4 AVENTURES DE SPIROU ET FANTASIO

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2 = bof sans plus
1
4%
3 = un album qui se lit agréablement
13
54%
4 = très bon album
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17%
5 = superbe album je lis et relis. Un des incontournables de la série.
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Pigling-Bland
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4 AVENTURES DE SPIROU ET FANTASIO

Message par Pigling-Bland »

4 AVENTURES DE SPIROU ET FANTASIO par André Franquin
Editions Dupuis


Voici la couverture, le dos et la 4ème de couverture de l'édition originale de cet album daté de 1950 :

Image

Image

Si vous l'avez lu, notez le selon le barème suivant :

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Pigling-Bland
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Re: 4 AVENTURES DE SPIROU ET FANTASIO

Message par Pigling-Bland »

J'adore cet album. Je trouve que les histoires sont toutes excellentes. Le Ring est importante pour toute cette bande de gamins vraiment formidable. Et l'histoire du cheval et celle des pygmées sont absolument hilarantes.
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Re: 4 AVENTURES DE SPIROU ET FANTASIO

Message par Prunelle »

Voté. 5. J'adore.

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Re: 4 AVENTURES DE SPIROU ET FANTASIO

Message par DESPERA »

Cet album est sympa. On y trouve les ingrédients qui en feront par la suite une grande série.

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Re: 4 AVENTURES DE SPIROU ET FANTASIO

Message par Parker »

J'ai voté 5
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ElEmperador1907
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Re: 4 AVENTURES DE SPIROU ET FANTASIO

Message par ElEmperador1907 »

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Re: 4 AVENTURES DE SPIROU ET FANTASIO

Message par Gaston Lagaffe »

J'ai trouvé les histoires pas mal sauf celui du cheval qui ne me fait pas rire. La quatrième m'a toujours un peu dérangé avec ses noirs qui en faites sont des bruns qui ne se sont jamais lavés. Comment c'est censé faire du sens ? Lorsque leurs bébés naissaient bruns, les noirs ne se sont pas posés de question ? :roll:
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Pigling-Bland
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Re: 4 AVENTURES DE SPIROU ET FANTASIO

Message par Pigling-Bland »

Oui c'est juste, mais il y a tellement d'invraisemblances dans la BD que je nepense pas qu'il faille chercher si loin. Les bébés naissent d'un côté de la frontière, ça en fait des de ceux qui sont de l'autre côté et voil.
Et des héros qui ne vieillissent pas ? ou ont juste des vêtements arrachés (mais jamais au niveau de l'impudeur) quand on leur lance une grenade... est-ce bien raisonnable tout ça ? ;)
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Grosben
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Re: 4 AVENTURES DE SPIROU ET FANTASIO

Message par Grosben »

Je met 3 à cet album, dommage que toutes les histoires ne soient pas au même niveau, j'adore Spirou sur le ring et c'est l'histoire avec les dessins les plus aboutis je trouve

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Fantasio magazine
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Re: 4 AVENTURES DE SPIROU ET FANTASIO

Message par Fantasio magazine »

J'ai mis 3. Ce n'est pas mauvais, mais on est loin de la qualité des albums d'après. L'histoire du robot est bonne avec de l'action. Celle de la boxe serait un bel exemple de lutte à l'intimidation, j'adore! Je suis moins convaincu par les deux autres, surtout celle des pygmées qui s'étire en longueur à mon avis.

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Jalias
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Re: 4 AVENTURES DE SPIROU ET FANTASIO

Message par Jalias »

Et après encore une longue pause (il y avait le festival d’Avignon !), me revoilà pour critiquer 4 aventures de Spirou et Fantasio. Si j’ai été si long à en proposer une critique, outre de découvrir les joies avignonnaises, c’est également parce que je n’avais aucune hâte à critiquer cet album… et notamment sa dernière histoire, qui reste pour moi l’histoire la plus problématique signée Franquin, et plus généralement de tout le corpus Spirou.
Mais avant de nous attarder sur Spirou et les pygmées, il y a quand même trois autres histoires à critiquer !

- Sortez, vous êtes pris !
- ?????


En ça démarre pas trop mal avec « Les plans du Robot », qu’on pourrait appeler « Radar le Robot 2 ». Ce que la nomenclature retient comme le premier album officiel de la série Spirou et Fantasio s’ouvre sur une suite ! Prof Pingling a très bien expliqué dans le topic associé à l’Héritage l’artificialité de cette numérotation, mais il convient quand-même de noter que pour un lecteur qui voudrait découvrir Spirou et Fantasio, il ne s’agit pas du point d’entrée le plus évident ! L’histoire rappelle les événements précédents uniquement grâce à l’astuce (éculée) du vendeur de journaux, et il est probable que pour un nouveau venu tout ceci reste assez obscur. Bien entendu, ceci se comprend parfaitement bien dans le contexte de la publication hebdomadaire : pourquoi rappeler au lecteur une histoire qu’il a finie la semaine précédente à peine ? Heureusement, les enjeux de cet épisode sont suffisamment clairs (et surtout simples) pour que quelqu’un qui n’a pas lu Radar le Robot s’y retrouve. En gros méchants bandits veulent plans, Spirou empêcher. Ça va, on arrive à suivre !

Cette intrigue franchement simpliste se met au service d’un récit de « course poursuite » effrenée (déjà à l’époque ! On comprend mieux les albums Paris-Sous-Seine et Alerte aux Zorkons après ça !), qui a pour elle deux avantages. Le premier : son humour toujours efficace, avec le coup de la meule de foin par exemple, qui permet de dévier voire relancer l’intrigue. Les gags sont (et on commence à avoir l’habitude) associé à des personnages parfaitement bien définis : le « grouillez » de Spirou qui file comme l’éclair est bon, le vieux fermier qui voit sa meule disparaitre passe pour un fou, le vieux pêcheur qui espérait enfin attraper « son Moby Dick personnel » est drôle et touchant à la fois… Mais plus que l’humour efficace, ce qui m’a marqué dans cette histoire c’est la mise en scène ! Les deux courses-poursuite (celle en jeep au début puis celle en moto) permettent des cases très intelligentes avec des effets bien rendus. La mention spéciale revient aux quelques cases de Spirou à moto, avec une vue derrière Spirou : l’impression de profondeur, celle de vitesse et celle de danger sont incroyablement bien rendues, et rien que pour ces quelques magnifiques cases, ça vaut le coup de lire cette première histoire, malgré ses défauts.

Car cette histoire courte peut paraître bien simpliste aujourd’hui (les méchants sont des bandits génériques, alors que les plans pourraient attiser des convoitises autrement plus graves) avec des raccourcis scénaristiques franchement faciles (pourquoi les autorités n’ont pas pris les plans en premier lieu ? d’ailleurs, que font les autorités ? Elles n’ont pas l’air de s’inquiéter de la disparition des plans), et un manque de profondeur flagrant (la description de la folie de Samovar ne s’est pas arrangée depuis sa première apparition). Ça se lit néanmoins sans déplaisir.

- Tu te rends compte ? le magnifique chahut qu’on fera, dis ?

Changement d’ambiance pour la deuxième histoire, qui reste pour moi la meilleure de l’album : Spirou sur le Ring. Après l’aspect bandit/course-poursuite, changement complet de ton et d’ambiance. On a ici droit à une histoire « tranche-de-vie », centrée sur les gamins de Bruxelles. Avec d’un côté les AdS propres sur eux (avec le pti Maurice, légèrement horripilant dans son rôle de premier de la classe, qui heureusement devient plus supportable en devenant moins passif une fois le match de boxe lancé), et les gamins des rues, sortes de croisements entre le garnement et le voyou, représentés par Poildur, vrai voyou mais faux méchant, plus malin qu’il en a l’air et réussite de l’histoire.

L’aspect vie quotidienne est vraiment le plus réussi dans Spirou sur le Ring : les personnages sont très attachants, les situations sont sympathiques, touchantes voire drôles. Ce n’est pas l’histoire la plus drôle de Franquin, mais au minimum on esquisse systématiquement un sourire. Les personnages ont du caractère, même les figurants, comme cette petite fille qui se voit refuser l’entrée du ring car « c’est une fille » et qui répond… par un coup de poing ! Bref, c’est tout à fait charmant, et le travail d’ambiance et d’univers est remarquable.

En plus, on y apprend des choses capitales sur notre groom préféré: Spirou fait donc 40 kg 800 (soyons sérieux, ce n’est pas réaliste !), est droitier et à une cabane au fond du jardin ! C’est surtout un garçon courageux, qui venge les faibles, ne recule jamais devant un combat, mais qui n’est pas mesquin ni hautain et est capable de faire habilement la paix avec Poildur, sa « version négative ».

Si la préparation du match de boxe est dans l’ensemble très attachante, le match et lui très prenant. Franquin a l’intelligence de bien décrire le comportement des boxeurs à chaque round, de varier les situations, et met particulièrement bien en scène le combat de boxe. Les coups sont très bien retranscrits, notamment les effets de mouvement et de déplacement sur le ring. Contrairement à la course automobile dans Spirou et les héritiers par exemple, ce qui se passe hors du ring (et il s’en passe des choses, entre les coups bas de Poildur et Oscar et les réactions des spectateurs et de l’arbitre), n’occulte jamais ce qui se passe sur le ring, mais les intrigues se répondent et le tout sert le propos de bien bel manière.

Propos mis en avant par un trait assuré. C’est en effet graphiquement impeccable : si on n’a pas encore (loin de là) le trait de Franquin arrivé à maturité, c’est toujours très lisible. La plus grande réussite reste la très grande case qui dévoile le terrain de boxe avec les enfants spectateurs. Très belle composition, bel effet de profondeur également avec les enfants au premier plan ; et une case emblématique de l’aspect « tranche de vie » de cette histoire ; moins épique mais néanmoins réussie.

Et puisque je ne veux vraiment pas parler de Spirou et les pygmées, je m’arrête ici pour ce soir ! La suite bientôt !
Suspense!

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Jalias
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Re: 4 AVENTURES DE SPIROU ET FANTASIO

Message par Jalias »

Et me revoilà pour affronter les deux plus mauvaises histoires de l’album/de Franquin/de Spirou (rayez les mentions inutiles… enfin, si vous en trouvez !)

- Hm ! Essaye d’être un peu sérieux !
- Ah ça ? Jamais !


Spirou fait du cheval est une histoire très courte (seulement 7 planches), et c’est tant mieux ! Non pas que ça soit une torture (c’est beaucoup trop court pour ça), ça n’est juste pas très intéressant. Spirou et Fantasio partent faire une balade à cheval, Plumeau le cheval de Spirou enchaîne les bêtises et saute partout. Voilà voilà voilà…

Sérieusement, je n’ai pas grand-chose à en dire. L’humour n’a pas fonctionné sur moi, je trouve que le design de Plumeau, si réussi soit-il, fait tâche dans l’univers du groom, bref ça ne m’a pas plu. Mais bon, on notera quand-même le joli travail sur les mouvements du cheval, et puis bon, ça ne dure à prêt tout que 7 planches (et encore, pas très bavardes). Au moins on n’a même pas le temps de soupirer que c’est fini !

Une histoire très mineure donc, qui risque d’être oubliée sitôt lu.

Ce qui n’est malheureusement pas le cas de la suivante… Oooh que je n’ai pas envie ! Mais quand il faut y aller, il faut y aller !

Alors on essuie, et… oh ! Fantasio ! Viens vite voir !

Pour être tout à fait franc, j’avais oublié mais Spirou chez les Pygmées commence plutôt pas mal. Les 11 premières planches, qui se focalisent sur le léopard de l’empereur, sont plutôt bonnes. C’est drôle, les situations sont bien trouvées, les dialogues entre Spirou et Spip sont extrêmement bons et enlevés. Qui plus est, le personnage de la logeuse aux chats, et de son mari sont très bien croqués (et là, je pense très fort à Marie-Rose et Robert du duo Nic et Cauvin ; qui sur le même canevas de base, sont complètement ratés !). Et là où Plumeau était plutôt agaçant, le léopard est plutôt attachant. Pas de quoi révolutionner la BD franco-belge, mais c’est très plaisant !

Le problème c’est que les choses se gâtent dès la planche 12, qui non content d’emmener Spirou en grandes pompes dans un univers colonialiste avec tout ce que ça comporte de problèmes (monsieur est ministre d’un empire colonial, excusez du peu !), est sans doute la planche d’exposition la plus chargée et indigestement didactique que j’ai vu dans la série. Regardez-moi la taille de ces bulles de dialogues !
Mais ce n’est que le début des problèmes.

Et là, il faut contextualiser un peu. Le problème quand on lit des BDs de cette période, c’est qu’on parle d’un monde toujours coloniale, et d’une Europe blanche toujours colonialiste. En février 1950, l’Algérie est toujours française, et le Congo toujours belge. Bien entendu que cette vision du monde est très différente de celle qu’on connaît actuellement (on était à l’époque du « y a bon banania »). La propagande des autorités, qui avaient tout intérêt à présenter les prétendus « bienfaits » de la colonisation, marchait à plein ; et il n’est pas surprenant de voir de relents colonialistes dans les BDs de cette époque. Ce n’est d’ailleurs pas la seule fois que Spirou (la série) jouent de cette imagerie colonialiste : Spirou et le Pilote Rouge de Jijé ; l’Héritage et plus tard la Corne du Rhinocéros auront toute leur tribu africaine tout droite sortie des clichés de l’époque.

Néanmoins il y a deux (non même trois) grandes différences entre ces exemples et Spirou chez les Pygmées. Dans les exemples précédents, comme je l’ai dit, les auteurs « jouent » avec l’imagerie de l’époque. Il y avait très souvent un certain recul par rapport à cette propagande coloniale : ainsi la tribu « anthropophage » du Pilote Rouge s’avère être très judicieusement végétarienne ; là où l’alcoolisme du « grand chef » africain de l’Héritage, outre d’habilement donner des indices sur la nature réelle dudit héritage, créer un personnage hors des sentiers battus, et ni meilleur ni pire que le colon blanc qui aide Spirou et Fantasio plus tôt. Quant au roi Wakuku, bien que cannibale, c’est un homme de parole et qui est d’une aide précieuse pour nos héros. Bref, ce sont des personnages qui sont « plus grands » que les clichés qu’ils représentent. Hors ici, il n’y a pas de détournement, pas de subtilité, pas de recul, pas d’esprit ou de finesse dans cette représentation. Les pygmées ne sont que des grands enfants, « tout petits, tout mignons », qui vivraient dans une forme d’insouciance paradisiaque s’ils n’étaient pas si facilement manipulables. Et qui bien sûr, ne sont pas capables de se gouverner tout seul, et sont béats d’admiration devant toute personne un tant soit peu blanchâtre qui leur donne des ordres. Bref, un développement très premier degré et éminemment problématique. La deuxième différence, c’est que selon moi, les éléments « colonialistes » des exemples que j’ai cités sont toujours des éléments « périphériques » à l’intrigue, ils ne sont jamais au cœur de l’histoire. La tribu végétarienne du Pilote Rouge n’est là que pour détourner le cliché final de la tribu anthropophage ; le sage africain n’est qu’un des guides vers l’Héritage, quant aux Wakukus, ce n’est qu’une étape du voyage de Spirou et Fantasio. Dans tous les cas, ils n’ont qu’une présence limitée dans l’intrigue. On peut les voir plus comme des « passages obligés » de l’époque ou des travaux d’ambiance ; là pour poser l’univers de ces histoires. En connaissant le contexte, on est donc plus facilement conciliant avec des éléments qui pour l’œil moderne, peuvent tout de même être douteux (je l’ai bien fait pour la Corne du Rhinocéros). Mais ici, l’imagerie coloniale est au cœur même de l’histoire, et le racisme inhérent à l’idéologie coloniale, qui en plus n’est jamais détourné, vous explose littéralement à la figure dans un des retournements de situation les plus malaisants de la BD franco-belge.

Car oui, et c’est incroyable que j’écrive cela, toute l’aventure repose sur l’élément-clef suivant : « les pygmées noirs sont noirs car ils ne se lavent pas ».

Je… Je ne sais… Comment dire…

Non.

Tout simplement, non. On ne peut pas écrire une histoire dont le pivot est « les noirs sont noirs car ils sont sales ». Ce n’est pas possible. Je suis sûr que c’est dit quelque part dès le premier chapitre du bouquin « comment raconter une histoire ». En première phrase. Dès la page de titre !

Par où commencer ?

Déjà comme l’a suggéré « Gaston Lagaffe » dans son post : c’est complètement con. Et je dis bien con, pas « naïf », « mignonnet » ou tout adjectif aseptisant pour faire passer la pilule. C’est absolument crétin. Du genre de bêtise qui insulte l’intelligence du lecteur. A ranger au même niveau que les haltères qu’on attache à Tintin avant de le jeter dans l’Hudson dans Tintin en Amérique.

Mais surtout, c’est profondément raciste. Et pas de « rohlàlà, c’est pas si grave, c’est juste une BD ! » (je vous vois venir, petits coquins !). Dire « les noirs, c’est noir car c’est sale », c’est peut-être le truc le plus raciste qu’on peut dire au monde. Malheureusement c’est le genre de « blague » qu’un gamin entend dans une cour de récré, ou qu’un adulte se prend au bar PMU du coin. Je suis presque certain que – et c’est affreux – toute personne noire vivant en France a dû se bouffer au moins une fois un commentaire un peu similaire. C’est quand-même super triste qu’un gosse qui peut déjà subir le racisme dans la vraie vie s’en bouffe en plus tranquille pépouze chez lui en lisant une BD. Alors, en tant que personne blanche, qui n’est pas confrontée au racisme au quotidien, c’est parfois dur de se positionner sur des éléments un peu limites, parce qu’on ne cerne pas forcément le problème, parce que ça ne nous parait pas forcément si grave. On ne se sent pas forcément légitime pour se positionner également. Mais avec un peu d’empathie, il y a quand même des moments où on peut voir clairement la limite. Et là, la limite n’est pas seulement franchie, elle est explosée ! La limite, elle a tellement pris cher, que même si sa mère la reconnait, elle voudra plus d’elle ! Et c’est là, qu’en tant que lecteur, il faut savoir dire non.

Contextualiser ne fait pas tout; ce n'est pas parce que c'était accepté à l'époque que c'est en fait acceptable. ça montre juste les travers de l'époque. Cette BD est raciste. Tout y est raciste. Que ça soit ses points-clef d’intrigue, sa narration, son imagerie, ses gags (la race fantasienne… pfff), sa galerie de personnages (les gentils comme les méchants)… tout y pue le racisme. Et ce n’est pas surprenant finalement. Comme je l’ai dit, le racisme est à la base même de la pensée coloniale (quitte à oppresser des peuples, autant le justifier par une pseudo classification des races ou par les bienfaits (et la suprématie !) de la civilisation européenne). Cette BD est juste le produit sans nuances de son époque. C’est assez surprenant (et triste) de la part de Franquin, qui l’a montré dans l’Héritage et le montrera dans la Corne du Rhinocéros, est capable de tordre les clichés et d’avoir du recul sur cette pensée de l’époque. Et qui est aussi capable de réfléchir sur ses propres biais dus à son éducation ou son environnement, comme lorsqu’il redessinera un fripier juif dans la maison préfabriquée dont le dessin était trop influencé par la propagande nazie. Quant à Spirou chez les Pygmées, c'est sans doute la seule histoire qui mérite vraiment le titre de « pêché de jeunesse ».

Pour clarifier, et avant qu’on me tombe dessus : Je n’ai jamais dit que Franquin est raciste, loin de là. J’ai dit que « Spirou chez les Pygmées » est raciste. Au même titre que « Aux sources du Z » est sexiste. Ma réflexion n’engage pas plus loin que l’histoire analysée. Mais je ne pense pas qu’il faille, lorsque c’est aussi injustifié, être complaisant avec une histoire aussi problématique (et franchement mauvaise pour ne rien arranger), de peur d’égratigner un auteur qui de toute façon a plus que démontré son génie et son humanité.

En conclusion, comment se positionner face à cet album? Ou pour poser la question de façon plus prosaique : peut-on décemment mettre la moyenne à un album qui contient une histoire aussi ouvertement raciste ? Pour moi, à ce stade de mes réflexions, la réponse est non. Si « les plans du robot » et « Spirou sur le Ring » sont plutôt réussis et mériteraient facilement un 3/5 (voire 4/5 pour le Ring), un « Spirou fait du cheval » sans intérêt et un « Spirou chez les Pygmées » catastrophique achèvent l’album. C’est donc un 1/5 pour moi.

(Et comme il n’y a pas de hiérarchisation dans les haines, qu’il est important de ne pas cautionner des messages aussi graves dans des BDs jeunesse, et qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, je vais de ce pas changer ma note d’Aux Sources du Z.)

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