Numéro 4596 du 13/05/2026
(De nouveau pas de sommaire donc d’aperçu du numéro sur le site spirou.com cette semaine)
Pochep utilise à bon escient son dessin de corps assez raides pour figurer en couverture des héros du journal déambulant comme des automates au milieu desquels les enfants Frédul et Flicorne se retrouvent perdus sans pouvoir demander leur chemin. Les personnages de Lisa Mandel et Pochep font la couverture du journal pour une occasion doublement spéciale : il s’agit de leur première histoire (à suivre), et il s’y retrouvent perdus nulle part ailleurs que dans la rédaction de Spirou, à l’occasion d’un voyage scolaire. Nombre de détails croquignolets sont parsemés dans la rédaction pour le plaisir des lecteurices, tels que l’ Agent 212 en porteur de menhir, Blutch et Chesterfield dans les rôles de Gaston et Prunelle, les auteurices identifiables à ce qu’ils dessinent (L’agent 212, Olive des Cavaliers de l’apocadispe, du fromage pour Stella Lory, bien que d’autres tel celui aux électrodes sur la tête me restent un mystère), ou Mum 2 qui a revétu pour l’occasion le costume du Spirou de Jijé, reconnaissable à son pantalon large qui fait des plis : dans le portrait qui lui est consacré, Pochep précise être plus impliqué dans le dessin que la co-autrice Lisa Mandel, et on reconnaît bien par l’attention qu’il porte à de tels détails, qui inclue la coupe de cheveux du rédacteur en chef, l’auteur de New-York 1979. L’histoire, où les auteurs de BD du journal sont retenus prisonniers dans un sous-sol secret, doit être un fantasme récurrent, déjà vu dans L’atelier Mastodonte ou l’aventure Natacha et les Petits Miquets de Walthéry et Mittéï (où déjà ils devaient subir un enfant chasseur de dédicaces, comme ici Frédule, celui-ci étant toutefois uniquement motivé par l’appat du gain au contraire de la fille dans Natacha motivée par la passion. Autres temps -1978 et 2026- autres mœurs), et toujours une occasion pour les auteurs de caricaturer leurs collègues et la rédaction. C’est ainsi que la tendance à faire de personnages réels des personnages de BD est poussée dans ce numéro au point que, outre le rédacteur en chef et les secrétaires de rédaction dans Perdus représentés par Pochep et Lisa Mandel, dans En direct de la rédac, et dans les Jeux de Fréfon, Dominique la graphiste et Laure la rédactrice en chef adjointe se retrouvent de plus dans le Courrier des lecteurs pour la première, où elle répond à une lettre, et dans L’édito pour la seconde, où les Fabrice lui courent après dans leur propre ruée vers Laure. Tout cela participe d’une mise en scène générale d’un journal plus animé, où Frédule et Flicorne, perdus dans la rédaction, se retrouvent égarés dans En direct de la rédac, ou le titre des Filles de Nob se retrouve à l’envers suite, soi-disant, à une erreur de la graphiste expliquée sous forme de gag dans cette même rubrique. L’annonce dans En direct du futur d’une rencontre à Charleroi, fief ancestral du journal, avec de nombreux auteurs de Spirou, va aussi dans le sens de faire du magazine bien plus qu’un journal publiant des BD.
Dans la tête de Pochep nous révèle qu’à l’instar de Bouzard, Blutch, Bonhomme et bien d’autres, il rêve lui aussi de réaliser un Lucky Luke, héros de son enfance, pour lequel il a déjà réalisé une couverture, et dont le titre atypique, Pif paf à Nothing gulch, assonne étrangement avec celui du Gaston de Trondheim et Delaf, et la présence d’une cigarette dans la bouche de Lucky Luke témoigne de son esprit irrévérencieux. Et, pour suivre le fil des assonnances, le long nez fin à la Docteur Poche avec lequel Pochep se représente serait-il un retour de cette série qu’il n’aimait pas enfant (voir son Spirou et moi) et avait refoulée jusqu’à l’apprécier adulte ?
Le supplément, annoncé en couverture, est un mini-récit de Marc et Pep, qui se retrouvent comme en apesanteur pour Une enquête de haut vol dans un zeppelin, véhicule censé redevenir à la mode car écologique, et dans lequel ils vont tenter de démasquer un espion. Nicoby alterne des dessins pleine page, qui ont en fait, mini-récit oblige, la taille moyenne d’une case de BD, et d’autres « exigus », comme Pep qualifie la cabine du zeppelin, écho au format de parution, ce cadre inédit amenant un décor intéressant pour jouer des contraintes du mini-récit.
En dehors du mini-récit, pas d’histoire complète, pas de plat de résistance, ne serait l’absence de page intercalaire entre Starlight et Les sœurs Grémillet qui fait apparaitre l'ensemble de ces pages comme un consistant bloc de BD de 17 pages, impression renforcée par le fait que les séries sont toutes deux construites sur une mise en page très aérée. Comme le laisse supposer le titre, Le jeu des masques, chaque défi individuel posé aux sœurs Grémillet apparaît symbolique de la quête de son identité, que poursuivent la plupart des adolescents, la réponse étant la découverte d’une identité complexe, exprimée ici par la composition de la ville où vivent les sœurs : un pont relie une place médiévale à des bâtiments hausmaniens à toiture en zinc, pont sur lequel s’attarde d’alleurs Sarah, une pause qui incarne ses préoccupations quant à savoir qui elle est : l'adolescente rationnelle qu’elle est a du mal à accepter et intégrer ses aspects irrationnels (les apparitions nocturnes). Un nouvel enjeu narratif apparaît dans Starlight, des dissensions apparaissant dans la tribu des Tibbles, ceux-ci étant individués par le dessin de Philippe Cardona et les couleurs de Florence Torta. Suite de Si je t’écris, Denis Bodart reprenant son dessin plus caricatural et plus directement expressif pour représenter la famille du jeune Louis, avec laquelle celui-ci a manifestement des problèmes. Denis Bodart joue habilement des contrastes entre ombre et lumière et intérieur et extérieur pour faire ressentir la distance que le jeune Louis éprouve tant par rapport à ses amis que sa famille, et son attirance inévitable pour le manoir où est censée vivre une sorcière, qui se trouve en hauteur et en pleine lumière, comme une tentation à laquelle il serait difficile d’échapper. Louis, Frédule et Flicorne, Cyrius et Chantilly dans Starlight, les sœurs Grémillet: tous les héros et héroïnes des séries (à suivre) actuellement dans le journal sont de jeunes adolescents ou des enfants, auxquels s’ajoutent Elliot et ses camarades de classe, Nelson le diablotin et son ami scout, Kid Paddle, Les filles (et les Fabrice si l’on se fie à leur âge mental). Huguette, dans sa maison de retraite, remonte l’âge moyen, mais son esprit toujours alerte et sa combativité la maintiennent jeune, tout comme la grande fraîcheur de Willy Woob empêche de déterminer sil est un adolescent ou un jeune adulte.
Enfin, le Frourbi a bien été viré de l’illustration du bon d’abonnement, mais pour se retrouver dans Fish n chips grâce à une collaboration entre Tom et Gally. La rédaction parviendra-t-elle à véritablement s’en débarasser un jour ?
Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
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heijingling
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Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
" Monólogo significa el mono que habla solo." Ramón Gómez de la Serna dans ses Greguerías.
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heijingling
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Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
Numéro 4597 du 20/05/2026
(Toujours pas de sommaire donc d’aperçu du numéro sur le site spirou.com cette semaine encore, et cela depuis le retour de Gaston dans le journal…Je m'y colle donc pour la couverture)

De même que Willy Woob prend les expressions au pied de la lettre, Théo Grosjean a représenté en couverture le « paysage mental » d’Églantine, et celui-ci, un désert fantastique, pour lequel les franges d’Églantine forment des herses derrière Elliot et sa créature, fait écho aux paysages qu’explore Elliot dans ses jeux vidéos, faisant se rejoindre le monde des jeux dans lequels s’évade Elliot et le monde réel des sentiments de son amie. L’histoire est en deux parties, entrecoupées d’un récapitulatif de ce que sont les créatures émotionnelles et les voyages intérieurs du monde d’Elliot, monde à deux dimensions donc, l’une étant similaire à notre monde, dans laquelle vivent, comme nous, la plupart des personnages d’Elliot, et l’autre, psychique, où ne peuvent aller que quelques Témoins. La première partie est un gag en une page, comme le plus souvent dans cette série, suivie par une histoire courte, format qu’utilise en général Théo Grosjean pour les voyages intérieurs. Le trait de Théo Grosjean, les déformations graphiques des perspectives de ses personnages (pied, jambe, main démesurément grossis) est de la même inspiration que celui de Joe Daly dans Highbone theatre, qui lui aussi y met en scène des personnages évoluant entre monde semblable au notre et monde fantastique, tous deux utilisant de mêmes techniques graphiques pour mieux faire passer les transitions entre les mondes. Est personnelle à Théo Grosjean par contre l’utilisation de la couleur orange, quelle que soit sa coloriste (Anna Maria Riccobono pour les premiers albums, Mallo actuellement), dans les fonds de cases monochromes, l’aura du voyage mental, les roches omniprésentes dans cette histoire, un orange qui n’est pas du tout celui de Nelson, de même que les mesas du paysage mental d’Églantine n’ont rien à voir avec celles d’Arizona de Blueberry.
Elliot se retrouve dans le jeu test de En direct de la rédac, illustré par Bercovici, qui reproduit le cliché vu dans tant de bandes dessinées, le cancre étant UN cancre, le bon élève étant UNE bonne élève (le cliché ressort d’autant plus qu’il est écrit LE bon élève alors que Bercovici le représente par une fille). Cette bonne élève étant par ailleurs toujours obéissante et réservée, coulée dans l’assignation sociale que notent Vinciane Despret et Isabelle Stengers dans « Les faiseuses d’histoire. Que font les femmes à la pensée? », citant Laurence Bouquiaux ( mathématicienne et philosophe, enseigne la philosophie des sciences et l’histoire de la philosophie moderne à l’université de Liège) : « Beaucoup de nos collègues ne nous pardonneront d’être intelligentes que si nous renonçons à être brillantes. La modestie est une vertu cardinale (pour les femmes, bien sûr). On exécute, on fait la petite main, on applique sagement ce qu’on nous a appris, mais on n’invente pas, ou alors seulement aux marges, sur les questions sans prestige auxquelles les hommes ne consacreraient pas une heure de peine. » Dans Elliot au collège, face à la bonne élève modèle Églantine, Théo Grosjean a introduit le personnage d’Aya, bonne élève révoltée, mais ce personnage, difficile à gérer sans tomber dans d’autres clichés, est peu exploité.
Tom Sorroldini a aussi représenté le désert du paysage mental d’Eglantine dans ses Jeux, mais, facétieux, y a ajouté aux mesas les fameux cactus saguaros des westerns, un sphinx égyptien, et un ver des sables de Dune de Frank Herbert, illustrant la diversité des déserts, loin de l'image du tas de sable.
Dans une belle idée d’animation, l’histoire de Lisa Mandel et Pochep de Frédule et Flicorne, les enfants perdus dans la rédaction de Spirou, qui avait débuté dans le numéro précédent, se poursuit non sous forme de planches de BD mais dans les marges du magazine (au grand plaisir sans doute de la graphiste Dominique Paquet, qui plaisantait justement dans le numéro précédent sur ces complexités de mises en pages surprises). Dans un festival de gags sur les personnages de BD, cherchant avec son frère son chemin dans les pages du journal, l’enthousiaste Flicorne se demande si ils vont « rencontrer le canard qui est super riche », s’excite à la vue des petits Cavaliers de l’apocadispe qu’elle prend pour des Schtroumpfs, ou Dad pour « celui qui est tombé dans la potion magique », et bien sûr, s’égarent dans le bureau des Fabrice, où pour une fois le frère et la sœur ont le même (dé)goût.
Un autre personnage se balade dans le journal, Lucky Luke, dans une pleine page de publicité annonçant des albums faisant « retour au format historique », celui des brochés à couverture souple, d’où le faible prix, ce « retour » se révélant pour ce qu’il est, une opération commerciale, et comme telle trompeuse, puisque dans les 14 albums présentés, plus de la moitié n’avaient jamais été publiés sous ce format, hormis lors d’autres opérations commerciales justement, d’albums à tirage spécial offerts dans des stations d’essence, et involontairement ironique, puisque Morris avait justement quitté Spirou et Dupuis pour passer chez Dargaud qui a publié Lucky Luke sous couvertures cartonnées. Dans le chapitre de Si je t’écris, qui se passe dans les années 60, Louis est justement en train de lire un de ces Lucky Luke souples, probablement dans son édition originale lui, puisqu’il s’agit du 20ème de cavalerie, sorti en 1965. Enfin, il apparaît en filigrane dans Huguette et Croquette de Théoschu, qui a invité pour l’occasion le dessinateur Bastien Fournier à dessiner l’imposant personnage de « Morris...Euh, Maurice ! », ainsi présenté, portant des chaussons à l’effigie du cow-boy, se tenant dans l’exacte fameuse position de Lucky Luke se préparant à dégainer, visible dans la publicité ainsi qu’au dos des albums souples Dupuis, mais inversée, Morris-Maurice étant de dos. Théoschu a mis un dernier clin d’oeil au western dans l’affiche derrière le bar vantant les « tisane du sheriff » et « tisane foin-cactus ».
Dans Si je t’écris, Denis Bodart et Vincent Zabus expriment la maladresse du père essayant de communiquer avec son fils en le faisant se tromper dans le slogan de Lucky Luke : Zabus parlait des non-dits dans les familles, ceux-ci apparaissent ici parce que le dire est difficile. Le montrer aussi, d’ailleurs : la tante du petit Louis parle d’un apéro pris « de plus en plus tôt », or, alors que l’histoire se passe en été et que sous nos latitudes le soleil se couche alors vers 22 heures, la scène se passe au crépuscule, ce qui fait tard pour un apéro censé être pris tôt. Dans Starlight, alors qu’il est accusé d’être un gamin irresponsable accumulant les dangereuses stupidités, Cyrius, dans une declaration grandiloquente, prend la pose du héros prêt à se sacrifier, scène typique du manga shonen, et qui classe définitivement cette série dans la catégorie des BD jeunesses dynamiques et amusantes mais à la psychologie schématisée jusqu’à la caricature. On est à l’opposé des Soeurs Grémillet où Giovanni Di Gregorio et Alessandro Barbucci, bien que revendiquant aussi une influence manga et anime, (on aperçoit dans une planche de cette semaine Totoro et une Magical girl), produisent une belle séquence où les deux plus grandes sœur sont désarçonnées par l’interrogation sur ce qu’elles sont, et la benjamine par la traitrise (un garçon qu’elle croyait vouloir élever un chien veut en fait le dominer).
Dans les gags, par une extraordinaire coïncidence, Berth dans Des gens et inversement fait une variation du gag de Willy Woob du numéro précédent sur les immeubles d’escargots, et, après avoir occupé l’ours du journal, pris la place du dessin de Cromheecke et Thiriet pour le bulletin d’abonnement, Le Freuby prend maintenant celle de Fish n chips. On connaît les problèmes que posent les espèces dites invasives, et, toujours à la pointe de la recherche, Spirou accueille ainsi lui (à son corps défendant) la première bande dessinée invasive...Le gag de Kid Paddle où il joue au jeu du petit barbare et la princesse ne se termine pas pour une fois par un simple « game over » mais par un jeu de mot ironique de sa sœur. Quant à Nob, Dad est en retrait de la série Les filles, mais pas le reste de la famille, et cette fois le gag concerne la relation entre Roxane et son grand’père(et on aperçoit de nouveau Mamette au détour d’une case).
Enfin, dans le rédactionnel, Paul Satis rend hommage au dessinateur récemment décédé Jean-Paul Krasinsky, qui a publié chez Dupuis dans la collection Aire libre, et dans Spirou la série Sale bête, avec Maïa Mazaurette au scénario, et dans le Courrier des lecteurs, on apprend que Manoir à louer a initialement pour but d’être une bande dessinée sur « les émotions que procure le fait d’être abonné à Spirou » (même si ceux-ci sont relativement nombreux, c’est tout de même un sujet très contraignant, que jusqu’à présent les auteurs n’ont pas vraiment réussi à utiliser au-delà de l’anecdotique), et l’idée qu’une vampire, allergique à la lumière du jour, ne connaitrait le monde qu’à travers les journaux, « comme par exemple Spirou », approche aux nombreux potentiels, malheureusement sous traitée.
(Toujours pas de sommaire donc d’aperçu du numéro sur le site spirou.com cette semaine encore, et cela depuis le retour de Gaston dans le journal…Je m'y colle donc pour la couverture)
De même que Willy Woob prend les expressions au pied de la lettre, Théo Grosjean a représenté en couverture le « paysage mental » d’Églantine, et celui-ci, un désert fantastique, pour lequel les franges d’Églantine forment des herses derrière Elliot et sa créature, fait écho aux paysages qu’explore Elliot dans ses jeux vidéos, faisant se rejoindre le monde des jeux dans lequels s’évade Elliot et le monde réel des sentiments de son amie. L’histoire est en deux parties, entrecoupées d’un récapitulatif de ce que sont les créatures émotionnelles et les voyages intérieurs du monde d’Elliot, monde à deux dimensions donc, l’une étant similaire à notre monde, dans laquelle vivent, comme nous, la plupart des personnages d’Elliot, et l’autre, psychique, où ne peuvent aller que quelques Témoins. La première partie est un gag en une page, comme le plus souvent dans cette série, suivie par une histoire courte, format qu’utilise en général Théo Grosjean pour les voyages intérieurs. Le trait de Théo Grosjean, les déformations graphiques des perspectives de ses personnages (pied, jambe, main démesurément grossis) est de la même inspiration que celui de Joe Daly dans Highbone theatre, qui lui aussi y met en scène des personnages évoluant entre monde semblable au notre et monde fantastique, tous deux utilisant de mêmes techniques graphiques pour mieux faire passer les transitions entre les mondes. Est personnelle à Théo Grosjean par contre l’utilisation de la couleur orange, quelle que soit sa coloriste (Anna Maria Riccobono pour les premiers albums, Mallo actuellement), dans les fonds de cases monochromes, l’aura du voyage mental, les roches omniprésentes dans cette histoire, un orange qui n’est pas du tout celui de Nelson, de même que les mesas du paysage mental d’Églantine n’ont rien à voir avec celles d’Arizona de Blueberry.
Elliot se retrouve dans le jeu test de En direct de la rédac, illustré par Bercovici, qui reproduit le cliché vu dans tant de bandes dessinées, le cancre étant UN cancre, le bon élève étant UNE bonne élève (le cliché ressort d’autant plus qu’il est écrit LE bon élève alors que Bercovici le représente par une fille). Cette bonne élève étant par ailleurs toujours obéissante et réservée, coulée dans l’assignation sociale que notent Vinciane Despret et Isabelle Stengers dans « Les faiseuses d’histoire. Que font les femmes à la pensée? », citant Laurence Bouquiaux ( mathématicienne et philosophe, enseigne la philosophie des sciences et l’histoire de la philosophie moderne à l’université de Liège) : « Beaucoup de nos collègues ne nous pardonneront d’être intelligentes que si nous renonçons à être brillantes. La modestie est une vertu cardinale (pour les femmes, bien sûr). On exécute, on fait la petite main, on applique sagement ce qu’on nous a appris, mais on n’invente pas, ou alors seulement aux marges, sur les questions sans prestige auxquelles les hommes ne consacreraient pas une heure de peine. » Dans Elliot au collège, face à la bonne élève modèle Églantine, Théo Grosjean a introduit le personnage d’Aya, bonne élève révoltée, mais ce personnage, difficile à gérer sans tomber dans d’autres clichés, est peu exploité.
Tom Sorroldini a aussi représenté le désert du paysage mental d’Eglantine dans ses Jeux, mais, facétieux, y a ajouté aux mesas les fameux cactus saguaros des westerns, un sphinx égyptien, et un ver des sables de Dune de Frank Herbert, illustrant la diversité des déserts, loin de l'image du tas de sable.
Dans une belle idée d’animation, l’histoire de Lisa Mandel et Pochep de Frédule et Flicorne, les enfants perdus dans la rédaction de Spirou, qui avait débuté dans le numéro précédent, se poursuit non sous forme de planches de BD mais dans les marges du magazine (au grand plaisir sans doute de la graphiste Dominique Paquet, qui plaisantait justement dans le numéro précédent sur ces complexités de mises en pages surprises). Dans un festival de gags sur les personnages de BD, cherchant avec son frère son chemin dans les pages du journal, l’enthousiaste Flicorne se demande si ils vont « rencontrer le canard qui est super riche », s’excite à la vue des petits Cavaliers de l’apocadispe qu’elle prend pour des Schtroumpfs, ou Dad pour « celui qui est tombé dans la potion magique », et bien sûr, s’égarent dans le bureau des Fabrice, où pour une fois le frère et la sœur ont le même (dé)goût.
Un autre personnage se balade dans le journal, Lucky Luke, dans une pleine page de publicité annonçant des albums faisant « retour au format historique », celui des brochés à couverture souple, d’où le faible prix, ce « retour » se révélant pour ce qu’il est, une opération commerciale, et comme telle trompeuse, puisque dans les 14 albums présentés, plus de la moitié n’avaient jamais été publiés sous ce format, hormis lors d’autres opérations commerciales justement, d’albums à tirage spécial offerts dans des stations d’essence, et involontairement ironique, puisque Morris avait justement quitté Spirou et Dupuis pour passer chez Dargaud qui a publié Lucky Luke sous couvertures cartonnées. Dans le chapitre de Si je t’écris, qui se passe dans les années 60, Louis est justement en train de lire un de ces Lucky Luke souples, probablement dans son édition originale lui, puisqu’il s’agit du 20ème de cavalerie, sorti en 1965. Enfin, il apparaît en filigrane dans Huguette et Croquette de Théoschu, qui a invité pour l’occasion le dessinateur Bastien Fournier à dessiner l’imposant personnage de « Morris...Euh, Maurice ! », ainsi présenté, portant des chaussons à l’effigie du cow-boy, se tenant dans l’exacte fameuse position de Lucky Luke se préparant à dégainer, visible dans la publicité ainsi qu’au dos des albums souples Dupuis, mais inversée, Morris-Maurice étant de dos. Théoschu a mis un dernier clin d’oeil au western dans l’affiche derrière le bar vantant les « tisane du sheriff » et « tisane foin-cactus ».
Dans Si je t’écris, Denis Bodart et Vincent Zabus expriment la maladresse du père essayant de communiquer avec son fils en le faisant se tromper dans le slogan de Lucky Luke : Zabus parlait des non-dits dans les familles, ceux-ci apparaissent ici parce que le dire est difficile. Le montrer aussi, d’ailleurs : la tante du petit Louis parle d’un apéro pris « de plus en plus tôt », or, alors que l’histoire se passe en été et que sous nos latitudes le soleil se couche alors vers 22 heures, la scène se passe au crépuscule, ce qui fait tard pour un apéro censé être pris tôt. Dans Starlight, alors qu’il est accusé d’être un gamin irresponsable accumulant les dangereuses stupidités, Cyrius, dans une declaration grandiloquente, prend la pose du héros prêt à se sacrifier, scène typique du manga shonen, et qui classe définitivement cette série dans la catégorie des BD jeunesses dynamiques et amusantes mais à la psychologie schématisée jusqu’à la caricature. On est à l’opposé des Soeurs Grémillet où Giovanni Di Gregorio et Alessandro Barbucci, bien que revendiquant aussi une influence manga et anime, (on aperçoit dans une planche de cette semaine Totoro et une Magical girl), produisent une belle séquence où les deux plus grandes sœur sont désarçonnées par l’interrogation sur ce qu’elles sont, et la benjamine par la traitrise (un garçon qu’elle croyait vouloir élever un chien veut en fait le dominer).
Dans les gags, par une extraordinaire coïncidence, Berth dans Des gens et inversement fait une variation du gag de Willy Woob du numéro précédent sur les immeubles d’escargots, et, après avoir occupé l’ours du journal, pris la place du dessin de Cromheecke et Thiriet pour le bulletin d’abonnement, Le Freuby prend maintenant celle de Fish n chips. On connaît les problèmes que posent les espèces dites invasives, et, toujours à la pointe de la recherche, Spirou accueille ainsi lui (à son corps défendant) la première bande dessinée invasive...Le gag de Kid Paddle où il joue au jeu du petit barbare et la princesse ne se termine pas pour une fois par un simple « game over » mais par un jeu de mot ironique de sa sœur. Quant à Nob, Dad est en retrait de la série Les filles, mais pas le reste de la famille, et cette fois le gag concerne la relation entre Roxane et son grand’père(et on aperçoit de nouveau Mamette au détour d’une case).
Enfin, dans le rédactionnel, Paul Satis rend hommage au dessinateur récemment décédé Jean-Paul Krasinsky, qui a publié chez Dupuis dans la collection Aire libre, et dans Spirou la série Sale bête, avec Maïa Mazaurette au scénario, et dans le Courrier des lecteurs, on apprend que Manoir à louer a initialement pour but d’être une bande dessinée sur « les émotions que procure le fait d’être abonné à Spirou » (même si ceux-ci sont relativement nombreux, c’est tout de même un sujet très contraignant, que jusqu’à présent les auteurs n’ont pas vraiment réussi à utiliser au-delà de l’anecdotique), et l’idée qu’une vampire, allergique à la lumière du jour, ne connaitrait le monde qu’à travers les journaux, « comme par exemple Spirou », approche aux nombreux potentiels, malheureusement sous traitée.
" Monólogo significa el mono que habla solo." Ramón Gómez de la Serna dans ses Greguerías.
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Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
Numéro 4598 du 27/05/2026
(Toujours plus de sommaire donc d’aperçu du numéro sur le site spirou.com cette semaine encore)
Comme lors de sa précédente présence en couverture, Nelson y figure dans un décor atypique pour lui, l’exploration d’une jungle marécageuse en compagnie d’Hubert en tenue d’aventurier tropical. Mais puisqu’il s’agit d’une série comique, Bertschy ne leur fait y affronter qu’insectes et grenouille. L’histoire, en 8 strips et 2 pages (fait rare chez Bertschy) répartis au long du journal, raconte comment Nelson et son complice en stupidités Hubert laissent moisir un yaourt (yogourt disent-ils) pour examiner (scientifiquement disent-ils) comment la vie va y proliférer, jusqu’à devenir une jungle envahissante
.
On est loin, même si les premiers strips pouvaient y mener, des moisissures du comte de Champignac à la fin de L’ombre du Z, et plus proche du En direct de la rédaction[/i] de Franquin et Delporte où tout un jardin se développe autour du gaffophone
ou de l’histoire courte de Broussaille où, suite à une maladresse de celui-ci, une jungle se forme dans un appartement.
Flicorne et Frédule de Lisa Mandel et Pochep continuent de chercher leur chemin dans les marges du journal, y croisant de nouveau Fantasperge bien sûr, revenant chez les Fabrice pour leur demander une fausse dédicace (pour la revente), les Fabrice, toujours plein d’illusions sur leur propre valeur s’exécutant innocemment, Flicorne prend toujours les personnages du journal pour d’autres (Louca pour Olivétome (sic), les Fabrice pour les Dupondt), et elle et son frère commencent même à dessiner dans les marges, dont dans celles de Spirou et moi consacré à la doubleuse de voix de dessins animés Brigitte Lecordier, heureux hasard de mise en page puisque celle-ci y souligne justement l’importance d’une enfance très libre. Flicorne va jusqu’à découper une case qui lui plait dans le journal (de Nelson, case qui ne manque pas au strip, qui aurait donc très bien pu tenir en 3 ou même 2 cases), et elle et son frère envahir En direct de la rédac, en y collant un message et des dessins, par l’avis de recherche les concernant y étant affiché, et indirectement par les Fabrice, finalement traumatisés par leur demande d’autographes et qui y sont déguisés (approximativement) en Nob et Midam, et franchir le quatrième mur en demandant à ceux qui lisent le journal où est la sortie, en un gros plan regard héritier de Monika de Bergman. Les sœurs Grémillet poursuivent leur exploration des masques exprimant les divers aspects des personnalités, s’aidant de fables d’Esope sur des animaux voulant ressembler à d’autres, Cassiopée évoquant même Jekill et Hyde, ces interrogations toujours répercutées dans leur ville schizophrène, où des quartiers de batiments modernes et de voies rapides sont juxtaposés à des quartiers médiévaux piétonniers sur plusieurs niveaux, faits de passages et d’escaliers de pierre et débordant de végétation, les personnages et leurs masques en écho au Persona de Bergman, encore. Un nouveau parallèle apparaît entre Starlight et Les sœurs Grémillet, celui des masques que portent les gens. Que le vieux sage Tibble supplie Cyrius de se méfier de tous, et en premier lieu de la charmante Chantilly, n’est-ce qu’une fausse piste, un suspense artificiel justifié par la froussardise des Tibbles, ou une véritable péripétie ? Que Philippe Cardona utilise une trame et Florence Torta un autre registre de couleurs pour représenter un éventuel côté sombre de Chantilly témoigne de leur maitrise narrative, comme l’invention des taupes-souris en créatures ne supportant pas la lumière (doublement, comme taupes et comme chauves-souris) de l’imagination de l’auteur, par contre ses cadrages et son usage outrés des crollebitches provoquent des problèmes de lisibilité (Chantilly se contente-t-elle de voler le poignard de l’extra-terrestre à tête d’orque, ou a-t-elle l’intention de le tuer avec?). Suite de Si je t’écris, une BD pratiquement documentaire par la précision du rendu du tournant des années 60-70, la justesse des attitudes, les couleurs qui rendent la chaleur de l’été presque palpable, réalisme ressenti qui, couplé au dessin caricatural de Denis Bodard, rend incertaine notre perception de la sorcière : son grand nez pointu pourrait signifier une vraie sorcière, si l’on se tient du côté réaliste, comme une exagération graphique, du côté caricatural. Une belle ambiguïté.
Le gag de Elliot au collège par Théo Grosjean et Mallo est très bien mis en scène, tant au niveau des dialogues que du dessin (les déformations faciales de Bastien), très original et, dans la lignée du précédent, psychologiquement particulièrement juste, (la folie fait peur, particulièrement à ceux qui se cachent à eux-mêmes leurs propres déséquilibres). Dans les autres gags, Aude Picault continue ses études graphiques de chats dans Boulette (un gouttière décharné cette fois), dans Huguette et Croquette, Théoschu, par des noirs profonds et de forts contrastes, rend une ambiance fantômatique très différente du cimetière de Si je t’écris, uniformément baigné par une lumière nocturne. Bonne série de strips de Brad Rock de Jilème et Sophie David, sur l’ouverture d’un restaurant pour le moins amateur, bons gags absurdes dans La pause cartoon avec Les Fifiches du Proprofesseur, Des gens et inversement et Tash et Trash, ainsi que du strip du Freuby, dont Gally, qui en a hérité du dessin, est la victime.
Dans les autres rubriques, les Jeux de Joan et Annie Pastor sont une sortie montagne organisée par Nelson, prétexte à une belle double page bucolico-comique avec de nombreux personnages du journal, un errata corrige l’erreur de la date du retour de Yoko Tsuno donnée dans un numéro précédent, et dans le Courrier des lecteurs Kox répond avec justesse à une question mal posée sur le pourquoi de la fréquente rondeur corporelle des représentants de l’ordre, qui y associe par inattention le gredin Pat’Hibulaire de Mickey (selon Kox, le côté rondouillard des agents 212, 22 (dans Boule et Bill), et 15 (dans Quick et Flupke) « adoucit la figure de l’autorité et favorise le gag »). Une page de publicité pour plusieurs séries jeunesse Dupuis suggère un âge de lecture (dès 6 ans), une prescription déjà présente dans deux publicités du numéro précédent. Enfin, l’annonce de En direct du futur pratique l’auto ironie, en classant les héros des éditions Dupuis en trois catégories, «l’édition patrimoniale, le spin-off d’un personnage existant, et les nouveaux héros » (quid des nouvelles histoires d’anciens héros toujours présents?) La nouvelle série prévue pour le 17 juin s’inspire de La planète des singes de Pierre Boule et de La ferme des animaux de George Orwell, mais en « rigolo ». L’aspect « dystopique » de ces deux ouvrages transparaitra par le personnage principal, un poulet astronaute. L’autre influence, non dite, pour laquelle l’auteur, Fabrizio Petrossi, utilise des personnages animaliers vient du fait qu’il est, comme grand nombre de ses confrères compatriotes, un italien travaillant pour Disney.
(Toujours plus de sommaire donc d’aperçu du numéro sur le site spirou.com cette semaine encore)
Comme lors de sa précédente présence en couverture, Nelson y figure dans un décor atypique pour lui, l’exploration d’une jungle marécageuse en compagnie d’Hubert en tenue d’aventurier tropical. Mais puisqu’il s’agit d’une série comique, Bertschy ne leur fait y affronter qu’insectes et grenouille. L’histoire, en 8 strips et 2 pages (fait rare chez Bertschy) répartis au long du journal, raconte comment Nelson et son complice en stupidités Hubert laissent moisir un yaourt (yogourt disent-ils) pour examiner (scientifiquement disent-ils) comment la vie va y proliférer, jusqu’à devenir une jungle envahissante
On est loin, même si les premiers strips pouvaient y mener, des moisissures du comte de Champignac à la fin de L’ombre du Z, et plus proche du En direct de la rédaction[/i] de Franquin et Delporte où tout un jardin se développe autour du gaffophone
ou de l’histoire courte de Broussaille où, suite à une maladresse de celui-ci, une jungle se forme dans un appartement.
Flicorne et Frédule de Lisa Mandel et Pochep continuent de chercher leur chemin dans les marges du journal, y croisant de nouveau Fantasperge bien sûr, revenant chez les Fabrice pour leur demander une fausse dédicace (pour la revente), les Fabrice, toujours plein d’illusions sur leur propre valeur s’exécutant innocemment, Flicorne prend toujours les personnages du journal pour d’autres (Louca pour Olivétome (sic), les Fabrice pour les Dupondt), et elle et son frère commencent même à dessiner dans les marges, dont dans celles de Spirou et moi consacré à la doubleuse de voix de dessins animés Brigitte Lecordier, heureux hasard de mise en page puisque celle-ci y souligne justement l’importance d’une enfance très libre. Flicorne va jusqu’à découper une case qui lui plait dans le journal (de Nelson, case qui ne manque pas au strip, qui aurait donc très bien pu tenir en 3 ou même 2 cases), et elle et son frère envahir En direct de la rédac, en y collant un message et des dessins, par l’avis de recherche les concernant y étant affiché, et indirectement par les Fabrice, finalement traumatisés par leur demande d’autographes et qui y sont déguisés (approximativement) en Nob et Midam, et franchir le quatrième mur en demandant à ceux qui lisent le journal où est la sortie, en un gros plan regard héritier de Monika de Bergman. Les sœurs Grémillet poursuivent leur exploration des masques exprimant les divers aspects des personnalités, s’aidant de fables d’Esope sur des animaux voulant ressembler à d’autres, Cassiopée évoquant même Jekill et Hyde, ces interrogations toujours répercutées dans leur ville schizophrène, où des quartiers de batiments modernes et de voies rapides sont juxtaposés à des quartiers médiévaux piétonniers sur plusieurs niveaux, faits de passages et d’escaliers de pierre et débordant de végétation, les personnages et leurs masques en écho au Persona de Bergman, encore. Un nouveau parallèle apparaît entre Starlight et Les sœurs Grémillet, celui des masques que portent les gens. Que le vieux sage Tibble supplie Cyrius de se méfier de tous, et en premier lieu de la charmante Chantilly, n’est-ce qu’une fausse piste, un suspense artificiel justifié par la froussardise des Tibbles, ou une véritable péripétie ? Que Philippe Cardona utilise une trame et Florence Torta un autre registre de couleurs pour représenter un éventuel côté sombre de Chantilly témoigne de leur maitrise narrative, comme l’invention des taupes-souris en créatures ne supportant pas la lumière (doublement, comme taupes et comme chauves-souris) de l’imagination de l’auteur, par contre ses cadrages et son usage outrés des crollebitches provoquent des problèmes de lisibilité (Chantilly se contente-t-elle de voler le poignard de l’extra-terrestre à tête d’orque, ou a-t-elle l’intention de le tuer avec?). Suite de Si je t’écris, une BD pratiquement documentaire par la précision du rendu du tournant des années 60-70, la justesse des attitudes, les couleurs qui rendent la chaleur de l’été presque palpable, réalisme ressenti qui, couplé au dessin caricatural de Denis Bodard, rend incertaine notre perception de la sorcière : son grand nez pointu pourrait signifier une vraie sorcière, si l’on se tient du côté réaliste, comme une exagération graphique, du côté caricatural. Une belle ambiguïté.
Le gag de Elliot au collège par Théo Grosjean et Mallo est très bien mis en scène, tant au niveau des dialogues que du dessin (les déformations faciales de Bastien), très original et, dans la lignée du précédent, psychologiquement particulièrement juste, (la folie fait peur, particulièrement à ceux qui se cachent à eux-mêmes leurs propres déséquilibres). Dans les autres gags, Aude Picault continue ses études graphiques de chats dans Boulette (un gouttière décharné cette fois), dans Huguette et Croquette, Théoschu, par des noirs profonds et de forts contrastes, rend une ambiance fantômatique très différente du cimetière de Si je t’écris, uniformément baigné par une lumière nocturne. Bonne série de strips de Brad Rock de Jilème et Sophie David, sur l’ouverture d’un restaurant pour le moins amateur, bons gags absurdes dans La pause cartoon avec Les Fifiches du Proprofesseur, Des gens et inversement et Tash et Trash, ainsi que du strip du Freuby, dont Gally, qui en a hérité du dessin, est la victime.
Dans les autres rubriques, les Jeux de Joan et Annie Pastor sont une sortie montagne organisée par Nelson, prétexte à une belle double page bucolico-comique avec de nombreux personnages du journal, un errata corrige l’erreur de la date du retour de Yoko Tsuno donnée dans un numéro précédent, et dans le Courrier des lecteurs Kox répond avec justesse à une question mal posée sur le pourquoi de la fréquente rondeur corporelle des représentants de l’ordre, qui y associe par inattention le gredin Pat’Hibulaire de Mickey (selon Kox, le côté rondouillard des agents 212, 22 (dans Boule et Bill), et 15 (dans Quick et Flupke) « adoucit la figure de l’autorité et favorise le gag »). Une page de publicité pour plusieurs séries jeunesse Dupuis suggère un âge de lecture (dès 6 ans), une prescription déjà présente dans deux publicités du numéro précédent. Enfin, l’annonce de En direct du futur pratique l’auto ironie, en classant les héros des éditions Dupuis en trois catégories, «l’édition patrimoniale, le spin-off d’un personnage existant, et les nouveaux héros » (quid des nouvelles histoires d’anciens héros toujours présents?) La nouvelle série prévue pour le 17 juin s’inspire de La planète des singes de Pierre Boule et de La ferme des animaux de George Orwell, mais en « rigolo ». L’aspect « dystopique » de ces deux ouvrages transparaitra par le personnage principal, un poulet astronaute. L’autre influence, non dite, pour laquelle l’auteur, Fabrizio Petrossi, utilise des personnages animaliers vient du fait qu’il est, comme grand nombre de ses confrères compatriotes, un italien travaillant pour Disney.
" Monólogo significa el mono que habla solo." Ramón Gómez de la Serna dans ses Greguerías.
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heijingling
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Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
Numéro 4599 du 03/06/2026
Quand Gaston n’est pas là, les sommaires reviennent dans la danse: https://spirou.com/fin-de-la-piste-pour ... gremillet/
L’actualité de Spirou ayant été chargée ces derniers temps, Les sœurs Grémillet n’ont pas eu l’honneur de la couverture du journal pour leur retour, elle l’ont pour le final de Le jeu des masques, et le dessin de Alessandro Barbucci arrive à point nommé pour illustrer un des attraits de cette série : elles vivent dans une ville qu’on a vue chimérique, et sont dans une temporalité qui l’est tout autant, comme le montrent la carte de France et les planches anatomiques surranées visibles sur le mur, et qu’il s’agisse de vieux matériel de classe entreposé dans les sous-sols de leur école ajoute au fait que les sœurs cherchent à connaitre tant le passé que le présent. Ce jeu des masques se termine avec chaque sœur trouvant sa propre personnalité derrière les apparences qu’elles s’imposent ou se croient obligées de s’imposer, selon les circonstances, cela par une enquête sous forme de jeu de piste, qui est la forme que prennent les « missions » des sœurs Grémillet dans la plupart des épisodes, et cette fois-ci la mission consistait à découvrir que signifiaient et qui était à l’origine d’origamis géants disséminés dans la ville, origamis qui renvoient aux sculptures géantes de Claes Oldenburg et surtout aux réflexions de Duchamp sur le statut et la place de l’oeuvre d’art : dans le cadre de cette bande dessinée, Giovanni Di Gregorio et Alessandro Barbucci convainquent bien plus aisément du statut d’oeuvre d’art de ces origamis que ceux, solides et placés, dans la réalité, sur une des plages de Shenzhen en Chine, qui sont une des choses les plus laides que l’art pour le peuple ait produites
. Néanmoins, Alessandro Barbucci a beau jeu de prendre, dans la rubrique Dans la tête de qui lui est consacrée, une posture populiste en se gaussant des « artisssstes » chichiteux, disant pouvoir, lui, dessiner n’importe où avec n’importe quoi, car il doit tout de même garder une unité visuelle et pour cela disposer d’une gamme de traits, de mises en scènes et de coloris, ce qui le rapproche de ces artistes vétilleux qu’ils décrie, et les référents qui irriguent son œuvre, en particulier le dessin disneyen qu’il qualife de séduisant et qu’il dit essayer de « désapprendre »,sont eux aussi des outils spécifiques dont il a besoin, comme les dessinateurs qui ont une « marque d’encre préférée, un papier à dessin fétiche-dont-je-possède-les-dernières-feuilles ». Enfin, pour ceux qui seraient intéressés par Le dit du Genji, l’oeuvre qui sous-tend cette histoire des sœurs Grémillet sur les rencontres, je signale qu’il en existe une version écourtée illustrée par Amano Yoshitaka, artiste à la croisée des arts populaires, industriels et commerciaux, comme la BD, et dont le style est lui aussi, comme celui de Barbucci, hybride, le sien mélant Art nouveau, pré-raphaélisme, orientalisme et autres. Les sœurs sont enfin encore présente dans la double pages de Jeux de Thomas Priou pour un coloriage géant, à hauteur des origamis de l’histoire.
Fin également de Perdus à la rédac, sous la forme habituelle de planches de BD après deux semaines de gags dans les marges ou débordant dans des rubriques ou d’autres séries, avec une ultime tentative de rencontre en marges entre Frédule et Flicorne et les sœurs Grémillet orchestrée par Spoirou et Sti. Les efforts des deux enfants pour sauver les auteurs de Spirou retenus contre leur gré à la rédaction incluent une intervention musclée d’une unité policière d’élite envers la force brute de laquelle Lisa Mandel et Pochep n’ont visiblement pas la fascination que peuvent avoir Trump, Poutine ou Xi Jinping, et, bien plus plaisamment, une visite de recoins de la rédaction dont un grenier où sont entreposées de vieilles séries têtes de turcs des Hauts de pages de Conrad et Yann dans le journal à l'orée des années 1980 (et une série récente d’auteurs actuels à succès…), une case pertinente par ce qu'elle dit avec une loge où Spirou revêt sont costume rouge comme un artiste de cirque ou de music-hall, ou encore la grotte cocon de livres de Gaston (1972), l’une des cases les plus reproduites de la BD franco-belge, l’équivalent qu’est celle d’Epoxy (1968) de Paul Cuvelier pour la BD érotique (cf. PolyEpoxy, présenté par Bernard Joubert).
Suite de Starlight, le chapitre se focalisant sur Cyrius et Chantilly dans un nouvel avatar de duo comique, dans la lignée de Laurel et Hardy ou Blutch et Chesterfield, Cyrius étant le jeune chien fou-Auguste et Chantilly tentant de le calmer-le clown blanc. Je constate, sans en tirer de conclusions, que le style de Philippe Cardona utilise de nombreuses techniques narratives issues des mangas et, par coïncidence, les duos comiques japonais sont appelés manzai, le caractère man- du mot étant celui de manga. Par ailleurs lorsque ses personnages parlent hors champs, Cardona accole leur tête stylisée à leur phylactère pour savoir qui parle, méthode similaire à celle de la première adaptation de Petzi en français par Casterman fin des années 50. Impressionnantes réflexivités géographiques et temporelles. Suite de Si je t’écris…, cette chronique intime de Vincent Zabus et Denis Bodart, celui-ci traduisant graphiquement les émotions des personnages avec des contrastes nuancés, entre les différentes luminosités, obscurcies, tamisées ou crues, les cadrages très resserés ou élargis, le trait plus croquis pour rendre un marché provencal ou précis lorsqu’il s’agit de rendre le regard perdu et attristé du père, contraste aussi entre le père qui perd pied au niveau émotionnel, qui se répercute sur le matériel, et le fils qui mèlant jouets, fantastique (une soi-disant sorcière) et supersitions, tout ce que des adultes à la rationalité mal comprise et mal placée désaprouveraient, cherche lui à se sortir de son désarroi. En note, je ne vois pas bien la différence que peuvent signifier les indications "scénario de Giovanni di Gregorio avec la collaboration d'Alesandro Barbucci" et "scénario Vincent Zabus - Scénario et dessin Denis Bodard" (outre que contractuelles peut-être).
Dans les gags en une page et strips, Théo Grosjean et Mallo inversent les propositons : alors qu’Elliot et son ami Hari regardent l’univers à travers leurs propres problèmes, c’est leur copain complotiste Aymeric qui les recadre (d’une perspective complotiste, certes). Les Fabrice piquent un vieux truc de Gaston Lagaffe pour ne pas travailler, la passion de celui-ci en moins (n’auraient-ils donc aucune qualité?). Moog et Bernstein proposent dans Willy Woob une vision totalement décalée d’objets matériels, inertes, en leur appliquant des mouvements incongrus, dans la lignée du Gaston de Franquin. Approche graphique aussi pour Manu Boisteau et Paul Martin avec dans Titan inc. des cases vues comme à travers des jumelles ou une grande case représentant les différents va-et-vient du navire sur une carte. Jonathan Munoz et Anne-Claire Thibault-Jouvray reprennent dans L’épée de bois le gag du lapin tueur, Aude Picault et Lewis Trondheim situent si précisemment leur chat de gouttière à Paris qu’on pourrait repérer sa position par rapport aux monuments que l’on voit sur la planche et Dab’s revient dans la Leçon de BD avec son attachant personnage avatar de Crash Tex.
Dans Kid Paddle, Midam, Dairin, Patelin et Angèle font une référence à une célèbre entreprise de meubles et nourriture (la même que dans Willy Woob) en détournant son nom, gag classique qui reste compréhensible si l’entreprise disparait des mémoires. En revanche, la série télé sur des concepts à la mode dans Huguette et Croquette de Théoschu risque de devenir difficilement compréhensible lorsque ces concepts auront subi le destin du autrefois omniprésent phlogistique (qui s’en souvient, hormis les historiens des sciences?) . Dans le même ordre d’idées, une page de pub pour Terminax conquis, dont des histoires étaient parues dans Spirou, mais sort pourtant chez Dargaud, rend relativement artificielle la référence traditionnelle aux « éditions de la concurrence » que l’on retrouve encore dans le journal, comme cette semaine dans En direct du futur. Comme Gaston Lagaffe, Spirou classique ou Buck Danny classique, qui sont figés dans une époque qui n’existe plus alors que les personnages avaient été créés en prise avec leur époque. Dommage que Terminax conquis n’ait finalement pas poursuivi sa publication dans Spirou, le dessin de Dara Nabati y utilise, à l’instar de Massimo Mattioli dans Joe Galaxy
, Lewis Trondheim dans Alieen, ou une pochette de feutres de Staedler
un assemblage simple de formes plastiques pour créer des ET au fort pouvoir comique.
Enfin, le gag de Les filles de Nob montre Dad qui a du mal à couper le cordon et utilise son portable pour garder de force un lien avec Panda, dans une belle illustration de ce qu’est la technique moderne que Heidegger qualifiait d’arraisonnement, « ainsi appelons-nous le rassemblant de cette interpellation (Stellen) qui requiert l'homme ...Ainsi appelons-nous le mode de dévoilement qui régit l'essence de la technique moderne ». Dad, comme nous toustes, est requis, arraisonné par le portable omniprésent qui le force à se dévoiler : « Il reste vrai toutefois que l'homme de l'âge technique est pro-voqué au dévoilement d'une manière qui est particulièrement frappante. » (je m’amuse de cette incongruïté que peut paraître l’application d’Heidegger à Dad poussé par Heidegger qui note, dans ce passage même de « La question de la technique », « cette bizarrerie est un vieil usage de la pensée ».
Quand Gaston n’est pas là, les sommaires reviennent dans la danse: https://spirou.com/fin-de-la-piste-pour ... gremillet/
L’actualité de Spirou ayant été chargée ces derniers temps, Les sœurs Grémillet n’ont pas eu l’honneur de la couverture du journal pour leur retour, elle l’ont pour le final de Le jeu des masques, et le dessin de Alessandro Barbucci arrive à point nommé pour illustrer un des attraits de cette série : elles vivent dans une ville qu’on a vue chimérique, et sont dans une temporalité qui l’est tout autant, comme le montrent la carte de France et les planches anatomiques surranées visibles sur le mur, et qu’il s’agisse de vieux matériel de classe entreposé dans les sous-sols de leur école ajoute au fait que les sœurs cherchent à connaitre tant le passé que le présent. Ce jeu des masques se termine avec chaque sœur trouvant sa propre personnalité derrière les apparences qu’elles s’imposent ou se croient obligées de s’imposer, selon les circonstances, cela par une enquête sous forme de jeu de piste, qui est la forme que prennent les « missions » des sœurs Grémillet dans la plupart des épisodes, et cette fois-ci la mission consistait à découvrir que signifiaient et qui était à l’origine d’origamis géants disséminés dans la ville, origamis qui renvoient aux sculptures géantes de Claes Oldenburg et surtout aux réflexions de Duchamp sur le statut et la place de l’oeuvre d’art : dans le cadre de cette bande dessinée, Giovanni Di Gregorio et Alessandro Barbucci convainquent bien plus aisément du statut d’oeuvre d’art de ces origamis que ceux, solides et placés, dans la réalité, sur une des plages de Shenzhen en Chine, qui sont une des choses les plus laides que l’art pour le peuple ait produites
Fin également de Perdus à la rédac, sous la forme habituelle de planches de BD après deux semaines de gags dans les marges ou débordant dans des rubriques ou d’autres séries, avec une ultime tentative de rencontre en marges entre Frédule et Flicorne et les sœurs Grémillet orchestrée par Spoirou et Sti. Les efforts des deux enfants pour sauver les auteurs de Spirou retenus contre leur gré à la rédaction incluent une intervention musclée d’une unité policière d’élite envers la force brute de laquelle Lisa Mandel et Pochep n’ont visiblement pas la fascination que peuvent avoir Trump, Poutine ou Xi Jinping, et, bien plus plaisamment, une visite de recoins de la rédaction dont un grenier où sont entreposées de vieilles séries têtes de turcs des Hauts de pages de Conrad et Yann dans le journal à l'orée des années 1980 (et une série récente d’auteurs actuels à succès…), une case pertinente par ce qu'elle dit avec une loge où Spirou revêt sont costume rouge comme un artiste de cirque ou de music-hall, ou encore la grotte cocon de livres de Gaston (1972), l’une des cases les plus reproduites de la BD franco-belge, l’équivalent qu’est celle d’Epoxy (1968) de Paul Cuvelier pour la BD érotique (cf. PolyEpoxy, présenté par Bernard Joubert).
Suite de Starlight, le chapitre se focalisant sur Cyrius et Chantilly dans un nouvel avatar de duo comique, dans la lignée de Laurel et Hardy ou Blutch et Chesterfield, Cyrius étant le jeune chien fou-Auguste et Chantilly tentant de le calmer-le clown blanc. Je constate, sans en tirer de conclusions, que le style de Philippe Cardona utilise de nombreuses techniques narratives issues des mangas et, par coïncidence, les duos comiques japonais sont appelés manzai, le caractère man- du mot étant celui de manga. Par ailleurs lorsque ses personnages parlent hors champs, Cardona accole leur tête stylisée à leur phylactère pour savoir qui parle, méthode similaire à celle de la première adaptation de Petzi en français par Casterman fin des années 50. Impressionnantes réflexivités géographiques et temporelles. Suite de Si je t’écris…, cette chronique intime de Vincent Zabus et Denis Bodart, celui-ci traduisant graphiquement les émotions des personnages avec des contrastes nuancés, entre les différentes luminosités, obscurcies, tamisées ou crues, les cadrages très resserés ou élargis, le trait plus croquis pour rendre un marché provencal ou précis lorsqu’il s’agit de rendre le regard perdu et attristé du père, contraste aussi entre le père qui perd pied au niveau émotionnel, qui se répercute sur le matériel, et le fils qui mèlant jouets, fantastique (une soi-disant sorcière) et supersitions, tout ce que des adultes à la rationalité mal comprise et mal placée désaprouveraient, cherche lui à se sortir de son désarroi. En note, je ne vois pas bien la différence que peuvent signifier les indications "scénario de Giovanni di Gregorio avec la collaboration d'Alesandro Barbucci" et "scénario Vincent Zabus - Scénario et dessin Denis Bodard" (outre que contractuelles peut-être).
Dans les gags en une page et strips, Théo Grosjean et Mallo inversent les propositons : alors qu’Elliot et son ami Hari regardent l’univers à travers leurs propres problèmes, c’est leur copain complotiste Aymeric qui les recadre (d’une perspective complotiste, certes). Les Fabrice piquent un vieux truc de Gaston Lagaffe pour ne pas travailler, la passion de celui-ci en moins (n’auraient-ils donc aucune qualité?). Moog et Bernstein proposent dans Willy Woob une vision totalement décalée d’objets matériels, inertes, en leur appliquant des mouvements incongrus, dans la lignée du Gaston de Franquin. Approche graphique aussi pour Manu Boisteau et Paul Martin avec dans Titan inc. des cases vues comme à travers des jumelles ou une grande case représentant les différents va-et-vient du navire sur une carte. Jonathan Munoz et Anne-Claire Thibault-Jouvray reprennent dans L’épée de bois le gag du lapin tueur, Aude Picault et Lewis Trondheim situent si précisemment leur chat de gouttière à Paris qu’on pourrait repérer sa position par rapport aux monuments que l’on voit sur la planche et Dab’s revient dans la Leçon de BD avec son attachant personnage avatar de Crash Tex.
Dans Kid Paddle, Midam, Dairin, Patelin et Angèle font une référence à une célèbre entreprise de meubles et nourriture (la même que dans Willy Woob) en détournant son nom, gag classique qui reste compréhensible si l’entreprise disparait des mémoires. En revanche, la série télé sur des concepts à la mode dans Huguette et Croquette de Théoschu risque de devenir difficilement compréhensible lorsque ces concepts auront subi le destin du autrefois omniprésent phlogistique (qui s’en souvient, hormis les historiens des sciences?) . Dans le même ordre d’idées, une page de pub pour Terminax conquis, dont des histoires étaient parues dans Spirou, mais sort pourtant chez Dargaud, rend relativement artificielle la référence traditionnelle aux « éditions de la concurrence » que l’on retrouve encore dans le journal, comme cette semaine dans En direct du futur. Comme Gaston Lagaffe, Spirou classique ou Buck Danny classique, qui sont figés dans une époque qui n’existe plus alors que les personnages avaient été créés en prise avec leur époque. Dommage que Terminax conquis n’ait finalement pas poursuivi sa publication dans Spirou, le dessin de Dara Nabati y utilise, à l’instar de Massimo Mattioli dans Joe Galaxy
Enfin, le gag de Les filles de Nob montre Dad qui a du mal à couper le cordon et utilise son portable pour garder de force un lien avec Panda, dans une belle illustration de ce qu’est la technique moderne que Heidegger qualifiait d’arraisonnement, « ainsi appelons-nous le rassemblant de cette interpellation (Stellen) qui requiert l'homme ...Ainsi appelons-nous le mode de dévoilement qui régit l'essence de la technique moderne ». Dad, comme nous toustes, est requis, arraisonné par le portable omniprésent qui le force à se dévoiler : « Il reste vrai toutefois que l'homme de l'âge technique est pro-voqué au dévoilement d'une manière qui est particulièrement frappante. » (je m’amuse de cette incongruïté que peut paraître l’application d’Heidegger à Dad poussé par Heidegger qui note, dans ce passage même de « La question de la technique », « cette bizarrerie est un vieil usage de la pensée ».
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Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
Numéro 4600 du 10/06/2026
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/vive-le-foot/
Le précédent Spirou consacré à un évènement sportif a été celui sur les jeux olympiques, justifié (s’il en avait été besoin) par leur tenue en France, Spirou étant un journal essentiellement franco-belge, jeux jugés suffisament importants pour que la rédaction leur consacre non un mais deux numéros spéciaux (4490 et 4502). Il ne semble pas y avoir de raisons particulières à ce spécial coupe du monde de foot, hormis une tradition, non systématique, remontant à une trentaine d’années, par contre il est un prétexte à une mise en avant de cette franco-belgitude. Ce n’est pas sa seule caractéristique, et une comparaison avec de précédents spéciaux foot vont se montrer révélatrices. Si Spirou a eu dès ses premières années, alors que la famille Dupuis voulait un journal espiègle mais aussi sain et éducatif, plusieurs rubriques sportives, dont une, rédigée par Jean Corhumel, a duré jusqu’en 1968, pour disparaître cette année où la jeunesse revendiquait d’autres valeurs, par la suite, sauf erreur, hormis les spéciaux JO cités, les Spirou spécial sport l’ont pratiquement tous été sur le foot, le premier en 1978, rares jusqu’en 1998, puis presque systématiques depuis.
Les rubriques sportives des années 30 à 60 étaient sérieuses mais depuis, Spirou oblige, l’approche est humoristique, et la couverture de Mab, ainsi que son histoire (très) courte, montrent l’angle choisi pour ce spécial: un spécial foot inclusif, qui prend aussi en compte ceux qui n’aiment pas ce sport. C’avait déjà été l’attaque du 3141 en 1998, sous Thierry Tinlot, avec le slogan de couverture « La coupe du monde ? Tout le monde s’en foot ! », mais elle est ici plus affinée, déclinée en de multiples versions par la plupart des auteurices du numéro (et en y ajoutant le slogan « Déjà marre du foot ? Lisez Spirou ! », accompagné d’une opération publicitaire avec un code promo à découvrir (jeu saboté par les Fabrice, comme il se doit) pour profiter d’un abonnement à tarif réduit.
Première constatation, la couverture de Mab, comme les histoires, témoignent que le foot n’est pas réservé qu’aux hommes, et de ce point de vue, Spirou est depuis belle lurette bien moins machiste que les instances officielles du foot (pour un historique, voir Le match du siècle, de Julie Billault et Seb Picquet, Dupuis, 2026). Dans la couverture comme dans son histoire, « Match nul ! », Mab inverse d’ailleurs le cliché en présentant le père de famille comme le seul réfractaire au foot. Mab qui pour l’occasion utilise son style croquis, proche, peut-on imaginer, de son activité de storyboarder, différent de celui de ses éphémères Térence et Bud dans Spirou, des ET du même univers graphique que ceux de Terminax conquis et autres, vus la semaine précédente.
Dans les séries de gags habituels, beaucoup se sont pliés au jeu du "Spirou pour ceux qui n'aiment pas le foot" : Nob n’a pas fait jouer la sportive Roxanne mais Ondine, qui ne comprend rien au jeu. Dans Huguette et Croquette, Théoschu rappelle qu’avec un montage habile, pas besoin d’IA pour faire paraître des vieux quasi impotents comme des joueurs de haut niveau, dans Working dead les zombies se font prévisiblement écraser dans un match inter start-up, parce qu’ils n’utilisent pas leurs ressources in-humaines, et dans Titan inc., toujours allégorique, Manu Boisteau et Paul Martin montrent les buts sur un iceberg insurmontable. Dans L’épée de bois, Jonathan Munoz et Anne-Claire Thibaut-Jouvray imaginent une médiévale fantastique et délectablement bien tordue origine au foot. Fidèles à eux-mêmes, Nelson imite les joueurs simulant une douleur pour obtenir un gain, Bernstein et Moog détournent dans Willy Woob, avec humour charmant et naïveté pertinente, la panoplie gestuelle et verbale des supporters, souligant la polysémie du verbe supporter (et je rajoute, sur ce thème, qu’il n’est pas étonnant que, bien que les supporters soutiennent une équipe, on ait choisi en français de les qualifier de l’anglicisme supporters plutôt que de souteneurs, cela aurait trop explicitement souligné la proximités des joueurs vendus aux plus offrants avec le soi-disant plus vieux métier du monde...), et les Fabrice tentent d’initier un collégien à la pétanque, qui remonterait aux grottes de Lascaux (ce qui en ferait le plus vieux jeu du monde…). Manoir à louer, Elliot, Boulette, Kid Paddle et Game over sont absents du numéro (prévisible pour certains, moins pour d’autres), absence compensée, en particulier pour Boulette, par le désormais occasionnel (au sens propre) Crapule de Jean-Luc Deglin, et par Romain Dutreix et Dab’s qui mettent en scène leur avatar dessiné sur le thème, comme les Fabrice, de BD pour ceux qui n’aiment pas le foot : dans Pandémie de foot, Dab’s en devient obsessionnel, et dans La leçon de football, Dutreix reprend son personnage forcé de faire des choses contre son gré et en est terriblement (mais très drôlement) maltraité. Les deux planches de Dutreix et celles des Fabrice ont en commun d’être séparées et réparties dans le numéro, ce qui, ajouté au fait que les histoires complètes ne dépassent plus qu’exceptionnellement 4 pages, alors que jusqu’au début des années 2000 elles dépassaient encore souvent 6 pages, à la multiplications des strips, et aux longs chapitres des histoires (à suivre), fait que Spirou ressemble de plus en plus à un avatar de papier d’un smartphone. La crise de la presse fait que, alors que Spirou initiait les tendances (les mini-récits précurseurs des micro écrans des smartphones), il doit maintenant les suivre.
Si la réduction drastique du nombre de pages des histoires complètes ne permet pas la reprise du légendaire Allez Champignac ! de Nic Broca (et, dit la légende, Alain de Kuiyssche), Spirou et Fantasio sont tout de même présents dans ce numéro sur scénario de Beka et dessin et couleur de David Etien dans une histoire résumé de l’univers du groom, du dessin, proche des débuts de Fournier dans la série, quand il devait s’approcher de celui de Franquin, à l’histoire, basiquement intitulée Champignac et réunissant le quintet. À moins qu’il ne s’agisse de pages spin-off de la série Champignac, de Beka et Etien, montrant celui-ci vieux, en son château, dont l’acquisition duquel, et accompagné de personnages secondaires, ses amis Spirou et Fantasio, ainsi que Spip et le Marsupilami, dont la rencontre avec lesquels, nous seront narrés ultérieurement ? Vertigineuse mise en abîme, qui me pousse à une syntaxe casse-gueule…
Dans La pause cartoon, Lécroart utilise, comme il sait bien le faire, des contes et légendes dans sa Fifiche du Proprofesseur (ici les 7 nains pour une équipe de foot), Berth lui sa technique de méler deux univers proches (ici deux sports) pour une confrontation absurde, Dino la logique particulière de Tash et Trash pour un foot en solo. Bercovici, Bernstein et Dominique Thomas introduisent un coach de foot aussi peu compétent et avec aussi peu de scrupules que celui qu’ils faisaient sévir dans le journal et la rédaction il y a quelques années, Olivier Saive présente un Tuto pour dessiner un ballon et, avec Sti, un Fantasio reporter interwievant des supporters. Le numéro 3972 en 2014 était en deux parties tête-bêche, opposant les diables rouges belges aux bleux français, et Sti, dans les marges du numéro actuel, reprend cette opposition, faisant se rencontrer les personnages selon la nationalité de leur auteur et jouant sur les différences entre le français de France et celui de Belgique (dans Spirou, on s'instruit en marges...).
Finalement, seule l’histoire Family life de Jacques Louis met en scène des supporters de foot sans le décalage volontaire ou l’ironie présents dans les autres histoires, mais avec son humour mordant balancé par sa sensibilité habituels.
Si le traitement par l’humour peut sembler évident de la part du journal de Spirou, ce ne fut pas toujours le cas, et pour ses deux premiers numéros consacrés au foot, Spirou n’avait pas encore trouvé ses marques : le premier, le 2094 en 1978, sous Alain De Kuyssche, avait une seule histoire sur le sujet ( 8 pages de Génial Olivier de Devos) mais surtout présentait une photo en couverture (fait rare, qui était surtout la spécialité de Tintin), et publiait une page directement politique, nécessaire vu le contexte, d’André Pautard, grand reporter à L’Express, « Qu’est-ce qui se passe en Argentine ? ». Le suivant, le Spirou N° 2305 en 1982, se contentait d’offrir un poster sur le sujet, mais quel poster, qui reproduisait les superbes affiches de la coupe du monde élaborés par nombre d’artistes contemporains https://phenix-united.com/affiches-coupe-du-monde-82/ . Ces premiers numéros se détachaient de la tradition de Spirou, peut-être est-ce pour cette raison entre autres qu’il y a eu un hiatus dans les spéciaux foot pendant quelques années avant qu’ils ne soient vraiment repris en 1998 (le 2721 en 1990 s’étant contenté d’une couverture de Janry et Stuf « Vive le mondiale »).
Le poster de cette semaine, de Thomas Priou, représente classiquement nombre des personnages du journal en joueurs et supporters. Avec les dessins des marges de Sti et les Jeux de Baba, Tartuff et Lapuss’, c’est donc l’ensemble des personnages qui sont convoqués pour cette coupe du monde, on peut donc comprendre la réticence de certains d’entre eux, et le thème Marre du foot de ce numéro.
Pour le reste, dans les (à suivre), le duo comique Cyrius-Chantilly et leur humour de réparties et mimiques se poursuit, mais, si Starlight n’est pas, comme l'est Louca, basé sur les mangas de compétition, le dépassement de soi qui en est le but est tout de même essentiel dans ce chapitre, avec le mot « volonté » qui apparaît 5 fois en 5 pages, chapitre qui se termine par un grandiloquent qui flirte avec le ridicule (c’est la règle de ce genre de BD) « On va montrer à toute cette planète ce que c’est, de la volonté ! ». Suite de Si je t’écris, et les tensions latentes, dues aux non dits de chacun (des adultes surtout) éclatent et se télescopent, et la tempête qui éclate à ce moment exacerbe cela, dans un procédé scénaristique classique mais magnifié par le dessin de Denis Bodart, avec des cadrages symboliquement très découpés et de grandes cases nocturnes sous la pluie monochromes, en nuances monochromes impressionistes.
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/vive-le-foot/
Le précédent Spirou consacré à un évènement sportif a été celui sur les jeux olympiques, justifié (s’il en avait été besoin) par leur tenue en France, Spirou étant un journal essentiellement franco-belge, jeux jugés suffisament importants pour que la rédaction leur consacre non un mais deux numéros spéciaux (4490 et 4502). Il ne semble pas y avoir de raisons particulières à ce spécial coupe du monde de foot, hormis une tradition, non systématique, remontant à une trentaine d’années, par contre il est un prétexte à une mise en avant de cette franco-belgitude. Ce n’est pas sa seule caractéristique, et une comparaison avec de précédents spéciaux foot vont se montrer révélatrices. Si Spirou a eu dès ses premières années, alors que la famille Dupuis voulait un journal espiègle mais aussi sain et éducatif, plusieurs rubriques sportives, dont une, rédigée par Jean Corhumel, a duré jusqu’en 1968, pour disparaître cette année où la jeunesse revendiquait d’autres valeurs, par la suite, sauf erreur, hormis les spéciaux JO cités, les Spirou spécial sport l’ont pratiquement tous été sur le foot, le premier en 1978, rares jusqu’en 1998, puis presque systématiques depuis.
Les rubriques sportives des années 30 à 60 étaient sérieuses mais depuis, Spirou oblige, l’approche est humoristique, et la couverture de Mab, ainsi que son histoire (très) courte, montrent l’angle choisi pour ce spécial: un spécial foot inclusif, qui prend aussi en compte ceux qui n’aiment pas ce sport. C’avait déjà été l’attaque du 3141 en 1998, sous Thierry Tinlot, avec le slogan de couverture « La coupe du monde ? Tout le monde s’en foot ! », mais elle est ici plus affinée, déclinée en de multiples versions par la plupart des auteurices du numéro (et en y ajoutant le slogan « Déjà marre du foot ? Lisez Spirou ! », accompagné d’une opération publicitaire avec un code promo à découvrir (jeu saboté par les Fabrice, comme il se doit) pour profiter d’un abonnement à tarif réduit.
Première constatation, la couverture de Mab, comme les histoires, témoignent que le foot n’est pas réservé qu’aux hommes, et de ce point de vue, Spirou est depuis belle lurette bien moins machiste que les instances officielles du foot (pour un historique, voir Le match du siècle, de Julie Billault et Seb Picquet, Dupuis, 2026). Dans la couverture comme dans son histoire, « Match nul ! », Mab inverse d’ailleurs le cliché en présentant le père de famille comme le seul réfractaire au foot. Mab qui pour l’occasion utilise son style croquis, proche, peut-on imaginer, de son activité de storyboarder, différent de celui de ses éphémères Térence et Bud dans Spirou, des ET du même univers graphique que ceux de Terminax conquis et autres, vus la semaine précédente.
Dans les séries de gags habituels, beaucoup se sont pliés au jeu du "Spirou pour ceux qui n'aiment pas le foot" : Nob n’a pas fait jouer la sportive Roxanne mais Ondine, qui ne comprend rien au jeu. Dans Huguette et Croquette, Théoschu rappelle qu’avec un montage habile, pas besoin d’IA pour faire paraître des vieux quasi impotents comme des joueurs de haut niveau, dans Working dead les zombies se font prévisiblement écraser dans un match inter start-up, parce qu’ils n’utilisent pas leurs ressources in-humaines, et dans Titan inc., toujours allégorique, Manu Boisteau et Paul Martin montrent les buts sur un iceberg insurmontable. Dans L’épée de bois, Jonathan Munoz et Anne-Claire Thibaut-Jouvray imaginent une médiévale fantastique et délectablement bien tordue origine au foot. Fidèles à eux-mêmes, Nelson imite les joueurs simulant une douleur pour obtenir un gain, Bernstein et Moog détournent dans Willy Woob, avec humour charmant et naïveté pertinente, la panoplie gestuelle et verbale des supporters, souligant la polysémie du verbe supporter (et je rajoute, sur ce thème, qu’il n’est pas étonnant que, bien que les supporters soutiennent une équipe, on ait choisi en français de les qualifier de l’anglicisme supporters plutôt que de souteneurs, cela aurait trop explicitement souligné la proximités des joueurs vendus aux plus offrants avec le soi-disant plus vieux métier du monde...), et les Fabrice tentent d’initier un collégien à la pétanque, qui remonterait aux grottes de Lascaux (ce qui en ferait le plus vieux jeu du monde…). Manoir à louer, Elliot, Boulette, Kid Paddle et Game over sont absents du numéro (prévisible pour certains, moins pour d’autres), absence compensée, en particulier pour Boulette, par le désormais occasionnel (au sens propre) Crapule de Jean-Luc Deglin, et par Romain Dutreix et Dab’s qui mettent en scène leur avatar dessiné sur le thème, comme les Fabrice, de BD pour ceux qui n’aiment pas le foot : dans Pandémie de foot, Dab’s en devient obsessionnel, et dans La leçon de football, Dutreix reprend son personnage forcé de faire des choses contre son gré et en est terriblement (mais très drôlement) maltraité. Les deux planches de Dutreix et celles des Fabrice ont en commun d’être séparées et réparties dans le numéro, ce qui, ajouté au fait que les histoires complètes ne dépassent plus qu’exceptionnellement 4 pages, alors que jusqu’au début des années 2000 elles dépassaient encore souvent 6 pages, à la multiplications des strips, et aux longs chapitres des histoires (à suivre), fait que Spirou ressemble de plus en plus à un avatar de papier d’un smartphone. La crise de la presse fait que, alors que Spirou initiait les tendances (les mini-récits précurseurs des micro écrans des smartphones), il doit maintenant les suivre.
Si la réduction drastique du nombre de pages des histoires complètes ne permet pas la reprise du légendaire Allez Champignac ! de Nic Broca (et, dit la légende, Alain de Kuiyssche), Spirou et Fantasio sont tout de même présents dans ce numéro sur scénario de Beka et dessin et couleur de David Etien dans une histoire résumé de l’univers du groom, du dessin, proche des débuts de Fournier dans la série, quand il devait s’approcher de celui de Franquin, à l’histoire, basiquement intitulée Champignac et réunissant le quintet. À moins qu’il ne s’agisse de pages spin-off de la série Champignac, de Beka et Etien, montrant celui-ci vieux, en son château, dont l’acquisition duquel, et accompagné de personnages secondaires, ses amis Spirou et Fantasio, ainsi que Spip et le Marsupilami, dont la rencontre avec lesquels, nous seront narrés ultérieurement ? Vertigineuse mise en abîme, qui me pousse à une syntaxe casse-gueule…
Dans La pause cartoon, Lécroart utilise, comme il sait bien le faire, des contes et légendes dans sa Fifiche du Proprofesseur (ici les 7 nains pour une équipe de foot), Berth lui sa technique de méler deux univers proches (ici deux sports) pour une confrontation absurde, Dino la logique particulière de Tash et Trash pour un foot en solo. Bercovici, Bernstein et Dominique Thomas introduisent un coach de foot aussi peu compétent et avec aussi peu de scrupules que celui qu’ils faisaient sévir dans le journal et la rédaction il y a quelques années, Olivier Saive présente un Tuto pour dessiner un ballon et, avec Sti, un Fantasio reporter interwievant des supporters. Le numéro 3972 en 2014 était en deux parties tête-bêche, opposant les diables rouges belges aux bleux français, et Sti, dans les marges du numéro actuel, reprend cette opposition, faisant se rencontrer les personnages selon la nationalité de leur auteur et jouant sur les différences entre le français de France et celui de Belgique (dans Spirou, on s'instruit en marges...).
Finalement, seule l’histoire Family life de Jacques Louis met en scène des supporters de foot sans le décalage volontaire ou l’ironie présents dans les autres histoires, mais avec son humour mordant balancé par sa sensibilité habituels.
Si le traitement par l’humour peut sembler évident de la part du journal de Spirou, ce ne fut pas toujours le cas, et pour ses deux premiers numéros consacrés au foot, Spirou n’avait pas encore trouvé ses marques : le premier, le 2094 en 1978, sous Alain De Kuyssche, avait une seule histoire sur le sujet ( 8 pages de Génial Olivier de Devos) mais surtout présentait une photo en couverture (fait rare, qui était surtout la spécialité de Tintin), et publiait une page directement politique, nécessaire vu le contexte, d’André Pautard, grand reporter à L’Express, « Qu’est-ce qui se passe en Argentine ? ». Le suivant, le Spirou N° 2305 en 1982, se contentait d’offrir un poster sur le sujet, mais quel poster, qui reproduisait les superbes affiches de la coupe du monde élaborés par nombre d’artistes contemporains https://phenix-united.com/affiches-coupe-du-monde-82/ . Ces premiers numéros se détachaient de la tradition de Spirou, peut-être est-ce pour cette raison entre autres qu’il y a eu un hiatus dans les spéciaux foot pendant quelques années avant qu’ils ne soient vraiment repris en 1998 (le 2721 en 1990 s’étant contenté d’une couverture de Janry et Stuf « Vive le mondiale »).
Le poster de cette semaine, de Thomas Priou, représente classiquement nombre des personnages du journal en joueurs et supporters. Avec les dessins des marges de Sti et les Jeux de Baba, Tartuff et Lapuss’, c’est donc l’ensemble des personnages qui sont convoqués pour cette coupe du monde, on peut donc comprendre la réticence de certains d’entre eux, et le thème Marre du foot de ce numéro.
Pour le reste, dans les (à suivre), le duo comique Cyrius-Chantilly et leur humour de réparties et mimiques se poursuit, mais, si Starlight n’est pas, comme l'est Louca, basé sur les mangas de compétition, le dépassement de soi qui en est le but est tout de même essentiel dans ce chapitre, avec le mot « volonté » qui apparaît 5 fois en 5 pages, chapitre qui se termine par un grandiloquent qui flirte avec le ridicule (c’est la règle de ce genre de BD) « On va montrer à toute cette planète ce que c’est, de la volonté ! ». Suite de Si je t’écris, et les tensions latentes, dues aux non dits de chacun (des adultes surtout) éclatent et se télescopent, et la tempête qui éclate à ce moment exacerbe cela, dans un procédé scénaristique classique mais magnifié par le dessin de Denis Bodart, avec des cadrages symboliquement très découpés et de grandes cases nocturnes sous la pluie monochromes, en nuances monochromes impressionistes.
" Monólogo significa el mono que habla solo." Ramón Gómez de la Serna dans ses Greguerías.


