faire rêver, et dissipe le sentiment d’enfermement que pourrait procurer cette scène qui se passe dans des grottes. Dans Spirou et Fantasio, Trondheim ne peut s’empécher de plaisanter sur le costume de groom de Spirou, ce qui passe dans un gag et tant que cela ne devient pas systématique ou obsessionnel (Franquin l’avait lui-même fait), et cette moquerie sur l’apparence de Spirou est justement insérée dans une planche sur le thème de l’habit qui ne fait pas le moine, ou la surprenante apparence des choses, tels ce déjeuner dans le salon panoramique d’un train placé sur un bateau, ou des spaghettis « revisités » présentés hachés menus. Trondheim et Juanungo critiquent ici ceux qui, comme la richissime italienne idôlatre du design, font supplanter le fond par une forme qu’ils idéalisent. Le sixième chapitre de Mi-Mouche reprend la formule graphique de la longue séquence muette du précédent, dans un découpage plus haché puisque Colette n’y boxe/danse pas seule mais avec un partenaire, qui interagit donc avec ses mouvements, et où les onomatopées disparaissent, inutiles, et seraient même dérangeantes dans l’émotion palpable entre les deux protagonistes. Et logiquement, ces deux séquences sont bien orientées et mènent à une heureuse surprise pour Colette en dernière page, attendue par les lecteurices. Mais dans les (à suivre), le principal est la conclusion ouverte des Nouvelles aventures de Max Beaumont, qui pourront se poursuivre, comme le sous-entend leur pluriel, ou pas (« Nous verrons, Simon, nous verrons », dit-il). Conclusion qui ne déçoit pas, en feu d’artifice de péripéties, et des plus spectaculaires puisque nos héros font un saut en parachute improvisé, échappent à la noyade dans un déluge, à une avalanche, et à une chute dans un ravin, en un ultime clin d’oeil aux héros qui, d’un sous marin à une navette spatiale, savent tout piloter, en montrant Max Beaumont sachant piloter rien moins qu’une pelleteuse, et qui évite l’écueil des pesantes explications finales des séries où les auteurs n’avaient pas su placer avant et alourdissent bien trop d’histoires à enquêtes. Délestés de cette tâche, Jousselin et Nicoby se permettent le luxe d’une une de journal en dernière page, non par necessité mais pour justifier, pour une fois, la profession de journaliste d’un des personnages, contre ces héros journalistes qui n’écrivent jamais aucun article. Comme Trondheim et Juanungo dans leur Spirou et Fantasio, ils se sont imposé des contraintes formelles (passages obligés de personnages, de situations) mais ont choisi pour cela un héritage moins pesant que Spirou et Fantasio et, parce que bien de l’eau a coulé, loin de l’esprit iconoclaste de Chaland ou Conrad et Yann des années 80.
Enfin, dans les rubriques rédactionnelles, En direct de la rédac propose un concours pour se débarasser du Freuby, qui depuis le numéro de Noël dernier parasite les pages du journal, Spirou et moi présente un jeune auteur, Adrien Yeung, publiant chez des éditeurs indépendants, dont Exemplaire, les éditions cofondées par Lisa Mandel autogérées par les auteurices, quant à la nouvelle rubrique, Ça s’est passé cette semaine, après un évènement historique fondateur pour la Belgique, elle en présente un pour les États Unis d’Amérique.
Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
Modérateurs : Maxibon, Modérateurs
-
heijingling
- Maître Spiroutiste

- Messages : 1763
- Enregistré le : ven. 13 déc. 2019 13:46
Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
" Monólogo significa el mono que habla solo." Ramón Gómez de la Serna dans ses Greguerías.
-
heijingling
- Maître Spiroutiste

- Messages : 1763
- Enregistré le : ven. 13 déc. 2019 13:46
Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
Numéro 4613 du 09/09/2026
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/pour-la-rentree-sach ... s-etats-2/
Grand retour de Louca, avec une couverture plus dramatique qu’à l’accoutumée, Louca de dos, en plan taille en avant plan, statique, renfermé sur lui-même, Nathan en arrière plan, de face, bondissant, au regard halluciné, leurs deux représentations que tout oppose annonçant un fossé entre eux, sur un fond bleu blanc qui de plus les isole du reste du monde. Le début de ce treizième tome, Finale (de la série comme du parcours initiatique de Louca) donne dès le début, avec le choix par Bruno Dequier d’une ouverture choc par sa deuxième page entièrement blanche, avec juste quelques phrases y flottant, l’explication de cette couverture. Par son comique de situation, illustré par la gestuelle et l’attitude des personnages, Bruno Dequier tempère toujours le drame par des passages comiques qui restent dans le fil du récit, ne suivent pas les scènes dramatiques, ce qui les dédramatiseraient et les relativiseraient, mais les accompagnent, comme ici l’âme-le fantôme de Nathan essayant de réintégrer son corps et en est éjecté comme un ballon de foot. Outre les 9 premières pages du nouveau Louca, Bruno Dequier a fourni une page de Tuto dessiné pour apprendre à dessiner Nathan, sous forme comique présentant l’aspect farceur de Louca et l’aspect bellâtre de Nathan. S’y ajoutent 4 autres pages de BD sur le dessin animé tiré de Louca qui va bientôt être diffusé en Belgique et en France, sous la forme classique du reportage comique des auteurs, Damien Perez au scénario et Madd au dessin, mais en menant une « enquête de terrain » au double sens propre (le terrain de la réalisation et le terrain de foot, car oui, ce reportage fourmille de jeux de mots sur le foot), les auteurs du reportage BD se placent au niveau de celui des auteurices de la BD d’origine du dessin animé et de celui des personnages, avec une vraie dynamique narrative qui change du sempiternel une case-un gag trop souvent artificiel. Ces BD sont completées par une page de résumé des épisodes précédents, par le traditionnel Dans la peau de Bruno Dequier, où l’auteur se dévoile et se représente dans une dualité de dessin caricatural et réaliste (pour des visions en rayons X), dualité qui est celle de son dessin dans Louca (des personnages très caricaturaux y cotoient d’autres réalistes, dualité qui se retrouve à l’intérieur même du personnage de Louca, qui est aussi celle du style de Bruno Dequier, mélant techniques manga et FB, et BD et DA, et jusque dans sa vie, puisqu’on apprend qu’il est très sportif mais est passionné d’une occupation teriblement « non foot », les patisseries de fruits en trompe-l’oeil, et enfin par deux pages d’interview des auteurices de la BD et du DA. Soit en tout 18 pages de et sur Louca sur les 52 du journal (plus d’un tiers), auxquelles on peut ajouter deux pages de Jeux par Thomas Priou et Kathrine, l’inévitable Édito des Fabrice dans une de leurs crises de machisme fantasmées sur le thème du foot, jeu viril, et la drôle illustration du Bon d’abonnement par Cromheecke et Thiriet avec des abonnés supporters, et indirectement le Test de En direct de la rédac, que Bernstein et Bercovici ont choisi de consacrer aux esprits, Nathan donc et pas Louca, et pour une fois pas les dessins en marges de Sti, où la malédiction du Freuby semble en passe de remplacer celle de la page 13.
https://spirou.com/louca-revient-dans-u ... ue-jamais/
Ce numéro contient une autre série sportive, avec Mi-Mouche qui approche de sa conclusion (sixième chapitre sur sept), dont le point d’orgue est comme attendu son premier vrai combat de boxe, où la scénariste Véro Cazot a fait se rejoindre les différents fils de l’histoire, puisque toute sa famille, à l’exception de sa mère, y assiste, ainsi que son ami de toujours, et qu’elle y affronte la sœur de la caïde qui l’opprime à l’école : cet affrontement est donc aussi celui de toutes ses peurs. Carole Maurel met cette séquence en scène avec inventivité et sensibilité, utilisant sa maitrise des couleurs, qui pour le fond du ring glissent du jaune à l’orange au rouge, et inversement, se fondant l’une dans l’autre à l’aide de trames ou de lignes, selon la progression du combat, pour l’accompagner et le faire ressentir, avec une case climax où les couleurs s’interpénètrent par des trames, l’intensité des mouvements par ailleurs surlignée par le nombre des onomatopées dans de petites bulles blanches, démultipliées dans la case d’acmé, l’arrondi de ces bulles atténuant la violence, qui est au contraire augmentée lors de quelques forts chocs par des bulles en polygones : elles ne se battent pas pour se faire mal, mais nul ne peut totalement contrôler ses gestes et sentiments, qui nous échappent parfois. Trondheim et Juanungo poursuivent leur promesse d’un Spirou et Fantasio sur une planche hebdomadaire avec gag en fin de page, cette semaine une variante du précédent, et Trondheim utilise la personnalité provocatrice de la richissime Gloria Fortuna pour, comme cela l'amuse, ainsi qu'on l'avait vu dans L'atelier Mastodonte, encore une fois débiner les collectionneurs. Fin du Yoko Tsuno L’intelligence temporelle. Je passerai vite sur le manque d’assurance plus en plus apparent du dessin, qui conduit à des personnages physiquement de moins en moins semblables à eux-mêmes, ce qui est certes gênant visuellement, mais de façon inattendue et non intentionnelle (je suppose) fait écho au propos de Leloup depuis pratiquement les débuts de sa série, une dynamique basée sur la fusion et la fission de toutes les créatures (terrestres et autres, vivantes et autres, la plus sublime des inclusivités) et de leurs univers, et cet épisode a élevé cela à de nouveaux niveaux, en en faisant la première aventure de Yoko se passant tant dans l’espace que sur (et sous) terre, et en y ajoutant une nouvelle créature compagnon de Yoko, un robot que les protagonistes appellent une fée et surnommée libellule, papillon, lépidoptère et Lépi, en une alchimie de la technologie, du fantastique et du vivant. Avoir situé l’habitat de Yoko et sa famille composée dans les Highlands, terre de fantômes, est significatif. L’histoire, peu passionante et peu compréhensible, n’a que peu d’importance, c’est sa structure qui en fait l’intérêt, construite comme un cut-up des histoires (scénarios et dessins) précédentes. Cette multiplicité se retrouve en simplifié dans la dualité avec laquelle ses fans abordent la série, admirant la précision et la finesse technique du dessin, tout en éprouvant pour Yoko une tendresse particulière, relation précurseuse de celles que l’on peut avoir pour les Tamagotchi et les personnages d’IA, dans la lignée du monstre de Frankenstein et du vieil aveugle. D’ailleurs les amateurices l’appellent-elle Yoko tout court par familiarité, marquant l’affection qu’ils ont pour elle, ou parce qu’elle est un des rares personnages de BD ayant un nom et prénom véritable (on exclue Ric Hochet). Mais je doute que les admirateurices de Michel Vaillant l’appellent Michel, ceux de Gil Jourdan Gil, de Brisefer Benoît, de Talon Achille, de Blueberry Mike ou de Blanc-Sec Adèle. Peu de personnages ont créé une telle intimité avec leurs lecteurices, et Gaston Lagaffe est aussi de ceux-là.
Et justement,Trondheim et Delaf continuent à agiter dans leur Gaston des fantômes, mais, à l’inverse de ceux de Yoko, uniquement leur forme ténébreuse : quiconque a lu La guerre des sept fontaines (pour ceux qui ont de la bouteille – hum) ou Louca sait que les fantômes sont immatériels et ne peuvent agir avec leur environnement physique, et cette semaine c’est au tour du chat de Gaston de courir dans tout l’immeuble Dupuis comme une ombre, sans qu’en résulte autre chose qu’une malheureuse bouteille d’encre chutant d’une armoire sans causer de dégats. Le feuilleton de Fabcaro et Delaf sur Gaston se termine au cinquième épisode, et peut-être conséquemment accompagne lafin des gags en demi planche qui complètent la page?
Outre les épopées sportives, ce numéro contient deux autres séries épiques, L’épée de bois, avec les personnages piétinant toujours devant la caverne au trésor de dragon, et trois planches de Elliot au collège, dans une de ces histoires où Théo Grosjean et Mallo plongent régulièrement Elliot et son ami Hari dans un jeu vidéo d’aventures, eux aussi à la recherche d’un trésor dans une grotte au dragon, dans un décalage proche de l’univers de Donjon de Sfar et Trondheim mais où les personnalités d’Elliot et d’Hari donnent son ton particulier.
Dans le reste du journal, on commence à identifier quelques personnages de Pendant ce temps, au coin perdu, dont l’apparence physique reflète le caractère : une gamine est dépenaillée parce qu’elle est très pauvre ou ne se laisse pas faire et s’oppose au monde, c’est pour le moment la deuxième option qui se vérifie, et un gamin refermé sur lui-même, le corps et la tête protégés par un vêtement uniformément vert, est un souffre douleur auto-désigné. On y explore un univers assurément complexe. Par contre, sans surprise, Sacha dans tous ses états, la série de Thitaume et Stella Lory, avec son personnage collégien, est destinée aux enfants vu la tonalité des gags, alors que Working dead, dans le monde du travail, s’adresse aux lecteurices plus agés. Dans La fête du strip, avec un nouveau titre festif (comprenant un richissime intrus au journal, déjà venu il y a quelques semaines) dessiné par Théoschu, on retrouve L’école des mauvais parents, pour un nouveau gag d’humour noir de Pieter De Poortere mais qui fonctionnerait aussi bien même si le personnage d’adulte n’était pas un parent, au contraire de Mauvaises graines, qui utilisent leurs personnage floraux pour renouveller le gag d’un passé autrement révolu (Boule et Bill des années 60) de parents peinant à expliquer la fécondation humaine en prenant pour modèle la fécondation des fleurs par les abeilles, tandis que dans La pause-cartoon, Lécroart fait une nouvelle fois une variation d’un conte de fée. La famille spirouphile de Manoir à louer continue ses vacances dans un festival de BD pour y rencontrer des auteurs de Spirou qui ne ressemblent que peu (Tebo surtout) à leur avatar de L’atelier Mastodonte, et le gag des Filles présente deux facettes du caractère de Panda, qui correspondent à une personnalité de control freak. Enfin, Ça s’est passé cette semaine présente de nouveau un évènement historique fondateur, « la première grande rumeur amplifiée par les réseaux sociaux balbutiants », en 2008, sur l’apocalypse que devait provoquer la mise en route du Grand collisionneur de hadrons (que Duhoo avait présenté dans Spirou dans son Labo).
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/pour-la-rentree-sach ... s-etats-2/
Grand retour de Louca, avec une couverture plus dramatique qu’à l’accoutumée, Louca de dos, en plan taille en avant plan, statique, renfermé sur lui-même, Nathan en arrière plan, de face, bondissant, au regard halluciné, leurs deux représentations que tout oppose annonçant un fossé entre eux, sur un fond bleu blanc qui de plus les isole du reste du monde. Le début de ce treizième tome, Finale (de la série comme du parcours initiatique de Louca) donne dès le début, avec le choix par Bruno Dequier d’une ouverture choc par sa deuxième page entièrement blanche, avec juste quelques phrases y flottant, l’explication de cette couverture. Par son comique de situation, illustré par la gestuelle et l’attitude des personnages, Bruno Dequier tempère toujours le drame par des passages comiques qui restent dans le fil du récit, ne suivent pas les scènes dramatiques, ce qui les dédramatiseraient et les relativiseraient, mais les accompagnent, comme ici l’âme-le fantôme de Nathan essayant de réintégrer son corps et en est éjecté comme un ballon de foot. Outre les 9 premières pages du nouveau Louca, Bruno Dequier a fourni une page de Tuto dessiné pour apprendre à dessiner Nathan, sous forme comique présentant l’aspect farceur de Louca et l’aspect bellâtre de Nathan. S’y ajoutent 4 autres pages de BD sur le dessin animé tiré de Louca qui va bientôt être diffusé en Belgique et en France, sous la forme classique du reportage comique des auteurs, Damien Perez au scénario et Madd au dessin, mais en menant une « enquête de terrain » au double sens propre (le terrain de la réalisation et le terrain de foot, car oui, ce reportage fourmille de jeux de mots sur le foot), les auteurs du reportage BD se placent au niveau de celui des auteurices de la BD d’origine du dessin animé et de celui des personnages, avec une vraie dynamique narrative qui change du sempiternel une case-un gag trop souvent artificiel. Ces BD sont completées par une page de résumé des épisodes précédents, par le traditionnel Dans la peau de Bruno Dequier, où l’auteur se dévoile et se représente dans une dualité de dessin caricatural et réaliste (pour des visions en rayons X), dualité qui est celle de son dessin dans Louca (des personnages très caricaturaux y cotoient d’autres réalistes, dualité qui se retrouve à l’intérieur même du personnage de Louca, qui est aussi celle du style de Bruno Dequier, mélant techniques manga et FB, et BD et DA, et jusque dans sa vie, puisqu’on apprend qu’il est très sportif mais est passionné d’une occupation teriblement « non foot », les patisseries de fruits en trompe-l’oeil, et enfin par deux pages d’interview des auteurices de la BD et du DA. Soit en tout 18 pages de et sur Louca sur les 52 du journal (plus d’un tiers), auxquelles on peut ajouter deux pages de Jeux par Thomas Priou et Kathrine, l’inévitable Édito des Fabrice dans une de leurs crises de machisme fantasmées sur le thème du foot, jeu viril, et la drôle illustration du Bon d’abonnement par Cromheecke et Thiriet avec des abonnés supporters, et indirectement le Test de En direct de la rédac, que Bernstein et Bercovici ont choisi de consacrer aux esprits, Nathan donc et pas Louca, et pour une fois pas les dessins en marges de Sti, où la malédiction du Freuby semble en passe de remplacer celle de la page 13.
https://spirou.com/louca-revient-dans-u ... ue-jamais/
Ce numéro contient une autre série sportive, avec Mi-Mouche qui approche de sa conclusion (sixième chapitre sur sept), dont le point d’orgue est comme attendu son premier vrai combat de boxe, où la scénariste Véro Cazot a fait se rejoindre les différents fils de l’histoire, puisque toute sa famille, à l’exception de sa mère, y assiste, ainsi que son ami de toujours, et qu’elle y affronte la sœur de la caïde qui l’opprime à l’école : cet affrontement est donc aussi celui de toutes ses peurs. Carole Maurel met cette séquence en scène avec inventivité et sensibilité, utilisant sa maitrise des couleurs, qui pour le fond du ring glissent du jaune à l’orange au rouge, et inversement, se fondant l’une dans l’autre à l’aide de trames ou de lignes, selon la progression du combat, pour l’accompagner et le faire ressentir, avec une case climax où les couleurs s’interpénètrent par des trames, l’intensité des mouvements par ailleurs surlignée par le nombre des onomatopées dans de petites bulles blanches, démultipliées dans la case d’acmé, l’arrondi de ces bulles atténuant la violence, qui est au contraire augmentée lors de quelques forts chocs par des bulles en polygones : elles ne se battent pas pour se faire mal, mais nul ne peut totalement contrôler ses gestes et sentiments, qui nous échappent parfois. Trondheim et Juanungo poursuivent leur promesse d’un Spirou et Fantasio sur une planche hebdomadaire avec gag en fin de page, cette semaine une variante du précédent, et Trondheim utilise la personnalité provocatrice de la richissime Gloria Fortuna pour, comme cela l'amuse, ainsi qu'on l'avait vu dans L'atelier Mastodonte, encore une fois débiner les collectionneurs. Fin du Yoko Tsuno L’intelligence temporelle. Je passerai vite sur le manque d’assurance plus en plus apparent du dessin, qui conduit à des personnages physiquement de moins en moins semblables à eux-mêmes, ce qui est certes gênant visuellement, mais de façon inattendue et non intentionnelle (je suppose) fait écho au propos de Leloup depuis pratiquement les débuts de sa série, une dynamique basée sur la fusion et la fission de toutes les créatures (terrestres et autres, vivantes et autres, la plus sublime des inclusivités) et de leurs univers, et cet épisode a élevé cela à de nouveaux niveaux, en en faisant la première aventure de Yoko se passant tant dans l’espace que sur (et sous) terre, et en y ajoutant une nouvelle créature compagnon de Yoko, un robot que les protagonistes appellent une fée et surnommée libellule, papillon, lépidoptère et Lépi, en une alchimie de la technologie, du fantastique et du vivant. Avoir situé l’habitat de Yoko et sa famille composée dans les Highlands, terre de fantômes, est significatif. L’histoire, peu passionante et peu compréhensible, n’a que peu d’importance, c’est sa structure qui en fait l’intérêt, construite comme un cut-up des histoires (scénarios et dessins) précédentes. Cette multiplicité se retrouve en simplifié dans la dualité avec laquelle ses fans abordent la série, admirant la précision et la finesse technique du dessin, tout en éprouvant pour Yoko une tendresse particulière, relation précurseuse de celles que l’on peut avoir pour les Tamagotchi et les personnages d’IA, dans la lignée du monstre de Frankenstein et du vieil aveugle. D’ailleurs les amateurices l’appellent-elle Yoko tout court par familiarité, marquant l’affection qu’ils ont pour elle, ou parce qu’elle est un des rares personnages de BD ayant un nom et prénom véritable (on exclue Ric Hochet). Mais je doute que les admirateurices de Michel Vaillant l’appellent Michel, ceux de Gil Jourdan Gil, de Brisefer Benoît, de Talon Achille, de Blueberry Mike ou de Blanc-Sec Adèle. Peu de personnages ont créé une telle intimité avec leurs lecteurices, et Gaston Lagaffe est aussi de ceux-là.
Et justement,Trondheim et Delaf continuent à agiter dans leur Gaston des fantômes, mais, à l’inverse de ceux de Yoko, uniquement leur forme ténébreuse : quiconque a lu La guerre des sept fontaines (pour ceux qui ont de la bouteille – hum) ou Louca sait que les fantômes sont immatériels et ne peuvent agir avec leur environnement physique, et cette semaine c’est au tour du chat de Gaston de courir dans tout l’immeuble Dupuis comme une ombre, sans qu’en résulte autre chose qu’une malheureuse bouteille d’encre chutant d’une armoire sans causer de dégats. Le feuilleton de Fabcaro et Delaf sur Gaston se termine au cinquième épisode, et peut-être conséquemment accompagne lafin des gags en demi planche qui complètent la page?
Outre les épopées sportives, ce numéro contient deux autres séries épiques, L’épée de bois, avec les personnages piétinant toujours devant la caverne au trésor de dragon, et trois planches de Elliot au collège, dans une de ces histoires où Théo Grosjean et Mallo plongent régulièrement Elliot et son ami Hari dans un jeu vidéo d’aventures, eux aussi à la recherche d’un trésor dans une grotte au dragon, dans un décalage proche de l’univers de Donjon de Sfar et Trondheim mais où les personnalités d’Elliot et d’Hari donnent son ton particulier.
Dans le reste du journal, on commence à identifier quelques personnages de Pendant ce temps, au coin perdu, dont l’apparence physique reflète le caractère : une gamine est dépenaillée parce qu’elle est très pauvre ou ne se laisse pas faire et s’oppose au monde, c’est pour le moment la deuxième option qui se vérifie, et un gamin refermé sur lui-même, le corps et la tête protégés par un vêtement uniformément vert, est un souffre douleur auto-désigné. On y explore un univers assurément complexe. Par contre, sans surprise, Sacha dans tous ses états, la série de Thitaume et Stella Lory, avec son personnage collégien, est destinée aux enfants vu la tonalité des gags, alors que Working dead, dans le monde du travail, s’adresse aux lecteurices plus agés. Dans La fête du strip, avec un nouveau titre festif (comprenant un richissime intrus au journal, déjà venu il y a quelques semaines) dessiné par Théoschu, on retrouve L’école des mauvais parents, pour un nouveau gag d’humour noir de Pieter De Poortere mais qui fonctionnerait aussi bien même si le personnage d’adulte n’était pas un parent, au contraire de Mauvaises graines, qui utilisent leurs personnage floraux pour renouveller le gag d’un passé autrement révolu (Boule et Bill des années 60) de parents peinant à expliquer la fécondation humaine en prenant pour modèle la fécondation des fleurs par les abeilles, tandis que dans La pause-cartoon, Lécroart fait une nouvelle fois une variation d’un conte de fée. La famille spirouphile de Manoir à louer continue ses vacances dans un festival de BD pour y rencontrer des auteurs de Spirou qui ne ressemblent que peu (Tebo surtout) à leur avatar de L’atelier Mastodonte, et le gag des Filles présente deux facettes du caractère de Panda, qui correspondent à une personnalité de control freak. Enfin, Ça s’est passé cette semaine présente de nouveau un évènement historique fondateur, « la première grande rumeur amplifiée par les réseaux sociaux balbutiants », en 2008, sur l’apocalypse que devait provoquer la mise en route du Grand collisionneur de hadrons (que Duhoo avait présenté dans Spirou dans son Labo).
" Monólogo significa el mono que habla solo." Ramón Gómez de la Serna dans ses Greguerías.


