Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...

L'actualité du journal qui va avec la série

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heijingling
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Message par heijingling »

Numéro 4495du 05/06/2024

https://www.spirou.com/actualites/somma ... ns-de-xiii

Numéro doublement spécial, l’un mis en avant, les 40 ans de XIII, l’autre, sur le départ du rédacteur en chef Morgan Di Salvia, venant taquiner le premier, puisqu’il s’agit de commémorer le fait que XIII ait été publié en premier dans Spirou, les hommages tournent autour du magazine, à commencer par la couverture de Romain Dutreix. Comme pour la parodie de Spirou qu’il avait réalisée dans son premier volume d’Impostures (en 2013, aux éditions Fluide glacial), axée sur les multiples reprises de ce personnage, sa parodie de XIII est aussi liée aux circonstances, puisqu’associée au départ de Morgan Di Salvia du poste de rédacteur en chef de Spirou. Départ dont parle aussi L’édito de Fabcaro et Fabrice Erre, ingénieusement connectée à la suite de leur arc sur leur disparition. Quels génies du timing, d'autant plus que les Fabrice avaient fait semblant de disparaitre car estimant manquer de considération au sien de la rédaction, et accusent Morgan de vouloir faire de même en annonçant son départ, départ justement commenté sur Actuabd avec le chapeau une phrase de ce même Morgan disant « La dimension humaine dans le métier d’éditeur de BD est hyper importante. » https://www.actuabd.com/Morgan-Di-Salvi ... -est-hyper Quelle mise en abîme, et cela leur permet de plus de ne pas devoir parler de XIII). Le gag hommage de Sti, Un sacré numéro, ne pouvait pas ne pas faire le lien avec La Malédiction de la page XIII. Et, comme les strips de Moog et Bernstein pour Willy Woob, truffés de jeux de mots, ceux de Nelson de Bertschy, ainsi que la planche de Crash Tex de Dab’s, il met en scène la base de la série, la découverte d’un amnésique tatoué sur une plage, qui est, comme la suite du premier tome de XIII, plagiée (plage, plagiée, humour à la Willy Woob…) sur le roman de Robert Ludlum, La Mémoire dans la peau https://fr.wikipedia.org/wiki/La_M%C3%A ... au_(roman), car on sait que le scénariste Jean Van Hamme est surtout un développeur d’idées qu’il va trouver ailleurs (Thorgal, par exemple, doit beaucoup à Khéna et le Scrameustache, de Gos), plus qu’un créateur. Hors Dutreix, qui a dû se documenter pour ses parodies, ces auteurs n’ont-ils donc lu que le premier volume de XIII? C’est possible, et c’est mon cas. Ce que je ne regrette pas, car si je n’ai pas compris grand chose au mini-récit Bas les masques!, de JVH et Ph. Xavier, qui en dit dans Bienvenue dans mon atelier que “Jean Van Hamme s’est fait plaisir à raconter des trucs qui feront sourire les lecteurs qui connaissent la série” (ce qui n’a donc pas été mon cas), j’en ai du moins retenu que XIII passe 1/3 de son temps à se battre, 1/3 à avoir des dialogues abscons, et 1/3 à se farcir toutes les filles qu’il rencontre (et qui illustrent le rabat de la couverture du mini-récit). Par contre, j’ai pu apprécier la parodie stylistique de William Vance qu’en a faite Philippe Xavier: les personnage sont représentés presque en uniquement de face ou de profil, à l’exclusion assez radicale de tout autre angle ou cadrage (plongée, perspective…). Enfin, dans l’entretien, JVH dit regretter de ne pas avoir plus accentué la partie politique de la série. Or, si la série est en effet peu politique par rapport à ce qui aurait pu en être fait vu son sujet, elle l’est par essence, car tant sa structure que ses thèmes, sa narration et ses personnages sont une régression et une fermeture par rapport à toutes les portes qui avaient été ouvertes dans la BD depuis les années 60. Notons pour finir la numérotation des pages en chiffres romains, du treize…Et bien sûr, pour accompagner l’anniversaire de cette série à l’immense succès commercial, il ne pouvait y avoir moins qu’une page de publicité pour 4 albums de ou autour de XIII paraissant cette année.

Les auteurs du Métier le plus dangereux du monde, Olivier Bocquet et Fabio Lai (et Fabien Alquier aux couleurs) montrent eux qu’ils savent réaliser une série équilibrée entre l’aventure prenante et la parodie, avec l’apparition du nécessaire super méchant, à la fois caricatural et atypique. Bon chapitre également pour les Cœurs de ferraille, avec l’intervention d’un personnage féminin sensible et manipulateur, sorti de romans gothiques du XIXè s., l’époque de la série. L’énigme gagne en densité dans L’inspecteur Bertillon, de Barth, Pomès et Drac, avec une séquence de révélation en flash-back. Spirou revient enfin, à la page 42 de son aventure, et encore uniquement passif. (À suivre), vraiment…

Deux amusants gags d’humour noir pour Tash et Trash de Dino, et Fish n chips de Tom, auquel s’est adjoint Cerq, toujours dans la veine de l’écologie des fonds marins traités comme une décharge. Dans la planche de Dad flashbacks, Nob présente la maman de Ondine dans une scène où elle est bien plus insupportable que sa fille, qui a l’excuse de l’âge, et fait souvent montre de tendresse.

Les Jeux de Frédéric Antoine et Yohann Morin ne sont pas sur les thème de la semaine mais sur une nouvelle attraction du Parc Spirou, le Parc Mysterium, mettant en scène les magiciens et forains étant apparus dans Spirou, de Itoh Kata à Bertrand, jusqu’à Poppy Bronco en Hercule de foire. Et dans le rédactionnel, Spirou et moi est consacré à Mab, qui a longtemps travaillé dans le dessin animé, et a publié dans Spirou en 2021 et 2022 quelques gags de Térence et Bud, des extraterrestres au style rondouillard, après être revenu à la BD en publiant une planche comme invité sauveur au secours d’une Lisa Mandel débordée dans Une année exemplaire, aux éditions Exemplaire, et En direct du futur annonce le lancement du prix Spirou, l’un des prix Atomium remis lors de la fête de la BD à Bruxelles en septembre.
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heijingling
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Numéro 4496 du 12/06/2024

Ici un aperçu du journal https://www.spirou.com/actualites/somma ... s-gratuits

Tebo a fort bien réussi sa couverture, dans son style où il va puiser différentes techniques, et les juxtaposer en y infusant une touche unique. Ici, une structure classique en pyramide, assortie d’un commentaire, comme dans un cartoon, mais graphiquement inséré dans l’image, comme dans les mangas, des personnages rondouillards mais avec un encrage résolument non uniforme, qui leur donne leur dimension comique particulière, dans la lignée de ces dessinateurs Disney atypiques que sont Cavazzano ou Bottaro. À cela s’ajoute, pour équilibrer l’image dans le sens de la symétrie, une énorme masse d’arme d’où pend un œil, écho du rouage immense écrasant des soldats sur une muraille dans une Idée noire de Franquin (notons que ce qui en 1977 était une idée si noire qu’elle était reléguée à l’intérieur d’un magazine pirate encarté dans un journal pour enfants se retrouve maintenant en couverture de celui-ci). L’histoire courte en cinq pages est aussi un chef d’œuvre dans ce genre, construite comme un gigantesque labyrinthe, dont deux doubles pages, où l’énergie est créé par des oppositions de mouvements, de gauche à droite et de haut en bas et inversement, technique qui ici est aussi source de gags, comme Peter Pan se retournant pour narguer Raowl et s’empalant sur un obstacle qu’il n’avait ce faisant pas vu, ou l’ogre sur ses gogues en haut de la falaise qu’escalade Raowl, et en sens descendant un tuyau écoulant ses étrons dans le lac souterrain d’où sort Raowl. C’est tout l’art de Tebo que de tout construire en deux niveaux de lecture, dessins comme textes, ceux-ci faisant office à la fois de dialogues et de commentaires des dessins, ou dans la vignette de couverture qui nous apprend que Raowl se prononce Raoul, pour rimer avec Kaboul, et non Ra-owl, comme un rugissement auquel on ne peut s’empêcher de penser. Me concernant, un seul bémol, le talent de Tebo s’exprime dans un humour trop enfantin pour moi.

Moins personnels dans la narration comme le dessin, Olivier Bocquet, Fabio Lai et Fabien Alquier font toutefois aussi avec Le métier le plus dangereux du monde une synthèse de plusieurs influences qui donne une nouvelle dynamique à leur fond FB, sur une base d’action et d’humour: des personnages qui surréagissent, comme Ziad et Billie page 43, (page 39 du magazine), technique de dessin animé (que l’on retrouve dans Louca, dont l’auteur Bruno Dequier travaille dans l’animation), le débordement des traits de vitesse sur l’encrage, venu du manga (pages 42-43), ou la scène incongrue, comme celle page 45 où les personnages se mettent à chanter et danser pour aider Amine à soutenir le rythme de la respiration artificielle qu’il pratique sur sa fille, dans un esprit de l’humour dit sans queue ni tête (moleitau en cantonnais) des comédies Hongkongaises (scène semblable dans Shaolin soccer de Stephen Chow).
Une base également FB mais traitée en y mêlant habilement des formes et du fonds très pertinents, le romantisme gothique, le tramage dans le dessin, l’opposition entre les expressions surjouées des humains et l’absence de visages des robots, dans Les Cœurs de ferraille, de Beka, Munuera et Sedyas.
Tout aussi personnel que ce que fait Tebo, le polar chamanique des Enquêtes de l’Inspecteur Bertillon, avec un dessin de Cyrille Pomès paradoxalement à la fois tout aussi rondouillard et anguleux, mais dans une veine expressionniste et pas disneyenne. L’histoire amène cette semaine un rebondissement inattendu, avec l’exploration d’une épave engloutie recelant les plans d’un moteur à eau par un parent de son inventeur, comme dans Le scaphandrier mort, de Tif et Tondu. L’histoire est moins complotiste que dans le scénario de Tillieux, alors que notre époque s’y prête pourtant, et c’est tout à l’honneur des scénaristes, Barth et Pomès, car c’est un transfuge de l’industrie pétrolière qui cherche à s’approprier les plans pour s’enrichir, et non des agents d’une de ces trusts qui cherche à faire disparaître ces plans pour conserver sa domination.
Par contre, je n’accroche pas à l’Aventure classique de Spirou et Fantasio par Elric, Clément Lemoine et Michaël Baril. Deux cases résument ce qui à mon sens pose problème, la première de la planche 50, un camp militaire vu d’en haut, trop proche pour que l’on ait une impression de grouillement (les arbres, les personnages sont encore différenciés), trop loin pour que l’on identifie les protagonistes dont on croit discerner les traits, et la huitième de la planche 51, un personnage tombant dans un hangar en brisant une vitre, les personnages sont minuscules dans ce hangar immense, mais la case est trop petite pour justifier cette immensité. Et c’est ainsi pour l’ensemble du récit, les auteurs n’ont pas su trouver la distance, entre histoire pour enfants (le niveau des gags) et second degré pour adultes, entre incursions politique et parodie, entre comique et aventure (Spirou a été absent la plupart du temps, et passif lors de ses rares apparitions).

Dans les gags, Fabcaro et Fabrice Erre sont partis dans L'Édito sur une série sur le départ de Morgan Di Salvia comme rédac chef. Il est possible que ce soit la première fois que le départ d’un de ses responsable soit traité en temps réel dans la presse BD, et peut-être même dans l’ensemble de la presse, et alors cette série d’histoire immédiate entrera dans l’histoire des médias. Retour d’Anna Maria Riccobono aux couleurs d’Elliot au collège. Une bonne Malédiction de la page 13 de Sti, avec Raowl. Dans Dad Flashbacks de Nob, on découvre que Panda avait non seulement une identique personnalité mais s’exprimait de la même manière lorsqu’elle avait environ 6 ans et actuellement, comme étudiante. Dab’s donne une Leçon de BD pertinente et drôle. Quant à Floris avec Capitaine Anchois, Dino avec Tash et Trash, Cerq et Tom avec Fish n chips, Berth avec Des gens et inversement et Lécroart avec Les Fifiches du Proprofesseur, ils portent tous avec leur humour absurde un regard décalé et éclairant sur des sujets essentiels (pollution et consommation dans Fish n chips, mythologies et société contemporaine avec Les Fifiches et Des gens, spéculation et SF avec Tash et Trash).

Berth, qui “cartoone depuis trente ans dans Spirou”, est par ailleurs l’invité de Bienvenue dans ma bibliothèque, où je découvre avec plaisir Hara-Kiri, Willem, Lefred-Thouron, Poirier (une influence de son dessin rond), Roland Topor, et le fait qu’il ait ignoré Tintin enfant. En direct du futur annonce que le numéro 4500 sera matériellement spécial, le papier du magazine changera alors pour se conformer aux nouvelles normes écologiques, Spirou joignant ainsi le geste à ses discours.
Dans un tout autre ordre d’idées, deux incohérences dans une pub pour une opération de promotion d’albums. Le cabochon représentant Yakari est extrait des DA, pas de la BD, et celui de Spirou est de Tome et Janry, alors que leurs Spirou ne font pas partie des albums sélectionnés. Ils sont tant mythiques chez Media participation? Mais je pinaille dans le vide en cherchant de la rectitude dans un domaine, la pub, où le mot a été banni. Quand aux Jeux de Frédéric Antoine et Yohann Morin sur les mythes de la Grèce antique, ils mettent en scène Télémaque, un personnage qui n’est plus paru dans le journal depuis près de 4 ans…Enfin, le supplément est un poster par Théo Grosjean d’Elliot au collège à composition en escalier d’Elliot, sa mère et son angoisse, les lectures de chacun reflétant sa personnalité.
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Numéro 4497 du 19/06/2024

Ici un aperçu du numéro: https://www.spirou.com/actualites/somma ... -leon-lena

Couverture de Clémence sur Léon et Lena, pour leur retour dans Spirou, concordant avec la sortie de leur quatrième album, qui doit inclure des strips non parus dans Spirou, puisque, selon le jeu test introduisant ces pages, le personnage de Lennon semble avoir pris une grande importance, alors qu’elle est relativement peu apparue dans le journal. Suite de l’arc sur le départ du rédacteur en chef Morgan Di Salvia dans L’Édito de Fabcaro et Fabrice Erre. Un Petit Spirou difficilement interprétable, qui à première vue semble ridiculiser une certaine tendance actuelle du féminisme, avec les contradictions de Suzette demandant un homme déconstruit, pourtant le scénario est cosigné par Clara Cuadrado, qui revendiquait son féminisme militant il y a peu dans ce magazine.
Bernstein et Moog mettent cette semaine Willy Woob et son chien Kiki dans la peau d’agriculteurs, et leur humour gentiment absurde y fonctionne cette fois très bien. Nicolas Moog est par ailleurs avec Émilie Plateau l’auteur du supplément de la semaine, un Carnet de voyage de la Ciudad de México (au titre en espagnol). Ils témoignent d’un enthousiasme si enfantin que même l’office du tourisme mexicain doit en être gênée: “La cuisine mexicaine est la meilleure du monde” (elle est objectivement relativement simple et peu variée), et ils trouvent émouvant jusqu’aux larmes l’ultra touristique et artificielle chevauchée annuelle pour commémorer la révolution mexicaine. Par ailleurs, ils sombrent dans ce travers qu’une amie m’avait au Mexique décrit comme si français, de comparer toujours, pour dénigrer l’un au profit de l’autre. Et ici, c’est aussi ce si français auto dénigrement: “Tout va être gris et fade en France à côté de Mexico.” Étrange de la part d’auteurs qui sont par ailleurs si critiques et lucides, Émilie Plateau dans son “Noire, la vie méconnue de Claudette Colvin”, Nicolas Moog dans ses bandes dans Fluide glacial ou chez 6 pieds sous terre. Dans Le strip dont vous êtes la star, Libon représente une panthère, et j’aime beaucoup la façon dont il représente ses fauves, au visage débordant de poils, comme Bisou dans Tralaland. Tebo met en scène Raowl dans un numéro quasiment en solo, de combat contre lui-même pour une fois, d’exercice de sa volonté, dommage pour moi que Tebo joue encore avec les clichés de l’humour prétendument enfantin (les légumes sont incarnés par des brocolis, qui sont moches et puent). Départ de la maman d’Ondine dans Dad flashbacks de Nob, disparue aussi soudainement qu’elle était apparue (mais elle n’est pas faite pour la vie de famille et ses responsabilités, comme elle l’avouait elle-même). Et on ne sait toujours pas pourquoi elle s’était mise avec Dad, l’ambitieuse s’était-elle entichée d’un jeune acteur en pleine ascension, et l’a-t-elle quitté lorsqu’elle s’est rendue compte qu’il ne deviendrait jamais une vedette?

Fin du Spirou classique, qui ne m’a aucunement convaincu. Ni dans le fait d’avoir confronté Spirou à un évènement historique: le Spirou de Bravo était au moins très instructif, et faisait ressentir l’ambiance de peur et de perte de l’époque, ici, rien dans le traitement caricatural ne fait ressentir la guerre froide, ces Fidel Castro et Che Guevara autoritaires et maladroits auraient tout aussi bien pu être remplacés par Zorglub. Ni dans le scénario, avec Spirou si peu présent et Fantasio suiveur de Seccotine, et je regrette le Longplaying bon vivant et expansif, remplacé par ce patriote peu franc et peu sûr de lui. Ni enfin le dessin, trop scolaire et raide. Seule, étrangement, la dernière planche est bonne de ce point de vue, auquel son encrage plus décidé, plus profond, alors qu’il était trop sec jusque là, donne vie et vivacité aux personnages.
Six pages éminemment romantiques pour Les cœurs de ferraille, dont quatre muettes, dans lesquelles Munuera et Sedyas varient grandement découpage, encrage, colorisation, pour exprimer le tourbillon de sentiments qui s’empare des deux amoureux. Une scène d’étreinte sur une plage avec les mouettes et les flots mugissants est très cliché (Frank P. L’avait un peu renouvellée dans La nuit du chat, de Broussaille), mais ici, ainsi traitée, apporte un beau contrepoint et tournant dans cette histoire de grande violence sociale. Une séquence toute en action, bien rythmée par le découpage et la mise en scène dans l’enquête du Lieutenant Bertillon de Barth, Pomès et Drac. Fin aussi du troisième épisode du Métier le plus dangereux du monde, cette autre bonne série jeunesse de Olivier Bocquet, Fabio Lai et Fabien Alquier, qui aura pleinement mérité son titre puisque le père des deux jeunes apprentis super héros n’aura été un super héros que le temps de 6 pages, sans même avoir accompli un exploit avant de mourir, cette disparition conjointe à l’arrivée d’un colis énigmatique termine cet épisode sur un double suspens.

Dans le rédactionnel, Les BD de ma vie de Djief, dessinateur de Créatures, dont les premières BD lues tout seul sont un Tuniques bleues et un Yoko Tsuno. Passe pour les Tuniques bleues, mais pour le Yoko, soit il a été précoce (lire Yoko seul vers 4 ou 5 ans, c’est impressionnant), soit au contraire il a lu tardivement tout seul. Et, alors qu’il dessine des créatures lovecratiennes, un maître de l’horreur, il trouve “flippants” les géants de L’Attaque des Titans de Hajime Isayama (une des séries manga les plus vendues au monde). Il est vrai que ceux-ci sont assez horrifiques, avec leur corps aux formes à la fois atrophiées et hypertrophiées et leur bouches immenses aux nombre effrayant de dents, mais cela montre que la sensibilité de chacun à la peur, la laideur ou la beauté est imprévisible. En direct du futur annonce un récit court du Petit Spirou, format pour lequel Janry est moins à l’aise que pour les gags en une planche, et pour cela a fait appel à Jacques Louis.
Les Jeux sont d’un certain ou certaine Vog, que je ne connais pas, et, intitulés Pon…pom..pidou!!, ne sont pas un hommage à Marilyn Monroe mais au musée d’art moderne parisien, avec toutefois uniquement des œuvres d’auteurs décédés, en dehors d’une présentée sous forme de labyrinthe, qui ressemble fort à l’œuvre d’un artiste contemporain dont le nom m’échappe, que je crois suisse (non, pas Anni Albers, ni Brice Madden), celui ou celle qui trouvera aura droit à mon plus grand respect (l’œuvre, le labyrinthe entre le Miro et le Mondrian, est visible ici: https://www.spirou.com/actualites/solut ... u-ndeg4497). Bizarrement, Spirou y figure sous la forme d’un gardien de musée endormi, alors que Nicoby s’était fait tancer pour avoir énoncé ce cliché dans le Spirou 4490 spécial JO au Louvre.
Enfin, deux publicités pour des albums jeunesse, Cinq Avril une série chez Dupuis dont seul un extrait avait été publié dans Spirou, sous forme de supplément il y a quelques semaines, et une au Lombard du dessinateur Tristan Roulot, qui lui a publié quelques histoires courtes dans Spirou.
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Numéro 4498-4499 du 26/06/2024

Ici un aperçu du numéro: https://www.spirou.com/actualites/somma ... es-de-reve

Après quelques années de numéros spéciaux vacances simples, voici un spécial vacances de rêve! Cela signifie-t-il des vacances idéales, des vacances utopiques, des vacances de SF, ou est-ce un clin d’œil pour accompagner le départ de Morgan Di Salvia comme rédacteur en chef, la fameuse fête surprise dont les Fabrice parlent depuis plusieurs semaines, qui affiche une banderole “Bonne route Morgan” ?

Pour la cadette des sœurs Grémillet, Lucille, amoureuse des animaux navigant en couverture sur la proue d’un hors bord en compagnie de dauphins, c’est d’évidence de vacances idéales dont il s’agit. Ce ne sera pourtant pas tant elle la vedette de cette nouvelle histoire des sœurs Grémillet, “La villa des mystères” (un titre aux senteurs de Tif et Tondu ou de Patrouille des Castors) que sa sœur Sarah, qui va, nous disent les auteurs Giovanni Di Gregorio et Alessandro Barbucci, “faire une grosse crise d’adolescence” et se séparer du "club des frangines" le temps d'une enquête. Le dessinateur Alessandro Barbucci a à ce sujet des propos très radicaux: “Ça me semble juste normal, quand on est ado, de bouleverser la vie de la génération précédente! Il faut dire que les mamans italiennes sont très, très strictes…Donc quand on est ado en Italie, on n’a que deux options: la rébellion ou la mort cérébrale!!” Cela me rappelle la légende selon laquelle, à un enfant peu obéissant, la mère italienne dira “Finis tes légumes, ou je te tue!”, alors que la mère juive dira “Finis tes légumes, ou je me tue!” L’histoire en elle-même s’annonce bien, avec de nombreux mystères, psychologiques, relationnels, ou d’ambiance fantastique, posés dans ce volumineux (14 pages) premier chapitre.
Après l’épisode romantique de la semaine précédente, c’est la tragédie de la séparation des amants dans la longue histoire (déjà 52 pages, et encore deux chapitres à venir) “Sans penser à demain” des Cœurs de ferraille, avec un revenant de la première histoire de la série, “Cyrano et moi”. Cyrano de Bergerac était laid, et le robot Limier dont tombe amoureuse la jeune humaine n’a lui carrément pas de visage, mais tous deux ont en commun d’être si élégants d’allure, d’esprit et d’attitude. Et, après la séquence d’action de la semaine précédente, le nouveau chapitre de l’Inspecteur Bertillon, qu’on aurait pu croire un dénouement mais les auteurs Barth, Pomès et Drac nous réservent encore des surprises, condense l’épisode de l’amour entre lui et Sedna, et leur séparation car lui, le vrai héros même s’il n’en a pas l’air, refuse d’abandonner les gens qu’il considère n’avoir pas fini d’aider. Remarquons que, étrange coïncidence, Sedna, Naiad des Cœurs de ferraille, et Aurélia dans Les sœurs Grémillet sont chacune une incarnation de la “pauvre petite fille riche”, personnage récurrent des arts populaires, de Little Orphan Annie d'Harold Gray à Mademoiselle Louise de Geerts en passant par les films avec Mary Pickford ou Shirley Temple.

Le reste du numéro est entièrement consacré au thème des vacances, quoi que ce “de rêve” puisse signifier. Dans les séries habituelles, cela va du bon gag du Bulletin d’abonnement de Cromheecke et Thiriet à l’indécrotable, même en vacances,“gold digger” qu’est Brad Rock, de Jilème et Sophie David. Pour Midam, Patelin, Dairin et Angèle, les vacances stimulent l’imagination de Kid Paddle, comme celle de l'Agent 212 pour Kox. Dans 3 infos, 2 vraies, 1 fausse, de Bernstein, Bercovici et Robin Le Gall, la “sieste géante organisée à Mexico pour réclamer le droit de se reposer en entreprise” ravive les vieux clichés sur les Mexicains somnolents de Jerry Spring ou Lucky Luke. Damien Cerq, Clémence, et Ludwig Alizon aux couleurs, nous présentent un Léon esseulé, sans Léna, en camp de vacances, au point de ne même plus penser à faire de bêtises, ce qui le déprime (prétend-il), et pousse les animateurs, apitoyés, à “l’aider à faire des bêtises, lui désigner un souffre-douleur par exemple.” C’est ce qui m’empêche d’adhérer à cette série, les adultes y sont trop naïvement manipulables par ces tout jeunes enfants, même comme caricature je ne puis y croire. De Mesmaeker vient tenter de signer un contrat dans l’entreprise où sévit Nelson de Bertschy, mais contrairement à ce qu’il dit, ce n’est pas “encore pire que chez Dupuis”, Nelson a beau être un diablotin, il est moins subversif que Gaston (celui de Franquin, pas le clone de Delaf).

Dans les histoires courtes spécialement faites pour ce numéro, on retrouve les alter-egos de Jacques Louis dans Family Life, dans un épisode à l’humour décapant, et de Bouzard dans Vacances à la campagne, également dans une ambiance familiale, mais au dessin que je trouve un peu hâtif. Vacances en famille aussi dans l’amusant et imaginatif Family on the Moon, de Salma et Libon, où les vacances sur la lune ne sont pas un rêve pour tout le monde, et pour C’est de l’art, de Tofy, un père et son enfant renards (?) sur la plage. Avec de plus les familles de Brad Rock, de Boule et Bill (sur le thème classique dans la série du choix du lieu de vacances), et, à la plage, celles de Pernille, de Dad, de l’Agent 212 et des sœurs Grémillet, ce numéro insinuerait-il que les vacances de rêves sont des vacances en famille? Quant au lieu de rêve, il semble être la plage, même si désenchantée par la pollution pour Dad, puisque Crash Tex de Dab's et Des gens et inversement de Berth y sont aussi, ainsi que trois autres histoires spéciales qui s’y passent: La vie de château (de sable) du bon dessinateur animalier Dav, pour une histoire bien moins cruelle que celles qu’il fait souvent, Poisson volant, de Sess Boudebesse, montrant un (le) marsupilami à la plage (redevenu propriété de Dupuis, ce personnage semble maintenant à la disposition de tous les auteurs; accessoirement, on le voit siroter une noix de coco sèche, soit avec des poils, alors qu’il devrait savoir que ce sont les noix de coco fraîches, encore vertes, qui ont le plus de jus), et un très drôle dans l'absurde Gros sur la palourde, de Lorrain Oiseau (scénario) et Dara Nabati (dessin et couleur), de jeunes auteurs nouveaux venus dans Spirou, chaînon manquant, dans l’humour comme le dessin, entre Lewis Trondheim et Émilie Gleason (autrice dans Spirou de Kermesse existentielle entre 2020 et 2022). Enfin, une historiette de Guillaume Bianco, avec un de ses personnages fétiches de petite fille en sorcière, dans un encrage étonnamment lisse, alors qu’il avait revendiqué dans un gag de l’Atelier Mastodonte un trait tremblé comme “son style!”

Pour le reste, l’habituel Cahier de jeux, que 5 auteurs (ou groupes d’auteurs…) sur 8 ont situé au bord de la mer (décidément…), Bertschy, Enzo Berkati, Joan et Annie Pastor, Tyst, et ô agréable surprise, Les Schtroumpfs, par le studio Peyo . Les autres jeux ont été réalisés par Maëlys et Thomas Priou , Mouk (qui dessinait Croquidou, que je regrette, dans Spirou, et travaille maintenant pour Disney, un article lui étant d’ailleurs consacré dans Super Picsou géant numéro 242 spécial Fantomiald - Paperinik en VO), et encore Maëlys Cantreau avec Romain Garouste, un vétéran des jeux dans Spirou, depuis 2015. Trois jeux sur six ont par ailleurs la particularité peu habituelle de ne présenter quasi aucun personnage du journal (les grooms de l’hôtel Vacancia de Maëlys et Thomas Priou sont même vêtus de vert et non de rouge…) en dehors d’un Marsupilami, qui se retrouve aussi en couverture de la publicité pour le Giga Spirou hors-série été 2024 ainsi que dans la publicité pour le Parc Spirou et l'histoire de Sess Boudebesse, est donc la vedette surprise de ce numéro.

Pour le reste, concernant la pub pour le Parc Spirou, ma fille (4 ans) a fait remarquer devant les Schtroumpfs en image de synthèse que “ce ne sont pas les vrais Schtroumpfs, ceux-ci sont en plastique!” Morgan Di Salvia est Bienvenu à la rédaction, y met en avant les Fabrice, ainsi officiellement adoubés réincarnation de Gaston Lagaffe, parle des 5 permanents de la rédaction (en photo: lui-même, Frédéric Niffle, Laure Bavay,, Coline Strijthagen, et un moustachu également présent dans L’édito, et dont je ne suis pas sûr de l’identification), rappelle que, depuis 1938, il n’y a eu que 11 rédacteurs en chef de Spirou, et est devenu un personnage du journal, “grâce à L’édito et aux marges de Sti (auteur de l’amusante Malédiction de la page 13, très locale, dans ce numéro), caractéristique qu’il partage avec ses prédécesseurs Delporte, Martens, Tinlot, et dans une moindre mesure les autres ex rédacteurs en chef . Une très amusante interprétation du métomol par Benjamin Renner, auteur de BD et de cinéma d’animation, dans Spirou et moi, qui le conduit à redécouvrir l’omelette aux morilles. Enfin, une Leçon de BD de Marko, consacrée aux cadrages, deux publicités pour des albums jeunesse, Tête de pioche, une “petite héroïne qui parle aux animaux”, et Molang, “à la rescousse des animaux”, un thème espéré vendeur visiblement, et l'annonce d’un concours pour trouver le gag de la page de titre du prochain Petit Spirou (avec encore un marsupilami en couverture, certes en peluche décatie), et un énigmatique petit Tintin pour annoncer le Petit Spirou dans le prochain numéro…
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Message par heijingling »

Numéro 4500 du 10/07/2024

Ici un aperçu du numéro: https://www.spirou.com/actualites/somma ... s-dit-tout

Étonnante mise en abîme dans de numéro: Le Petit Spirou est apparu il y a plus de 40 ans a l’occasion d’un numéro de Spirou album + sur les 45 ans de Spirou, dans une histoire courte intitulée "La seule et unique histoire plus ou moins vraie de la jeunesse de Spirou racontée par l'oncle Paul", de Tome et Janry, et son histoire de cette semaine, réalisée par Janry, “avec un joli coup de main de Jacques Louis”, Janry ayant dit avoir du mal à scénariser des histoires plus longues que les gags en une planche, pourrait s’intituler "La seule et unique histoire plus ou moins vraie de la jeunesse de Tintin racontée par le petit Spirou". On y apprend que Tintin n’est pas son vrai nom (comme pour Spirou, c’est un pseudonyme, car depuis quelques années on sait que les personnages de BD n’ont plus le droit d’avoir des noms de fantaisie et doivent porter des noms sérieux et respectables, comme Donald, Duck et Trump ou Mickey, Mouse et L’ange), mais bien Constantin (comme La Donation) Broutin et que sa mèche est inspirée de celle de Spirou. Pour bien faire ressentir la transgression parodique, la couverture de Janry est plongée dans un clair-obscur à l’opposé du style de Rémi Georges, et les enfants sonts accompagnés d’un hérisson vraisemblablement nommé Kissifrot, symbole du terrain glissant appartenant à Tintinimaginatio, ex Moulinsart, ex Tintin licensing, sur lequel ils s’aventurent.

Autre histoire courte du numéro, une nouvelle série, annoncée en couverture, Gary C. Neel, Mon papy à l’ouest: festival de jeux de mots (ce serait donc ainsi que se prononce le nom de l’auteur de Lou!) du scénariste Ced et du dessinateur Gorobei, qui ont fait plusieurs séries jeunesse ensemble, et celle-ci est la troisième rien que dans Spirou. C’est par ailleurs la seconde série western de Gorobei, après Doc Medoc (un émule du docteur Doxey) et Earp Stride, dans laquelle les personnages, au cou implanté dans le corps, ressemblaient à des pots de yaourt. Ici, Gorobei revient à son style Playmobil, dans lequel les personnages ne semblent pas avoir d’articulations ou d’expressions organiques, leurs organes paraissant emboîtés les uns dans les autres, comme papy C. Neel sur son âne. Plutôt efficace, cela donne immédiatement le ton, entre parodie et décalage, de ses séries, comme le sont aussi Denise et Charles/ Les Lolicornes (chez Dupuis, aussi avec Ced). Et ce système de dessin où l’artificialité est poussée à fond offre une plus large palette d’expressions que celui de Clémence Perault, dans Léon et Léna, où le même système est moins assumé et plus pris dans ses propres limites.
Sans tomber dans les jugements extrêmes à la Roy Lichtenstein selon qui le dessin de BD n’inventait rien graphiquement, il faut reconnaitre que celui-ci est propice au dessin conçu comme système graphique, le tout étant qu’il soit pensé comme tel, comme chez les grands maîtres de ce type de BD, Morris ou Schulz, ou même qu’il soit forcé par les limites graphiques du dessinateur. L’avantage est que, dans un tel système, le dessinateur peut faire de ses propres limites une force, comme Midam (et ses collaborateurs au dessin Ian Dairin et Adam) dans Kid Paddle et Game over où la répétitivité fait partie du jeu. Tebo, dont le dessin extrêmement outrancier et codé pourrait vite faire apparaître ses limites évite aussi ce piège en faisant évoluer ses personnages dans un univers à la fois très défini et riche en imagination (comme les jeux vidéos de Kid Paddle), et la fertilité de sa mise en page: ici, tous les personnages en pieds, une première bande dont les trois cases sont unifiées par un trait représentant le sol, et sous ce sol les vignettes hors cases unifiées par un fond orange, sauf l’avant dernière vignette en plan américain sur fond blanc, amenant la dernière, une explosion de mouvement vers le haut, mise dans la diagonale de la première, la même gestuelle mais vers le bas. Tebo pense sa planche dans son entièreté, vraisemblablement plus que ses cases prises une par une, c’est un véritable auteur de BD. D’autres auteurs de ce numéro le sont tout autant, mais à une autre échelle. Au niveau du strip, Bernstein et Moog construisent chaque bande de Willy Woob comme un tout, avec leur bichromie de couleurs différentes par bande (qui fait d’autant plus ressurgir les couleurs multiples du tas de linge sale dans le deuxième strip), et leur titre dessiné. Au niveau du chapitre, Barth, Pomès et Drac font de même avec leur Lieutenant Bertillon, cette semaine celui-ci étant prisonnier dans une grotte de glace composée sur et par l’ensemble de la page. Munuera et Sedyas le font aussi dans une certaine mesure, les auteurs dynamisant leurs planches par la mise en page, tandis que la couleur et le dessin sont imbriqués par l’utilisation de trames, mais c’est circonstanciel à cet épisode des Cœurs de ferraille, qui compte peu de séquences d’action, et doit être frustrant pour Munuera, dessinateur du mouvement. Coïncidence, deux pages de gags de. ce numéro sont aussi construites sur l’ensemble de la planche: dans Pernille, Dav, Cyril Trichet et Esteban font un gaufrier de neuf cases représentant différentes vues d’un visage de troll en très gros plan, la case finale révélant qu’il se faisait taper dessus à coup de miroir, et on voyait y donc le reflet de son visage. Problème: les cases sont carrées, le miroir est circulaire, la planche est donc inaboutie. Dans Annabelle, pirate rebelle, Sti, Cédric Ghorbani et Cerise montrent un mousse fêtant un pont de bateau qui se balance, la dernière case montrant Annabelle faisant osciller le bateau pour faciliter le travail du mousse. Problème: le cadrage trop serré diminue l’effet de mouvement. Dans les deux cas, c’est le dessin de chaque case qui a été privilégié par rapport à l’ensemble de la planche, alors que, vu le sujet, c’aurait dû être l’inverse. Les auteurs sont trop pris dans les normes. Dans La leçon de BD, un très jeune auteur (14 ans) propre une planche très typée par l’outrance des couleurs et la radicalité des décors, mais la professeure Laurel lui conseille des clichés normés “pour plus de lisibilité”. Or cette page est maladroite mais très lisible, pour peu que le lecteur fasse un minuscule effort. Les clichés sont une paresse des auteurs faisant appel à une paresse des lecteurs.

Plaisir de trouver une série de planches de Nob dans lesquelles Dad est en vacances paraissant au moment des vraies vacances, c’est un des privilèges d’un magazine de pouvoir présenter des BD en un autre temps réel que celui des réseaux sociaux. Cette semaine, Panda, toute jeune, par sa lucidité et son absence de fantaisie, déprime l’encore plus jeune Ondine.

Bienvenue dans mon atelier est consacré à Elric, le dessinateur du Spirou “classique” La baie des cochons, on y apprend qu’il collectionne les éditions anciennes et a reçu un Fauve du patrimoine à Angoulême: trop gardien des traditions pour sa reprise de Spirou. En direct du futur annonce un spécial Jeux olympiques (après celui consacré aux JO au Louvre), le supplément est de petits autocollants du Petit Spirou, et les Jeux de F. Antoine et Rich se situent dans le cadre amusant du Resto du Z, géré par des clones de Zorglub.

Mais l’information la plus importante est le nouveau papier du journal, plus écologiste et responsable, et dont le rendu est “plutôt sympa”, comme disent les Spirou et Fantasio déformés de Sti dans La malédiction de la page 13: mat, et plus doux.
" Monólogo significa el mono que habla solo." Ramón Gómez de la Serna dans ses Greguerías.
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