Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...

L'actualité du journal qui va avec la série

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heijingling
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Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...

Message par heijingling »

Numéro 4452 du 09/08/2023

Ici la présentation illustrée par jeepcook viewtopic.php?t=230&start=2473

Couverture de Clémence (Perrault, mais elle ne signe que de son prénom, et seul celui-ci est donc maintenant indiqué, alors que son nom complet figurait auparavant. Humilité, coqueterie, mascarade?...), sur Léon et Léna, (scénario de Damien Cerq et couleurs de Mistablatte), dont 4 pages de strips (soit 16 strips) paraissent dans ce numéro, ce qui rend l'arc actuel sur leur grand voyage plus lisible et amusant.

Dans leur Édito, Fabcaro et Fabrice Erre collent à l'actualité du journal d'abord par leur sujet, un édito, évidemment, mais aussi à sa réalité, en mettant en scène les vrais membres de la rédaction. Mais le départ récent du secrétaire de rédaction Adrien (Vinay), auquel ils ont rendu hommage dans leur ton dans le numéro 4448, leur pose un problème de rééquilibrage des personnages, et en attendant d'en retrouver un, ils s'appuient sur des décors historiques, ici, la fameuse main fauteuil de Gaston (trace supplémentaire de l'errance de son fantôme dans le magazine...)

Deux grands anciens au sommaire. Dans le cadre de L'année des héros (même si non précisé), l'autre anti héros de Spirou, Bobo, dans une histoire relativement longue (7 pages), ce qui est devenu très rare, la plupart des histoires courtes oscillant depuis des années entre deux et trois pages, à mon grand déplaisir. L'histoire, amusante, reprend le thème du déplacement de toute la prison, en version modernisée, et le dessin de Jilème est du plus classique FB, avec des accents de Didgé ou Godi tout droit sortis du Spirou des années 70-80. Rappelons, car ce n'est pas fait dans la présentation dans le magazine, que Bobo avait été créé dans le cadre des mini récits par Rosy et Deliège comme contre pied total au héros de BD FB de l'époque, censé être fort, beau, positif, voyageur, généreux, alors que Bobo est un bagnard, petit et laid...
Plus moral, voir moralisateur, est l'autre grand ancien de ce numéro, L'oncle Paul. Sergio Salma et Amelia Navarro ont pris le parti de n'en faire qu'un texte illustré, sans phylactère (hormis ceux de présentation par l'oncle), plaisant, et évitant l'écueil du lassant une info/un gag. Par contre, dans cette présentation de la vie de Jules Destrée (célèbre pour tous les spiroutistes car on a donné son nom à la rue où est sise la rédaction de Spirou), les auteurs insistent sur la dimension politique du personnage, ce qui aurait été impensable durant les grandes années de la série.

L'oncle Paul n'est plus là, mais 3 infos, 2 vraies, 1 fausse, de Bercovici, Bernstein et Robin Le Gall, est la nouvelle série éducative de Spirou. Selon moi, pour mieux remplir son rôle, il faudrait que les infos vraies soient un peu expliquées, passé le gag, qui est amusant, car l'info n'est pas au niveau. Par exemple, cette semaine, il aurait fallu un peu expliciter ce qu'est un biostimulant, car le dessin seul fait penser à une mutation due à la radioactivité telle qu'on en a souvent vues en BD. Et encore, ce n'est pas la génétique qui n'est pas au point (cette phrase a peu de sens), mais le génie génétique. En l'état, cette série ressemble un peu trop aux Débiles annonces de la fin des années 80 (en bien mieux, et avec bien plus de potentiel toutefois).

Dans le gag de Dad, Nob représente Ondine bougeant sur un canapé en téléphonant, et ses positions, son corps décrivant le parcours d'une horloge, sont les mêmes que celles représentées dans une planche de Le Lièvre de Mars avec un enfant lisant dans un fauteuil, ce qui dénote une bonne faculté d'observation de la façon dont les enfants bougent et utilisent l'espace, d'une manière très différente de celle des adultes.

Dans le rédactionnel, Bienvenue dans ma bibliothèque est consacré a Alessandro Barbucci, dessinateur des Sœurs Grémillet dans Spirou, spécialisé dans les magical girls donc, puisqu'il est aussi le créateur, avec Barbara Canepa, de W.I.T.C.H. et de Skydoll, (vendues dans de nombreux pays, à des millions d'exemplaires). Son Dolls factory est signalé "mature content" dans sa version anglaise, mais Barbucci a aussi (hélas) créé graphiquement Donald junior (Paperino Paperotto en VO), un auteur polymorphe donc. Il dit apprécier aussi bien le FB que l'alternatif (Charles Burns, je le suis là-dessus), que les "classiques italiens comme Breccia" (sic. C'est Franco B Helge qui va être content de voir cette coquille), ainsi que bien sûr les grands auteurs Disney, Carl Barks, Romano Scarpa, Giovan Battista Carpi (auteur qui donc a le même prénom que Spirou, comme nous l'a appris Émile Bravo, qu'il en soit béni, mais surtout immortel créateur graphique de Fantomiald, Paperinik en VO.

Enfin est annoncé le retour de Gaston Lagaffe, sous la forme d'une note de service bourrée de fautes de frappe (gag éculé), informant que celui-ci serait "parti en formation quelques années afinj de plarfaire sa connaissance de l'environnement juridiquke associé à la réalisationg de contrats." Ils font dans l'humour noir et pour happy fews, maintenant, chez Spirou?

Napo972 a écrit :Je n'ai pas eu le plaisir de lire ton analyse du numéro 4452.
Tout vient à point...
Modifié en dernier par heijingling le lun. 21 août 2023 18:43, modifié 1 fois.
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Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...

Message par heijingling »

Napo972 a écrit :
heijingling a écrit :P.S.: saurez-vous retrouver d'où viennent les citations en anglais de mon laïus?
Normal que ça me parle.
J'étais à peu près sur que c'était anglais.
Je pensais à Lennon, Talking Heads ou The Clash.

En fait il s'agit du groupe Joy Division, titre
entendu donc dans le film Transpotting.

En fait,pas tout à fait.

La chanson ne figure pas sur la "bof ",mais se trouve être le titre retenu pour la bande annonce.

Disorder.
Pas vu le film, ni la bande annonce, mais ça vient bien de Disorder, de Joy Division.
L'origine de l'autre citation est plus difficile à retrouver, bien qu'elle vienne d'une bande dessinée, d'un très grand auteur qui a beaucoup inspiré Bretécher.
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Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...

Message par Napo972 »

heijingling a écrit : dim. 20 août 2023 13:34 Numéro 4452 du 09/08/2023

Ici la présentation illustrée par jeepcook viewtopic.php?t=230&start=2473
Chic!
Ton analyse du 4452! :spirou:
heijingling a écrit :
Couverture de Clémence (Perrault, mais elle ne signe que de son prénom,...
Oui,comme Hermann Huppen,qui signe donc de son prénom, ainsi que Frank Pé qui a fait longtemps de même...
heijingling a écrit :
...dont 4 pages de strips (soit 16 strips) paraissent dans ce numéro, ce qui rend l'arc actuel sur leur grand voyage plus lisible et amusant.
Pris également du plaisir à la lecture de ce voyage sur 3 planches.
heijingling a écrit :
...ils s'appuient sur des décors historiques, ici, la fameuse main fauteuil de Gaston (trace supplémentaire de l'errance de son fantôme dans le magazine...)
Ce clin d'œil n'est accessible qu'à une certaine génération de lecteurs... :dors:
heijingling a écrit :
...Dans le cadre de L'année des héros (même si non précisé), ... Bobo... ...Rappelons, car ce n'est pas fait dans la présentation dans le magazine, que Bobo avait été créé dans le cadre des mini récits par Rosy et Deliège comme contre pied total au héros de BD FB de l'époque, censé être fort, beau, positif, voyageur, généreux, alors que Bobo est un bagnard, petit et laid...
Bon,pour une fois que la rédaction fait,certes,une mini présentation du "héros "(le haut de page de la page 19:Le saviez-vous? ),soyons indulgent.

La référence aux mini recits et au statut d'anti héros moche est malgré tout présente.

Me concernant je possède tous les fameux mini recits dont la naïveté appréciée des histoires est bien rendue dans cet hommage.

Et sans me l'expliquer, je n'ai jamais eu envie de lire les albums...
Pour moi,Bobo,c'est en mini recits que ça se déguste! :spirou:
heijingling a écrit :
... L'oncle Paul. Sergio Salma et Amelia Navarro ont pris le parti de n'en faire qu'un texte illustré, sans phylactère (hormis ceux de présentation par l'oncle), plaisant, et évitant l'écueil du lassant une info/un gag.
Bon.
J'en mettrai pas ma main à couper,il faudrait que je vérifie dans ma collection de plus en plus imposante(le poids des ans...),mais il me semble que dans les Oncle Paul,c'est cette narration qui était retenue.
heijingling a écrit :
... 3 infos, 2 vraies, 1 fausse, de Bercovici, Bernstein et Robin Le Gall, est la nouvelle série éducative de Spirou. Selon moi, pour mieux remplir son rôle, il faudrait que les infos vraies soient un peu expliquées, passé le gag, qui est amusant, car l'info n'est pas au niveau. Par exemple, cette semaine, il aurait fallu un peu expliciter ce qu'est un biostimulant, car le dessin seul fait penser à une mutation due à la radioactivité telle qu'on en a souvent vues en BD.
Je te rejoins sur ce point,en effet.
Sinon,l'idée de cette série est vraiment excellente, avec comme tu l'as précisé son côté éducatif en strips au dessin rigolo et expressif (le retour du Bercovici que j'aime!)
heijingling a écrit :
Dans le gag de Dad, Nob représente Ondine... son corps décrivant le parcours d'une horloge, sont les mêmes que celles représentées dans une planche de Le Lièvre de Mars
Heijingling, tu as l'art de "dégainer "des références qui m'épate...

Comment peux tu te souvenir de cette scène, qui plus est dans un bouquin dont le style est complètement différent. :menfin:
Je crois posséder un album de cette série faudra que je vérifie, pour le fun.
heijingling a écrit :
... Alessandro Barbucci, ...et de Skydoll, (vendues dans de nombreux pays, à des millions d'exemplaires).
Série connue pour ma part à Angoulême, l'auteur étant présent régulièrement, avec une incroyable file de fans chaque année.

Malgré la beauté des regards, je n'avais pas craqué, car non convaincu par le récit.
heijingling a écrit :
Enfin est annoncé le retour de Gaston Lagaffe, sous la forme d'une note de service bourrée de fautes de frappe (gag éculé)...Ils font dans l'humour noir et pour happy fews, maintenant, chez Spirou?
Là encore,ce particulier En direct du futur ne s'adresse qu'aux "anciens ".

À part ça je pense que le débat sur ce forum sur le retour de Gaston sera relancé avec le numéro disponible en kiosque demain.
J'attendrai ton analyse.

Perso,je comprends l'argument de Richard qui fait parti des déçus de cet événement.
Je suis plutôt satisfait de ce retour. :ombre:
La raison sera développée après ton analyse...
heijingling a écrit :
Napo972 a écrit :Je n'ai pas eu le plaisir de lire ton analyse du numéro 4452.
Tout vient à point...
...et j'ai su attendre...

Je rajouterai apprécier toujours autant Titan Inc

Vivement la fin de Poltron Minet et de Kyle Travel :rogntudj:

Cazenove auteur encore une fois d'un bon gag de Boule et Bill.

Et page 47,une pub sur le recyclage... :houba:
"Quand je lis des Bd,je m'intéresse beaucoup plus au dessin qu'au scénario. C'est surtout par paresse.
Pour moi la BD passe d'abord par le dessin".
Extrait interview André Franquin pour le fanzine "Esquisse" en 1990. :turbo:
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Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...

Message par heijingling »

Napo972 a écrit :
heijingling a écrit :Couverture de Clémence (Perrault, mais elle ne signe que de son prénom,...
Oui,comme Hermann Huppen,qui signe donc de son prénom, ainsi que Frank Pé qui a fait longtemps de même
J'ai signalé cela car elle a toujours signé Léon et Léna de son seul prénom, mais auparavant son nom complet était indiqué en en-tête de la bande, alors que dorénavant seul son prénom apparait, conformément à sa signature. Elle suit donc le parcours inverse de Frank Pé.

Napo972 a écrit :Me concernant je possède tous les fameux mini recits dont la naïveté appréciée des histoires est bien rendue dans cet hommage. Pour moi,Bobo,c'est en mini recits que ça se déguste! :spirou:
Je parlerais de fraicheur plus que de naïveté, et si les histoires avaient un aspect spontané naturel que j'aimais bien, la création de Bobo avait été tout sauf naïve puisque venue d'une reflexion sur le statut du héros de BD de l'époque.
J'ai commencé Spirou trop tard pour y lire Bobo en mini récits, mais j'aime bien le dessin de Deliège, et en format pleine page il y développe des aspects absents des mini récits. Mais il est certain que l'ambiance n'est plus la même.
Napo972 a écrit :
heijingling a écrit :... L'oncle Paul. Sergio Salma et Amelia Navarro ont pris le parti de n'en faire qu'un texte illustré, sans phylactère (hormis ceux de présentation par l'oncle), plaisant, et évitant l'écueil du lassant une info/un gag.
Bon.
J'en mettrai pas ma main à couper,il faudrait que je vérifie dans ma collection de plus en plus imposante(le poids des ans...),mais il me semble que dans les Oncle Paul,c'est cette narration qui était retenue.
Non, les récitatifs étaient souvent imposants, mais il y avait aussi des bulles de dialogues, absentes de cette histoire.
Napo972 a écrit :
heijingling a écrit :Dans le gag de Dad, Nob représente Ondine... son corps décrivant le parcours d'une horloge, sont les mêmes que celles représentées dans une planche de Le Lièvre de Mars
Heijingling, tu as l'art de "dégainer "des références qui m'épate...

Comment peux tu te souvenir de cette scène, qui plus est dans un bouquin dont le style est complètement différent. :menfin:
Je crois posséder un album de cette série faudra que je vérifie, pour le fun.
Il y a maldonne, je parlais du dessinateur qui a comme pseudo L.L. de Mars, pas de la série (que je n'ai jamais lue). Celui-ci fait des bouquins plutôt adultes, très divers, comme par exemple une adaptation de la vie de l'apôtre Jean, extraite de la Légende dorée, de Jacques de Voragine, (pas dans le style de la vie de Don Bosco, de Jijé, mais pas irrespectueuse pour autant, rien à voir avec ce que pourrait faire Yann) http://www.le-terrier.net/graphistes/bd ... /index.htm mais il a aussi fait des livres pour enfants, dont voici un exemple http://www.le-terrier.net/montravail/gr ... /lapin.htm
Napo972 a écrit :
heijingling a écrit :...ils s'appuient sur des décors historiques, ici, la fameuse main fauteuil de Gaston (trace supplémentaire de l'errance de son fantôme dans le magazine...)
Ce clin d'œil n'est accessible qu'à une certaine génération de lecteurs... :dors:
heijingling a écrit :Enfin est annoncé le retour de Gaston Lagaffe, sous la forme d'une note de service bourrée de fautes de frappe (gag éculé)...Ils font dans l'humour noir et pour happy fews, maintenant, chez Spirou?
Là encore,ce particulier En direct du futur ne s'adresse qu'aux "anciens ".
Bah, c'est cohérent avec leur volonté de geler Gaston dans les années 70...
Napo972 a écrit :Je rajouterai apprécier toujours autant Titan Inc
J'apprécie aussi pour le moment, je développerai lorsqu'il y aura un peu plus de matière.
Napo972 a écrit :Cazenove auteur encore une fois d'un bon gag de Boule et Bill.
Relégué en page 46 :ouah:
Napo972 a écrit :Et page 47,une pub sur le recyclage... :houba:
Cela a un lien avec les métiers du livre. Et à propos, depuis l'an dernier les abonnés reçoivent Spirou dans un papier plus léger (nécessitant donc moins de matière première) et plus facilement recyclable. Un bon point pour l'éditeur.
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Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...

Message par heijingling »

Numéro 4454 du 23/08/2023

Ici la présentation illustrée par jeepcook viewtopic.php?t=230&start=2475

Spirou, le marsupilami, Boule et Bill et Gaston Lagaffe au sommaire d'un même numéro, on se croirait revenu à l'âge d'or du journal s'il ne s'agissait, pour le plus prestigieux de ces personnages au moins, d'un ersatz.
Numéro consacré donc au reuh reuh tour d'un Gaston, dit "le roi de la catastrophe", et ce bruit de toux caverneuse n'est pas celui de lecteurs qui auraient attendu plus de dignité de la part de Dupuis, ni celui de la Fiat de Gaston Lagaffe, mais celui de contrats grippés.

Quasi tous les auteurs se sont donc mis de la partie, mais, à la différence des numéros spéciaux précédents, ils le font toujours par allusion, jamais directement. Théo Grosjean et Anna Maria Riccobono présentent pour la première fois Elliot au collège dans un cours de chimie, la passion de Gaston. Bertschy montre un Nelson provoquant une catastrophe nécessitant l'intervention des pompiers, un classique de Gaston. Dans Les Tuniques bleues de Lambil et Kris, un certain Jeremiah Clure se présente comme "un amoureux de la nature, un homme libre", ce qui lui a valu des ennuis avec l'autorité (et les autorités), bref, un portrait de Gaston Lagaffe. Floris dessine les pirates de Capitaine Anchois dans une tenue décontractée, à l'ire de celui-ci, comme Fantasio et Prunelle envers Gaston, et ils pactisent avec l'équipe d'un pirate concurrent, comme Gaston avec Jules-de-chez-Smith-en-face. Max, la copine de Kid Paddle de Midam, Patelin, Dairin et Angèle, subvertit une tête à coiffer Cindy hair style, à l'image de Gaston détournant tout matériel de bureau tombant entre ses mains. Et dans Dad de Nob, c'est la relation de Pandora enjoignant Ondine à nettoyer sa chambre qui reprend celle de Fantasio ou Prunelle ordonnant à Gaston de nettoyer son bureau. Enfin, la double page de Jeux de Lerouge est intitulée Jack L'empailleur, portant une allusion à Franquin avec un marsupilami dont on a tranché la queue, et signifiant bien que ce nouveau Gaston n'est que l'ancien passé entre les mains d'un monstrueux taxidermiste.
Mais la plus belle gaffe du numéro est celle de Fabcaro et Fabrice Erre, qui oublient carrément de parler dans leur Édito de ce qui aurait dû être l'évènement de l'année pour le magazine.

Bref, ce Gaston faisant la fine bouche dans son gag où il a mangé par mégarde des "friandises pour chat", exprimant son dégoût d'un impersonnel "beuaah" là où l'original aurait évidemment proféré un "m'enfin!", parait bien fade en face de tous ses avatars, et tous ces auteurs montrent ainsi par voie détournée leur rejet de cette reprise. Et oui, je suis d'aussi bonne foi que Dupuis affirmant avoir le plus grand respect pour Franquin et pour but de faire reconnaitre son œuvre.

Parmi les autres séries (à suivre), fin de Poltron Minet, enfin, fin du premier tome, mais pas d'impatience pour les fans de la série, puisque, comme pour le tome 1, le tome 2 sortira sans doute avant sa publication dans Spirou, soit prochainement. Fin également de Spirou à Berlin de Flix, amusant, dense, d'un dessin et mise en page qui ont leur charme et leur efficacité, parfois un peu surexcité. Et puis, de même qu'il en avait déjà mises dans son marsupilami, Flix semble apprécier les scènes de nu (deux dans ce Spirou, dont une s'étalant sur l'avant dernière page). Et j'avoue avoir été surpris par la piscine avec plongeoir et palmiers que l'on voit à l'arrière du château de Champignac. Par contre, comme en réponse à Émile Bravo, c'est l'histoire de Spirou la plus politique de toutes, s'achevant sur Spirou rétorquant au comte le qualifiant de héros "Peut-être, Monsieur le Comte, mais certains méritent ce titre bien plus que moi", parlant de la jeune femme qui l'a aidé et qui passe à la télé, manifestant contre la dictature de RDA.

Une histoire courte (très, deux pages) animalière, de Tofy, Sortie en famille de chats à la plage, dans la série des histoires d'été du magazine, la seule période de l'année à avoir autant de numéros à elle dédiée.
La Leçon de BD de Laurel (sur une planche assez réussie et déjà personnelle vu le jeune âge de son autrice) donne des conseils de détail pertinents mais manque de recul, donnant un "bon p'tit truc" inadapté.

Enfin dans le rédactionnel, Jean Bastide, le repreneur actuel de Boule et Bill, nous accueille dans son atelier, et nous explique qu'il a eu beaucoup de mal à se mettre au style "gros nez", ayant fait beaucoup de réalisme et ne venant pas du tout de l'école de Marcinelle. D'accord pour son Elric, d'après Moorcock, qu'il a fait avec Robin Recht, mais ses premiers albums sont La guerre des Sambre, sur scénario de Yslaire, avec un dessin proche de ce dernier, aux outrances romantiques assez peu réalistes. Mais, il a raison, il est alors est assez loin du "gros nez".
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Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...

Message par heijingling »

Numéro 4455 du 30/08/2023

Ici la présentation illustrée par jeepcook viewtopic.php?t=230&start=2480

Couverture sur une nouvelle série, Les enquêtes du Lieutenant Bertillon. J'ai déjà écrit beaucoup apprécier ce que fait Cyrille Pomès, et le fait qu'il cite August Sander me permet de qualifier sans abuser son dessin d'expressioniste (et pas impressioniste, inculte correcteur automatique), (Sander n'était pas expressioniste, mais c'est une référence qui lie le dessin de Pomès à ces courants artistiques germaniques de l'entre deux guerres qui exprimaient leur vision par des déformations plus ou moins outrées). J'ai un a priori sur le bien fondé d'introduire un nouveau personnage à la Columbo dans un journal où se trouve déjà JKJ Bloche, mais je verrais comment les auteurs (avec Carine Barth au scénario, Drac aux couleurs) développent l'histoire.
Et l'enquête que mènent en contrepoint les Fabrice dans leur Édito révèle à quel point une vision complotiste du monde est propre à l'enquête policière. Columbo n'y échappe pas, JKJ Bloche, par sa personnalité, bien. Bertillon y parviendra-t-il? En attendant de le découvrir, sur le sujet, vous pouvez toujours lire Les complotistes, tout s'explique, même n'importe comment, de Fabrice Erre et Jorge Bernstein, paru chez Dupuis en 2020

Troisième chapitre du Feu sur la glace, dans lequel le personnage de scientifique anarchiste végétarien lie une intéressante relation avec Chesterfield et Blutch, qui réagissent jusque là selon leur personnalité, de façon primaire pour le sergent, et prudente mais curieuse pour le lieutenant. Et je retrouve avec plaisir Fort Bow, moins toutefois que Chesterfield bien entendu, qui va retrouver Amélie Appeltown, mais le personnage de Jeremiah Clure, créé par Kris et sympathiquement rendu par Lambil et Leonardo pourrait bien amener des surprises.
Retour au musée pour Frank Pé, un de ses lieux de prédilection, mais la section cryptozoologie de ce musée d'histoire naturelle est bien éloignée de celui que visitait Broussaille dans Les baleines publiques, et ressemble bien fort à un cabinet de terratologie, jusque dans les caractères chinois sur une caisse contenant un https://fr.wikipedia.org/wiki/Bungarus_fasciatus, ou serpent à anneaux d'or en chinois, pour ceux qui se demanderaient ce que signifient ces caractères chinois bien mal tracés par Frank Pé. Et les auteurs n'ont pu s'empêcher de remettre une référence, le nouveau patron de la mère du petit garçon s'appelant bien sûr Monsieur De Mesmaeker, comme tous les patrons belges de BD...

Référence aussi dans Pernille, de Dav, Trichet et Esteban, à une Tortue géniale qui doit parler à tout le monde sauf aux mâles (et femelles) blancs de plus de cinquante ans, ce qui montre tout de même que certaines séries de Spirou ne sont pas faites que pour les vieux nostalgiques.
Références encore dans le gag de Gaston, mais sous forme de jeu involontaire, où il s'agit de retrouver quels personnages sont décalqués sur Franquin, et quelles sont des créations de Delaf. Gaston cases 2 et 3 vient entièrement de Franquin, cases 4, 5 et 6 partiellement, pour le visage, et case 7 pas du tout. M'oiselle Jeanne case 2 est typiquement Franquin, celle case 8 pas du tout. Quand à la secrétaire pour laquelle Lebrac a un béguin, elle est encore une fois directement issue des Nombrils. Le gag de Dad, par Nob, est le même que celui de Gaston de la semaine passée (un humain mange de la nourriture pour animaux par erreur), mais marche mieux, car les réactions des personnages sont plus authentiques. Enfin le papa de Boule, dans le gag de Cazenove et Bastide, joue avec un chasseur de la seconde guerre mondiale, un de ceux auxquels le Gaston de Franquin avait déclaré la guerre. Quant à Théo Grosjean et Anna Maria Riccobono, après les histoires avec les jeux vidéos, ils glissent habilement Elliot au collège dans une scène de manga, shonen, bien sûr, mais sur le versant romantique.

Plaisir de trouver Capitaine Anchois en histoire courte, où l'imagination et la densité scénaristiques et graphiques de Floris peuvent au mieux se déployer, grouillant de détails amusant comme des jeux avec le politiquement correct et la plus célèbre chaîne de malbouffe. Une nouvelle historiette de Paupiette et Civet, les personnages passant un examen de magie de Tofy et Guisquier. Série originale ni par le thème, ni par le dessin (Civet ressmble beaucoup à Eusèbe, de Masbou, mais il est difficile de donner une personnalité graphique à un lapin), ceci dit, le caractère déluré de l'héroïne est sympathique. Dernière histoire courte du numéro, Bravo Zulu, de Jean-Christophe Targa, lauréat du Prix Atomium Spirou jeunes auteurs 2022 (et pas Prix Atomium 2022, contrairement à ce qui est indiqué), qui en théorie est censé mettre en scène Spirou et Fantasio, ce qui n'est pas le cas ici. Mystère. Cela me plait graphiquement, un mélange des dessins minimalistes actuels, Michel Rabagliati et Pierre Bailly principalement, en espérant que le jeune auteur développera sa personnalité, et la mise en scène est inventive.

Frank Pé présente Les BD de sa vie, et, étonnamment, plus encore que lorsqu'il avait présenté sa bibliothèque (Spirou#4396), il parle surout de dessinateurs réalistes, R.M.Guéra encore, Giraud, Cuvelier, Crepax, Hermann (il cite des scènes d'incendie de L'oasis en flamme, de Bernard Prince, l'ayant fortement impressionné, pourtant ces scènes ne constituent que quelques petites vignettes d'incendie dans le lointain. Ne confond-il pas avec les grandes scènes de tempêtes de la fin de l'album?), et Corentin Rouge. Enfin Aurélie Guarino réalise un Spirou et moi au dessin bien plus global manga que dans son album Les vies de Charlie, sorti cette année, pour lequel elle dit avoir regardé des classiques hollywoodiens de Billy Wilder et Frank Capra, qui "infusent forcément dans le trait". Pour l'anecdote, ce Charlie dû au scénario de Kid Toussaint travaille dans une entreprise de recyclage de corps des défunts, pour en faire de l'engrais, des sacs à main ou portefeuilles avec la peau, des boîtes en os, (il tique sur le savon, tout de même), soit le même sujet que dans la nouvelle A first rate material, du recueil Life ceremony de Sayaka Murata, mais du point de vue de l'entreprise, alors que c'est de celui des consommateurs chez l'autrice japonaise.
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Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...

Message par heijingling »

Numéro 4472 du 27/12/2023
Ici la présentation illustrée par jeepcook viewtopic.php?t=230&start=2505

Dernier numéro de l'année.
Dupuis quelques semaines, une tête de Gaston orne le coin supérieur droit de la couverture du journal. D’un côté, cela peut rappeler les grandes années du journal, lorsqu’un Spirou ou un autre personnage par Franquin, par Tome et Janry, et bien d'autres auteurs, commentait la couverture. Mais cette tête actuelle, sans lien avec la couverture, suspendue en l’air, n’est rien d’autre que ce qu’elle montre, une créature vide, un mort vivant qui vampirise les formes de Franquin, un krassue tout simplement
(https://fr.wikipedia.org/wiki/Penanggalan en Malaisie, mais je les ai découverts en Thaïlande). Pourtant, il y a de quoi faire, avec les vides. Si ceux-ci font peur à Delaf pour sa reprise de Gaston, et le poussent à saturer sa planche 22 (mais ce n’est pas la première fois) d’un trop plein de détails et d’informations, par contraste Tébo nous offre une couverture et une histoire de Raowl très efficaces et drôles avec juste de grands aplats de couleurs et des détails et décors réduits à l’essentiel. Une belle leçon héritée de Morris (auquel le numéro de la semaine prochaine sera consacré, ainsi qu’à Franquin, pour leur centenaire). Et de même les Fabrice aussi font rire avec, comme le leur dit Niffle dans leur Édito de cette semaine, “en hommage au vide intersidéral, un édito tuto avec absolument rien dedans”. Réussite aussi, d’un autre ordre, pour l’entretien de Tébo, prenant prétexte de l’histoire dans laquelle Raowl part chasser une robe sauvage pour le faire passer pour un spécialiste de la mode, lui le prince de l’humour scato tel qu’immortalisé dans l’Atelier Mastodonte

L’autre histoire courte de la semaine est un Cédric, pour lequel Laudec s’octroit depuis quelques années une plus grande liberté de mise en page et de plans, jouant sur les formats des cases et, lui aussi, les vides, commençant souvent par de grandes cases aérées. Beaucoup de gags de Cédric tournent autour de la complicité ou au contraire du conflit entre générations, et cet épisode 507 fait partie de la seconde catégorie, terminant sur une grande case explosant de phylactères et de couleurs, en opposition avec la première case, similaire vue extérieure de la maison mais sous une ambiance ouatée, recouverte de neige.

Dans les gags, je ne reviens pas sur le Gaston, mais Moog et Bernstein dans Willy Woob ainsi que Waltch et Derache dans L’antre case jouent aussi sur le terrain fécond du minimalisme, de décors, de couleurs, de traits, et deux strips de Titan inc. de Paul Martin et Manu Boisteau font place a une grande case sobre, et toute cette retenue fait du bien en cette période de bombances.
Parmi les 3 infos 2 vraies 1 fausse de Bercovici, Bernstein et Robin Le Gall, celle disant qu’”À Taiwan un couple réalise sa photo de mariage devant une montagne de déchets” illustre bien les excès où parviennent les extrêmes orientaux dans les démonstrations sociales. Enfin Nob fait un de ses retours irréguliers dans le passé de ses personnages, lointain cette fois puisqu’on va dans l’enfance de Panda. Le gag est drôle et étoffe la série.

Suite de SangDragon de Bédu (couleurs Cerise), de l’HF très traditionnelle, pour le moment (quatrième épisode sur treize), mais j’aime bien la façon dont Bédu texture ses dragons et ses décors. Suite aussi de Tokyo mystery café, une nouvelle série (deuxième semaine) de l’Atelier Sentô, et du deuxième épisode de Trésor, de Pauline de la Provoté et Jean-Baptiste Saurel (dont le tome 1 est sélectionné pour le Prix des écoles à Angoulême).

Concernant les rubriques, Laurel donne des conseils pertinents dans sa Leçon de BD, tels que sur la gestion de l'espace, mais son “bon p’tit truc” est souvent peu pertinent (ici, des conseils pubs pour des logiciels de dessin). Quant à Yves Sente, qui nous souhaite la Bienvenue dans son atelier, il dit y avoir “un mur rempli de planche de ses séries, Blake et Mortimer, Thorgal, Kriss de Valnor, XIII et Ptirou”. “Ses” séries…hum…(entre parenthèses, le dernier Mademoiselle J., “Jusqu’au bout du monde”, qui s’est terminé dans Spirou le mois dernier, est indécent, entre autres, le camp d’extermination d’Auschwitz devient un terrain d’aventures parmi d’autres, où elle se fait parachuter…). Ce numéro finit avec un beau dessin de jeux sur le thème “perdus, planète inconnue” de Thomas Priou et Mistablatte, un toujours bon dessin de bulletin d’abonnement de Cromheecke et Thiriet, et l’annonce du programme de Dupuis à Angoulême (outre Trésor, plusieurs albums jeunesse y sont sélectionnés). Le supplément est un calendrier sur le beau thème d’une nuance de couleur par mois et personnage, tel que bleu roi et bleu glacier, Gaston faisant la couverture avec un vert mine (pour le travail de sape qu’il effectue).

L'histoire de Raowl sur "Comment avoir la plus belle robe" m'a fait penser à la belle histoire de Gwennyn, par Malo Louarn (disparu cette année), La reine de la pluie (pages 83 et suivantes)
https://bd-archives-ab-254.wixsite.com/ ... 1966/f2043
Modifié en dernier par heijingling le lun. 1 janv. 2024 12:13, modifié 1 fois.
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Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...

Message par Gaston Lagaffe »

Sympa de te relire à nouveau !
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heijingling
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Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...

Message par heijingling »

Numéro 4473/4474 du 03/01/2024

Ici la présentation illustrée par jeepcook viewtopic.php?t=230&start=2507

Une belle couverture, dynamique et tendre: toute la famille s’y fait des câlins, Spirou, Fantasio, Spip, et le marsupilami, en étonnant contraste avec le titre “La mort de Spirou”. Nouveau numéro double, 5 semaines après le double de Noël (dans lequel il avait été annoncé), ce qui nous laisse avec deux fois deux semaines sans Spirou en à peine un mois…

Mais contrairement à la plupart des spéciaux, sa couverture n’est pas un grand dessin double page, car c’est une publication tête-bêche, comme le 3058, qui se présentait lui comme un numéro normal d’un côté, et un “supplément de 64 pages sur les petits secrets des grands de la BD” de l’autre. Par contre, une telle forme pour ce numéro qui se présente lui comme un spécial de 100 pages, laissant donc supposer une unité thématique, m’échappe…Point d’unité ici: est-ce, comme indiqué d’un côté, un spécial 100 ans de Franquin et Morris, ou bien, comme indiqué de l’autre, un spécial La mort de Spirou (la mise en page ambigüe peut se lire ainsi). D’autant plus étonnant que, si Olivier Schwartz réalise évidemment la couverture sur le retour de Spirou, c’est Dominique Bertail qui met lui en scène Franquin et Morris dans les décors du far west, là-même où les avait représentés Schwartz dans Gringos Locos, d’autant plus que les deux complices se retrouvent dans leur tenue de cow-boys sur la couverture de Schwartz…C’est par ailleurs Spirou et non Gaston, incidemment étrangement absent du numéro, qui chevauche aux côtés de Franquin. Traces d’un conflit d’intérêts commerciaux? Désolé si ces supputations ont un aspect malveillant, mais c’est l’état d’esprit dans lequel me plongent les circonstances de la reprise de Gaston. Et les Fabrice mettent de bienvenus pieds dans le plat avec leurs plagiats involontaires de Spirou et Gaston. Pour couronner le tout, Spirou, au début de sa nouvelle aventure, porte aux pieds des espadrilles, et oui, comme Gaston...

Cette suite de La mort de Spirou commence mal. Les auteurs s’aventurent sans précaution sur un terrain glissant. Ils ignorent que lorsqu’on veut mettre un message dans une œuvre, celui-ci doit se glisser dans dans l’histoire, pas y être introduit de force, et être cohérent avec les personnages, sauf à vouloir faire un ouvrage de propagande plutôt qu’éducatif. Spirou et Fantasio visitent l’Expo 58 de Bruxelles, et passent devant le “zoo humain”, qui a vraiment existé, les auteurs se sont documenté, mais utilisé leur documentation à mauvais escient. https://www.rtbf.be/article/avec-son-zo ... rs-9894679
Fantasio s’y révèle misogyne victorien (taxant Seccotine de “créature”), imbécile et raciste. Imbécile, car devant le village des Wakukus, où Spirou et lui étaient allés, il oublie leur nom et l’appelle “Le village des machins…euh, tu sais bien, là…le village des Matuvus.” C’est éthiquement insupportable ces auteurs qui confondent excentricité et stupidité. Comme le disait Gil Jourdan, “Crouton est un farfelu, pas un idiot, et il connait son métier”, et cela s’applique à Fantasio. Raciste, car parlant des Africains il ajoute “il faut dire qu’ils se ressemblent tous, ces cocos-là.” Or Fantasio ne pourrait jamais penser ni dire cela puisqu’au contraire, dans Spirou chez les pygmées, il est attentif aux spécificités des gens et de la culture locale. Le Spirou sermonneur réagit en lui disant “Fantasio! Tu ne vas pas leur jeter des cacahuètes, aussi?”, et c’est là que les auteurs ont commis une bourde scénaristique, tombant dans leur piège moralisateur. L’anecdote des cacahuètes est authentique, même si historiquement il s’est agit de bananes, mais voici comment la rapporte l’historien Maarten Couttenier: “En découvrant ce zoo humain, certains visiteurs ont eu un comportement totalement inapproprié en jetant, par exemple, des bananes. Les figurants ont donc décidé eux-mêmes de partir. Ce départ signifie qu'"en 58, il était déjà possible d'avoir une voix. Ce n'était pas le cas au zoo humain de Tervuren en 1897. A Tervuren, il y avait des soldats et des policiers pour garder ces congolais dans le 'village nègre'. En 1958, lors de l'exposition universelle, la situation sociale, politique, économique avait totalement changé. Et ils avaient une voix pour dire 'on n'est pas d'accord et on rentre'". En faisant réagir Spirou au lieu des Africains, les auteurs lui font prendre leur place, les ravalant au rang de figurants et d’outils au service du message du héros, et leur discours qu’ils voulaient anti raciste devient de ce fait néo colonial. Puis, toujours dans leur incompréhension des personnages, il font parler à Spirou de “notre belle civilisation occidentale”, ce qui est une citation bien connue du Lotus bleu. La peste soit de ces auteurs qui utilisent Spirou pour régler leurs comptes avec Tintin. Ce n’est pas Sophie Guerrive et Benjamin Abitan qui auront le Prix Couilles au cul à Angoulême, qui rend hommage au courage artistique. Le dessin de Schwartz a toujours de petit problèmes d’équilibre des personnages, mais il offre une belle séquence dans l’Expo 58, se terminant dans un train fantôme avec quelques invités surprise (mais je ne révèlerai rien…).

Suite de Trésor, de Pauline de la Provoté et Jean-Baptiste Saurel, ainsi que de SangDragon, de Bédu (couleurs Cerise) avec deux cases pleine page virevoltantes de dragons (mais placée à côté de Pernille, de Cyril Trichet, Dav et Esteban, qui se déroule dans une grotte de dragon, cela tend a désorienter quelque peu la thématique de ce numéro). Suite aussi de Tokyo mystery café, de l’Atelier Sentô, qui, bien que se passant à Tokyo, ne fait pas dans le style manfra (français copiant les tics et codes du manga commercial), mais sait créer une ambiance prenante pour cette histoire qui oscille pour le moment entre le récit initiatique, le fantastique et le polar: cette semaine apparait un personnage haut en couleurs de tenancier de café-détective privé.

Dans les gags, un Petit Spirou, de Janry et Cerise, les épisodes avec les cours aussi grandiloquents que boiteux du prof de gym font toujours ma joie, un Crash Tex de Dab’s et Gom, moins destroy que souvent mais enrichi de personnages, un Kid Paddle de Midam, Dairin, Pujol et Angèle, que je cite pour la présence de l’arum titan, un Capitaine Anchois de Floris victime de la société de consommation (et oui, au XVIIIè siècle déjà), un Elliot au collège de Théo Grosjean et Anna Maria Riccobono grinçant, un Game over de Midam, Adam, Patelin et BenBk que je cite pour la présence de nudité antique, Les Fifiches du proprofesseur de Lécroart et Tash et Trash de Dino sur les failles technologiques, et Nob continue Dad sur l’enfance de Panda.

Du côté du rédactionnel, des infos révélatrices, dans Les BD de ma vie, de Damien Cerq, (présenté comme le scénariste de Léon et Léna, qu’il dit héritiers de Tom-Tom et Nana, mais sans mention de son La clairière s’amuse, que je trouve pourtant meilleure, mais ce ne doit pas être l’avis des commerciaux de Dupuis) dont La rubrique-à-brac de Gotlib “reste la Bible”, et de Cécile Bidault (jamais lue) dans Spirou et moi, dont le personnage préféré est Gaston Lagaffe. Au fil des rubriques, Gaston, La rubrique-à-brac et Tintin semble apparaitre comme la Trinité des auteurs actuels. Par ailleurs, à la question piège “Plus jeune, tu avais manqué d’héroïnes dans Spirou?”, Cécile Bidault, née en 1993 mais qui lisait les BD de la bibliothèque de ses grands-parents, répond “Je n’en avais pas conscience enfant, c’est resté si longtemps la norme. […]Pourtant je me souviens que les personnages féminins qui échappaient aux archétypes me plaisaient particulièrement, comme Seccotine qui était intelligente, débrouillarde et indépendante. Franquin était en avance sur son temps.” 1-0 dans le duel Tintin vs. Spirou
Notons enfin l’annonce d’une histoire d’un marsupilami (et non, comme écrit, “du Marsupilami”, il s’agit de l’animal, pas du personnage dans Spirou, que le rédacteur relise donc Le nid des marsupilamis) par Alexis Nesme et Lewis Trondheim, qui se passera en Amérique du Sud au XVIè siècle (y croisera-t-il le Snouffelaire?), ainsi qu'une publicité pour l’Aquarium de Paris, où a lieu jusqu’au 26 février une exposition sur le Marsupilami et les récifs coralliens.

Et ce côté du magazine se termine sur des Jeux du Petit Spirou (et oui, pas le grand, dont c'est pourtant le grand retour) de Joan et Annie Pastor, et un Bulletin d’abonnement de Cromheecke et Thiriet mettant en scène Gaston, et voila donc un numéro formellement énigmatique.

On retourne donc le magazine (sauf pour ceusses qui le lisent en numérique) , et débute le spécial 100 ans de Franquin et Morris, nés à un mois d’intervalle entre décembre 1923 et janvier 1924, qui se répartit entre des planches hommages, et un résumé de leur vie par Morgan di Salvia (rédac-chef de Spirou), bien fait, abondamment illustré de documents dont certains rares (dont une annonce d’une “causerie animé de projections par Morris” sur la bande dessinée en 1965 à l’Université Libre de Bruxelles) mais, taquin, je remarque qu’en 1955 “Dupuis réussit à se fâcher avec son auteur phare pour une histoire de contrats mal rédigés, peut-être dans un acte manqué prémonitoire à la création du personnage de Monsieur Demesmaeker dans Gaston…” Curieux, à moi, c’est une toute autre histoire que cela rappelle…

Les bandes dessinées sont des hommages sous forme de recréation, de relations entre auteurs et de parodies. Sympathique est "La rencontre" par le dessin entre Morris et Franquin, imaginée par Zabus et illustrée par Renaud Collin. De même que "Le diable de l’enfer vert", double hommage de Batem et Ced (couleurs Cerise) aux deux auteurs, mêlant judicieusement cirque et duel western autour d’un marsupilami. "Lucky Luke - Spirou" de Yoann comme auteur complet est une excellente double parodie, lorgnant plus vers Lucky Luke sur l’immédiat, avec le décor western, mais glissant vers Spirou sur la fin, avec sa cocasse et perspicace dernière case. Très drôle et inventif est aussi "Le frère du milieu", dont la touche pastel d’Aurélie Guarino, a priori surprenante dans ce cadre, rehausse l’humour de cette histoire de Kid Toussaint centrée sur les Dalton. La page de Titan.inc de Manu Boisteau et Paul Martin est une belle évocation insolite du Trombone illustré. "Tonton, t’as peur" est un extrait des “mémoires en bande dessinée de Jean-Claude Fournier, “Auteur de BD…Je rêve!”, à paraitre en mai, réalisé en couleurs directes, et quelque peu désacralisant quoi que affectueux pour Morris, avec un Fournier tout jeune, un peu guindé mais moins chic que Morris, et à petite barbiche au lieu de la grande barbe qu’on lui connait.
"Derrière le loup noir" sont deux pages d’Aimée de Jongh peu claires (ce loup est-il un protecteur ou un ennemi?). "Jolly Jumper ne répond plus, la genèse" de Bouzard est un regard drôle sur la personnalité d’auteur, mais ses grandes unités de couleurs, qui pourraient être un hommage à Morris, son monotones et appesantissent l’histoire. "Professeur Luke" raconte comment la lecture de Lucky Luke a éduqué Pascal Jousselin, mais si la chute est très bonne, le ton en fait trop dans l’humilité pour moi (Jousselin y reprend son personnage de L’atelier Mastodonte en version enfantine). José Luis Munuera offre un "Tuto" dessiné sur Zorglub trompeur, car la cinquième et dernière étape est un plaisantin “Et c’est tout! Il ne reste plus qu’à encrer le personnage”, alors qu’en BD l’encrage est une étape aussi importante que le crayonné.
"Le grand Picasio" est malheureusement la plus longue (5 pages) histoire de ce numéro, réalisée par Benoist Simmat, journaliste économique qui a fait plusieurs volumes de la série "Incroyables histoires" (du vin, de la cuisine, de l’argent, de la géographie…) aux Arènes BD avec plusieurs auteurs dont Bercovici, avec des dessins de Lucas Landais, dessinateur de L’incroyable histoire de la bière dans cette série. Peu apprécié cette histoire au style faux croquis, qui joue une fois de plus sur la discorde entre les personnalités de Spirou et Fantasio, thème facile et revu, sur un rêve de délire de grandeur de Fantasio concernant une vision cliché et caricaturale de l’art moderne, peu étonnante de la part d’un spécialiste de l’économie.
Mais le plus drôle et inattendu pour moi est le "Comme c’est d’hommage", en deux partie, de Bercovici, Cerq, et Robin Le Gall, hilarante et sagace parodie SF.
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Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...

Message par Gaston Lagaffe »

heijingling a écrit : dim. 7 janv. 2024 16:32 Puis, toujours dans leur incompréhension des personnages, il font parler à Spirou de “notre belle civilisation occidentale”, ce qui est une citation bien connue du Lotus bleu. La peste soit de ces auteurs qui utilisent Spirou pour régler leurs comptes avec Tintin.
J'ai pas lu la BD en question, mais de ce que tu en dit je ne vois pas trop en quoi la citation sert à taper sur Tintin vu que la phrase est dit dans le Lotus Bleu par un personnage montré comme un raciste qui a tort.

Sinon, si Fantasio agit comme un raciste là il y a un gros problème. Il y a des trucs qui ont très mal vieillis dans les histoires coloniales de Spirou, mais à aucun moment le duo a été condescendant envers les africains.
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Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...

Message par heijingling »

Gaston Lagaffe a écrit :
heijingling a écrit : Puis, toujours dans leur incompréhension des personnages, il font parler à Spirou de “notre belle civilisation occidentale”, ce qui est une citation bien connue du Lotus bleu. La peste soit de ces auteurs qui utilisent Spirou pour régler leurs comptes avec Tintin.
J'ai pas lu la BD en question
C'est normal, elle n'est pas encore sortie, il s'agit juste des premières pages parues dans le magazine :ouah:
Gaston Lagaffe a écrit :mais de ce que tu en dit je ne vois pas trop en quoi la citation sert à taper sur Tintin vu que la phrase est dit dans le Lotus Bleu par un personnage montré comme un raciste qui a tort.
C'est juste, le type s'appelle Gibbons (Gibbon? Hergé lui aurait donné un nom de singe pour moquer sa prétendue supériorité raciale?), et il répète même ça trois fois dans la page, mais vu que Spirou et Fantasio parlent de Congolais (rebaptisé Wakukus), il est impossible que les auteurs n'aient pas eu en tête Tintin au Congo, qui lui est vraiment raciste.
Gaston Lagaffe a écrit :Sinon, si Fantasio agit comme un raciste là il y a un gros problème. Il y a des trucs qui ont très mal vieillis dans les histoires coloniales de Spirou, mais à aucun moment le duo a été condescendant envers les africains.
Juste aussi, par exemple dans "Chez les Pygmées", l'empereur de Lilipanga a une mentalité coloniale paternaliste (il appelle les Pygmées "mes enfants"), mais pas Spirou et Fantasio.
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Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...

Message par DESPERA »

D'un personnage super attachant, beaucoup des auteurs récents rendent Fantasio détestable car ils n'ont rien compris du personnage. Et de ce qu'en dit Heijingling, on se demande si les scénaristes connaissent réellement la série.
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