LA FROUSSE AUX TROUSSES

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Gaston Lagaffe
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Re: LA FROUSSE AUX TROUSSES

Message par Gaston Lagaffe »

Dites, c'est moi où le duo de l'ours et du lanceur de couteau est une référence à la série Sam et l'ours ?

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Jalias
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Re: LA FROUSSE AUX TROUSSES

Message par Jalias »

Bien vu Gaston Lagaffe! Effectivement, la ressemblance est troublante!

La frousse aux trousses
- Une équipe d’Hurluberlus ! C’est du suicide !
- Un peu de respect ! Vous parlez de malades !


Avec la frousse aux trousses, Tome & Janry s’essaient pour la deuxième fois à l’exercice périlleux du double album. Après un diptyque temporel un peu maladroit, cet album (et son suivant la géniale Vallée des Bannis) renouent à 100 % avec le genre de l’aventure dans deux registres très différents. En effet, si sa suite jouera les huis-clos psychologiques en pleine jungle naturelle, ce premier album joue plutôt la carte de la course-poursuite effrénée ; Spirou et Fantasio passant une majeure partie de l’album à fuir les militaires puis les résistants du Touboutt-chan.

Posons les bases

Néanmoins, ce qu’on peut dire c’est que l’album ne se précipite pas et prend son temps. Les 14 premières planches forment ainsi une (un peu trop) longue introduction à l’histoire. J’avoue que je trouve que cette partie tire un peu à la ligne, comme si Tome & Janry avaient un peu de mal à démarrer ; même si je pense qu’ils ont profité du format épisode double pour justement prendre le temps de dépeindre le côté « aventurier du quotidien » de notre héros. Je trouve particulièrement malin le parallèle entre la course « quotidienne » de Spirou dans la ville pour atteindre le lieu de la conférence avec sa course « incroyable » dans la jungle sur les images de la dite conférence ; mais la première aurait gagné à mon avis à être un peu plus concise.

Au rang des simili « reproches », si j’apprécie toujours d’avoir un Spirou moins parfait, un peu bougon, je le trouve parfois frôlant sensiblement la limite de l’odiosité lorsqu’il discute avec Fantasio : son « abrège ! » page 10, qui a pour but j’imagine de rendre l’exposition donnée par Fantasio plus naturelle m’apparait clairement de trop. Bon, par contre j’apprécie grandement son « excuse-moi, je suis nerveux » de la page 9 qui montre encore un héros moins lisse et capable de reconnaitre ses torts. Fantasio y est par contre formidable, et plutôt calme malgré tout ce qui lui arrive comme bricoles dans cette introduction ! Son côté fantasque et joueur est bien mis en avant avec son test des ventouses, tout en étant complètement raccord avec le personnage. Enfin, si Spip est discret, l’utilisation du gag (bien que facile) où il ne peut pas dormir en paix dans la maison fonctionne assez bien.

Outre de bien brosser ses personnages principaux, cette introduction amène clairement et intelligemment les enjeux et fait montre d’une maitrise des outils narratifs de base. C’est dans cette partie que les auteurs arment les deux fusils de Chekov utilisés plus tard dans l’intrigue. Ils utilisent les inquiétudes financières de Spirou et Fantasio pour amener naturellement à une scène d’exposition (sans doute les scènes les plus complexes à écrire) avec cette possible malédiction sur toute tentative d’expédition. Mais il y a surtout un très joli travail sur les transitions : à la page 8, on passe du docteur Placebo à la maison de Spirou et Fantasio grâce à deux dialogues basés sur l’argent qui semblent presque se répondre ; tandis qu’à la page 9, la fin du texte de Spirou (« un miracle ») déborde sur la case d’à côté, annonçant l’arrivée du docteur Placebo chez nos héros. A la page 10, l’astuce pour ouvrir la fenêtre est très maligne et très naturelle. Enfin, les deux cases pages 14 et 15 utilisent à très bon escient une ellipse temporelle ; qui, associée au texte du Docteur Placebo font comprendre de façon très intelligente que Spirou et Fantasio ont accepté la proposition. Un très bon travail ! (dont Yoann & Vehlmann auraient pu s'inspirer pour le Groom de Sniper Alley!)

Une proposition… audacieuse !

Parlons-en de cette proposition justement : le docteur Placebo accepte de financer l’expédition de Spirou et Fantasio au Touboutt-chan s’ils emmènent des malades incurables, victimes de hoquet chronique, pour les effrayer et les guérir ! C’est complètement idiot !... Mais mais, en même temps, c’est parfaitement génial ! La proposition du docteur Placebo est complètement absurde, et peu même titiller de très près notre propension à l’incrédulité ; néanmoins, et c’est là où le long travail de l’introduction se justifie, les auteurs ont bien pris le temps de rappeler l’aspect gentiment improbable de l’univers du groom ou tout, même et surtout le plus absurde, peut arriver.

C’est une excellente proposition faite aux lecteurs pour deux raisons : c’est déjà la promesse de découvrir des personnages fantasques et difficilement impressionnables trimballer leur hoquet tout au long de l’album ; donc la promesse de bons gags en perspective. Ensuite, Spirou et Fantasio ont largement l’habitude des situations à risques. Mais s’infiltrer dans un pays en guerre avec des pieds nickelés qui ne peuvent pas contrôler leur hoquet, voilà qui permet de rééquilibrer les chances. La proposition du docteur Placebo donne toute sa spécificité à l’album, qui présente au demeurant un scénario relativement classique, avec de grandes similitudes avec le Prisonnier du Bouddha par exemple (s’infiltrer dans un pays asiatique pour retrouver la trace d’un/plusieurs scientifique(s) disparu(s) et devoir fuir toute une armada militaire).

Hélas, c’est pour moi la plus grosse déception de l’album. Les malades ne sont tout simplement pas assez marquants, je trouve. Pourtant, ils sont tous bien définis, avec des traits propres et suffisamment loufoques : Camemberg est complètement bigleux et tout le monde se goure sur son nom pourtant facile à retenir (mention spécial au Monsieur Ementhal de Fantasio !) ; Dynamo est un tueur professionnel ( !!!), le scheik (sans nom) est allergique au pétrole, quant au trappeur et son collègue Mister Mystère, ce sont des lanceurs de couteaux…. Ah oui, et Mister Mystère est un ours !! Clairement, en voilà une fine équipe ! Mais après la grande présentation de la page 26-27 (d’ailleurs, pourquoi attendre 18 jours pour se présenter ? Personne ne s’est posé la question de qui était Mister Mystère avant ?), ils ne font finalement pas grand-chose. Le trappeur sert surtout d’écran de fumée pour Mister Mystère. Camemberg a selon moi un design trop proche de Placebo avant lui. Dynamo, après le gag du fusil dans l’étui de violon (et de sa destruction), n’a plus vraiment de rôle. Pareil pour le scheik , là pour faire un gag sur ses femmes, et qui en plus n’a même pas de nom ! Au final, même Mister Mystère reste assez effacé : il fait peur à un garde lorsqu’on découvre qu’il s’agit d’un ours, lance un couteau (et rate dans un bon gag). Et c’est à peu près tout. Je me demande s’il n’y avait quand-même pas moyen de plus développer ces personnages, et leur faire avoir un rôle plus important (c’est ça aussi d’avoir une intro de 14 pages, ça laisse moins de temps pour le reste !).

En outre, les malades restent la plupart du temps dans la jeep (par exemple lors de la course-poursuite entre les pages 18 et 22) et sont relativement passifs la plupart du temps. Leur seul rôle intrinsèquement actif dans l’intrigue est lors de la fuite de la base rebelle, et à la fin pour remonter le soldat de la cascade. Et à chaque fois ils ne font que répondre à des demandes de Spirou et Fantasio. Aucune initiative personnelle, aucun comportement non nécessaire à l’intrigue. Cela limite assez leur potentiel « de boulets » pour nos héros ; même leur hoquet est beaucoup trop discret pour agacer !

Si on pouvait espérer plus des personnages secondaires, il y en a un qui tire son épingle du jeu, le jeune guide Gorpah ! Alors lui, il est vraiment formidable : enjoué, courageux, débrouillard et un peu barré. Tome & Janry semblent avoir pris beaucoup de plaisir à le créer et ça se sent. Son rôle de guide le rend nécessaire à l’intrigue, son caractère frondeur évite d’en faire un boulet ; et son parlé, aussi bien le dialecte du Touboutt-chan que ses multiples références à un certain occidental à houpette achèvent de le rendre très drôle ! Une belle réussite, c’est déjà ça !

Angoisse au Touboutt-chan

Comme les deux titres de l’album (le titre final et celui de la prépublication) le laissent supposer, les points forts de cette histoire sont à chercher dans l’humour, et notamment la surutilisation des jeux de mots. Le dialecte du Touboutt-chan ainsi que ses dérivés ne sont que ça ! (Etwasvah ?; Evouhla ; Evatt Fairfoutt !) C’est qui plus est extrêmement bien fait (l’utilisation d’une graphie différente pour les dialogues en « touboutt-channais » par exemple donne un vrai sentiment de cohérence), et donc ça « élève » ces gags plus haut que la potacherie bas du front.

Surtout que Tome & Janry s’amusent avec un certain cynisme, rendant beaucoup de gags extrêmement pertinents. J’ai déjà signalé les « mille sabords » de Gorpah qui pointent l’ingérence occidentale partout dans le monde, mais il y a aussi les gags du présentateur télé à la fin (ces bottes !) qui bien sûr se goure sur le nom du Touboutt-chan, les militaires qui volent les bottes de Gorpah ou lorsqu’ils se moquent de lui dans l’hélicoptère ou encore les leaders de la résistance, trop occupés à s’insulter entre eux. Les gags associés aux malades du hoquet sont à ce titre assez sinistres et plutôt « adultes » : le malade à une réunion d’alcooliques anonymes, le trapéziste, les dialogues du scheik ou de Dynamo sont glaçants et c’est par exemple de mémoire la seule fois dans Spirou où l’on voit un mort par balle (la petite vieille dans l’introduction).

D’ailleurs, la frousse aux trousses gagne sans conteste la palme de l’album le plus violent de Spirou et Fantasio (que fait Familles de France !). Les voitures sont renversées et écrasées, ça explose de partout, on voit ou suggère des morts (dans l’introduction uniquement). On est loin de la timidité du Rayon Noir ! Par contre, contrairement aux Faiseurs de Silence, dont la violence m’apparait toujours assez gratuite, ici elle sert doublement le propos : montrer du doigt les violences et la répression militaires démesurées mais également celle des rebelles, qui ne semblent pas vraiment sympathiques (je viens d’ailleurs de réaliser en faisant cette chronique que si les rebelles pensent que le camion de nos héros est plein d’armes, c’est que l’éclaireur de la page 27 a vu le fusil de Dynamo en les épiant, ce qui rend ce gag beaucoup plus pertinent qu’à première vue !). Mais également, rappeler constamment la chance de Spirou et Fantasio, qui survivent à tout, notamment parce que le hasard fait souvent bien les choses ! Nos deux héros ont vraiment dans cet album « le cul bordé de nouilles » (on reprend le thème de Spirou et Fantasio à New York), mais c’est pour mieux nous choquer lors du retournement de situation final (encore un outil narratif parfaitement maitrisé). A trop vouloir tenter la chance, nos héros s’en mordent les doigts dans le final le plus dramatique de la série.

A suivre…

Au final, La frousse aux trousses est un album résolument solide, et un des très bons albums du duo. Ses quelques défauts (une introduction un peu poussive et des personnages secondaires finalement sous-exploités) n’entachent pas ses innombrables qualités (des héros formidablement écrits, un Gorpah génial, des idées à foison, un propos antimilitariste intelligent). Par contre, je n’ai pas parlé de ce qui est pour moi son plus grand problème (et c’est très personnel). Cet album reste dans l’ombre de son successeur. J’ai lu, aimé, adoré, presque vénéré la Vallée des Bannis depuis tout gosse, mais n’ai découvert La Frousse aux Trousses qu’adulte. Et du coup, à côté d’un tel monument, la Frousse aux Trousses n’a absolument pas le même impact. J’ai parfois du mal à le voir comme autre chose que comme « une longue introduction à la Vallée des Bannis » (introduction parfaitement dispensable vu que la Vallée rappelle astucieusement les enjeux les plus importants). C’est ne pas faire honneur à cet album, décidément robuste, mais c’est comme ça. C’est pour ça que le seul conseil que je peux donner est : lisez la frousse aux trousses AVANT la vallée des bannis. Vous l’apprécierez d’autant mieux.

(Pour la note, j'hésite entre 3 et 4. Je vais mettre 4 pour le moment, à voir)
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Gaston Lagaffe
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Re: LA FROUSSE AUX TROUSSES

Message par Gaston Lagaffe »

Il faut savoir que La Vallée Bannis était prévu pour être un autre album entier et en cours d'écriture Tome s'est rendu compte qu'il n'avait pas assez de place pour tout raconter tout ce qu'il voulait en 44 pages alors il a fait deux albums. Perso, je trouve que l'album est rigolo, mais je comprends qu'on accroche pas trop. C'est le type de Spirou qui est orienté vers l'action-humour et le scénario tient en deux-trois lignes. Dans le dessin animée, la partie La Frousse aux trousses et adapté en deux-trois minutes: Spirou et Fantasio sont avec leur guide, se font attaquer, tombent dans l'eau et voilà ils sont dans la Vallée des Bannis.

Disons que si c'était à la période des 60 pages, il aurait eu 16 pages qui montre pourquoi Spirou et Fantasio vont en voyage, avoir des problèmes avec les rebelles et finir aspirer par l'eau.
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