Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
Posté : lun. 5 janv. 2026 12:29
Numéro 4572 du 26/11/2025
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/raowl-presente-guill ... onquerant/
Pour faire de la place pour les nouvelles séries annoncées qui doivent débuter dans le numéro de Noël, la rédaction fait des soldes de fin d'année sur le nombre de pages de séries en cours pour qu’elles se terminent plus vite, on a ainsi droit à 12 pages de L’île de minuit. S’y ajoutent 10 pages de Mademoiselle J. , 5 pages de Raowl, 8 de Mi-Mouche, 4 pages d’Attila, et l’un dans l’autre il ne reste plus de place pour les d’habitude toujours fidèles Pause cartoon, Game over, ou des strips.
Raowl donc, de retour après six mois d’absence, dont il a dû profiter pour faire un stage chez l’oncle Paul, puisqu’il présente sa vision de Guillaume le Conquérant, à l’occasion d’une exposition que Tebo, auteur normand, a réalisée au château où ce duc de Normandie devenu roi d’Angleterre a vécu https://www.chateau-guillaume-leconquer ... quete.html Mais ne vous fiez pas au trompeur dessin de couverture montrant Guillaume utilisant Raowl comme marchepied pour triompher d’un cyclope, dans l’historiette découpée en pages de gags Raowl fidèle à lui-même préfère nous parler des « infos de la honte » sur celui qu’il appelle Guigui la Nouille. L’argument de Raowl, assez convaincant, est qu’ainsi tourné en dérision (Guillaume aurait subi un entrainement à la dure en slip), et placé dans de la culture populaire (en parodie de super héros Marvel) il va durablement marquer les esprits des enfants, des historiens rétablissant dans l’exposition les faits avec sérieux en contrepoint des pièces de Tebo dont, on le voit dans L’arrière boutique de Tebo, Raowl incrusté dans la tapisserie de Bayeux, lui, si actif, qui déteste la faire, et Bercovici et Bernstein donnent eux aussi des informations moins délirantes dans la rubrique 3 infos 2 vraies 1 fausse, telles qu’un autre surnom du conquérant, ainsi que Frefon dans ses Jeux (le roi anglais Harold, la tapisserie de Bayeux. Le point de loin le plus intéressant de l’interview de Tebo est qu’il est pense en dessin, ce qui lui donne son ton unique : « Quand je dessine dans mon carnet tout va très vite. Si vite que parfois, j’ai l’impression que les idées sont dans ma main plutôt que dans ma tête. Ça me donne presque l’impression de voir arriver mes gags en temps réel. » On a besoin de plus d’iconoclastes comme lui pour oser révéler cela, comme si ce processus d’écriture était une tare que les autres auteurices de BD dissimulaient. On trouve une approche similaire chez Midam lorsqu’il dit dans Le courrier des lecteurs être « parfois parti de l’idée du lettrage de la dernière case de Game over pour trouver le gag (« Ho tiens, ce serait rigolo d’avoir Game over écrit avec des os... »)
Fin donc de L’île de minuit, au sixième épisode, mais publiés en grosses tranches, donc un nombre que l’on peut estimer impressionnant de planches (non numérotées), fin qui apporte des réponses par Églantine, la « femme aux singes », mélange de sorcière par la cabane qu’elle habite, les simples qu’elle cultive, ses cheveux roux (toutes les sorcières ont les cheveux roux, de Mélusine à Gretchen en passant par Isabelle (arrière arrière petite fille de sorcier) rien que dans Spirou, et cette année, chez la concurrence, green Witch, de Trondheim et Biancarelli) et de scientifique, dont le fait que les habitants du phare, qui contrôlent toute l’île, sont des enfants, et que si l’île est quasiment déserte, c’est à cause d’une maladie pour laquelle Églantine est forcée de chercher un remède, révélations qui ne divulguent rien puisque l’on ne sait absolument pas qui sont ces enfants, d’où ils viennent (comme tous les personnages de l’île) ni le pourquoi de leurs actes. L’île de minuit oscille entre fantastique, technologique, et primitivisme, mais l’intrigue est assez simple à suivre, de même que les relations entre les personnages sont explicites, et la série est ainsi destinée à un lectorat du même âge ou plus jeune que les protagonistes enfants. Fin également de Mi-Mouche, au huitième épisode, qui pourrait être la fin de la série, puisque Colette et sa mère, les principales protagonistes, sont sur la voie de trouver la paix et l’équilibre avec elle-mêmes, et l’une avec l’autre, Colette retrouvant de la liberté, sa mère desserant son etreinte étouffante, équilibre symbolisé par deux planches muettes en gaufrier et montage parallèle avec images en miroir, et liberté symbolisée par deux planches au découpage et mise ne forme plus complexes avec des cochons fugitifs manquant de se faire écraser. Mais l’histoire va certainement se poursuivre, pour ne pas laisser en rade les autres personnages qui entourent les deux protagonistes et qui tous ont encore des choses à exprimer, même si moins symboliquement que Colette et sa mère. Suite enfin de Mademoiselle J., avec un chapitre qui pose les enjeux, personnels pour Juliette, la recherche de sa mère, et politiques et humanitaires pour la journaliste qu’elle est, la tentative de sauvetage d’orphelins métis nés de la guerre du Vietnam. Il y a donc un passage dialogué obligé, toujours problématique à mettre en scène de façon qui ne soit pas répétitive et ennuyeuse, et Laurent Verron a trouvé une solution élégante en faisant tourner la scène autour du jeu des mains et de l’expression des visages de Juliette et la mère supérieure qui fument.
Dans le deuxième chapitre des aventures d’Attila par l’abbé, qui est aussi peu rigoureux historiquement que le Guillaume le Conquérant de Raowl, on trouve tout de même encore une fois un personnage historique, Onégèse, bras droit d’Attila, dans une situation toutefois qui laisserait plus que dubitatifs tout historien. Je trouve cet épisode plus réussi que le premier, car basé autant sur du comique visuel que sur les effets de la personnalité délirante atribuée à Attila. Le gag de Manoir à louer se passe dans une cuisine traditionnelle superbement rendue par Juanungo, par contre Trondheim utilise un langage qu’il ne maîtrise pas, des concepts à la mode placés dans un contexte culinaire. Je mentionne juste l’extrait suivant, l’homme cuisine et la vampire s’en étonne, lui disant que « Dans Boule et Bill, c’est la maman qui cuisine », ce à quoi il rétorque « Ha mais c’était une époque différente...Maintenant l’homme se déconstruit . » Vision sociologiquement et historiquement fausse, depuis longtemps les mères ne cuisinent pas mais font à manger, autrement dit elles doivent chaque jour le faire, et rapidement, au milieu d’autres tâches ménagères, alors que quand ils vont aux fourneaux, les hommes eux cuisinent, soit préparent des plats sur lesquels ils passent des heures, ce que les mères qui font à manger n’ont pas le loisir de faire (cf. justement le gag 524 de Dad, Spirou 4570, où Dad en tant que père au foyer est réduit à l’astreinte traditionnelle des mères au foyer, sa mère lui disant fort à propos «Tu comprends maintenant ce que c’est de chercher des idées de repas chaque jour !») En prenant le temps d’« aiguiser des couteaux et écouter l’aliment qui frémit », le père Nikolas ni ne se déconstruit, au contraire, ni ne « réduit la charge mentale » de sa femme, contrairement à ce qu’il s’imagine. Problème de langage aussi pour la personne qui s’empêtre dans les mots en donnant le thème de L’édito aux Fabrice. En direct du futur annonce l’arrivée en janvier d’une nouvelle série, de Trondheim au scénario et Aude Picault au dessin, qui indique étrangement que c’est la première fois qu’elle va publier dans Spirou. En fait, c’est la première fois qu’elle y dessinera une série, puisqu’elle y a déjà scénarisé La famille Pirate, dessinée par Fabrice Parme, il y une dizaine d’années. Ce nouveau personnage se nomme Boulette et, comme Lagaffe, on peut présumer que son nom est descriptif, et il s’agit d’un chat noir, ce qui ne veut pas forcément dire qu’on ne verra plus Crapule, le chat de Jean-Luc Deglin, car l’époque où Spirou refusait les séries qui risquaient de faire doublon est loin, on a ainsi dans le journal plein d’histoires de fantaisie médiévale avec des enfants. Pour finir, l’avant dernière page offre la surprise d’un deuxième Édito, tonitruant, dans lequel les Fabrice proposent une idée pour le spécial Noël à venir (annoncé pour la troisième semaine de suite, j’espère qu’il sera à la hauteur de l’attente créée), idée qui, si elle n’est pas dépourvue d’arrières pensées intéressées, est tout de même jugée bonne par la rédaction : on aura donc droit à un Secret Santa, dans lequel les auteurs s’offriront des cadeaux secrets par tirage au sort.
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/raowl-presente-guill ... onquerant/
Pour faire de la place pour les nouvelles séries annoncées qui doivent débuter dans le numéro de Noël, la rédaction fait des soldes de fin d'année sur le nombre de pages de séries en cours pour qu’elles se terminent plus vite, on a ainsi droit à 12 pages de L’île de minuit. S’y ajoutent 10 pages de Mademoiselle J. , 5 pages de Raowl, 8 de Mi-Mouche, 4 pages d’Attila, et l’un dans l’autre il ne reste plus de place pour les d’habitude toujours fidèles Pause cartoon, Game over, ou des strips.
Raowl donc, de retour après six mois d’absence, dont il a dû profiter pour faire un stage chez l’oncle Paul, puisqu’il présente sa vision de Guillaume le Conquérant, à l’occasion d’une exposition que Tebo, auteur normand, a réalisée au château où ce duc de Normandie devenu roi d’Angleterre a vécu https://www.chateau-guillaume-leconquer ... quete.html Mais ne vous fiez pas au trompeur dessin de couverture montrant Guillaume utilisant Raowl comme marchepied pour triompher d’un cyclope, dans l’historiette découpée en pages de gags Raowl fidèle à lui-même préfère nous parler des « infos de la honte » sur celui qu’il appelle Guigui la Nouille. L’argument de Raowl, assez convaincant, est qu’ainsi tourné en dérision (Guillaume aurait subi un entrainement à la dure en slip), et placé dans de la culture populaire (en parodie de super héros Marvel) il va durablement marquer les esprits des enfants, des historiens rétablissant dans l’exposition les faits avec sérieux en contrepoint des pièces de Tebo dont, on le voit dans L’arrière boutique de Tebo, Raowl incrusté dans la tapisserie de Bayeux, lui, si actif, qui déteste la faire, et Bercovici et Bernstein donnent eux aussi des informations moins délirantes dans la rubrique 3 infos 2 vraies 1 fausse, telles qu’un autre surnom du conquérant, ainsi que Frefon dans ses Jeux (le roi anglais Harold, la tapisserie de Bayeux. Le point de loin le plus intéressant de l’interview de Tebo est qu’il est pense en dessin, ce qui lui donne son ton unique : « Quand je dessine dans mon carnet tout va très vite. Si vite que parfois, j’ai l’impression que les idées sont dans ma main plutôt que dans ma tête. Ça me donne presque l’impression de voir arriver mes gags en temps réel. » On a besoin de plus d’iconoclastes comme lui pour oser révéler cela, comme si ce processus d’écriture était une tare que les autres auteurices de BD dissimulaient. On trouve une approche similaire chez Midam lorsqu’il dit dans Le courrier des lecteurs être « parfois parti de l’idée du lettrage de la dernière case de Game over pour trouver le gag (« Ho tiens, ce serait rigolo d’avoir Game over écrit avec des os... »)
Fin donc de L’île de minuit, au sixième épisode, mais publiés en grosses tranches, donc un nombre que l’on peut estimer impressionnant de planches (non numérotées), fin qui apporte des réponses par Églantine, la « femme aux singes », mélange de sorcière par la cabane qu’elle habite, les simples qu’elle cultive, ses cheveux roux (toutes les sorcières ont les cheveux roux, de Mélusine à Gretchen en passant par Isabelle (arrière arrière petite fille de sorcier) rien que dans Spirou, et cette année, chez la concurrence, green Witch, de Trondheim et Biancarelli) et de scientifique, dont le fait que les habitants du phare, qui contrôlent toute l’île, sont des enfants, et que si l’île est quasiment déserte, c’est à cause d’une maladie pour laquelle Églantine est forcée de chercher un remède, révélations qui ne divulguent rien puisque l’on ne sait absolument pas qui sont ces enfants, d’où ils viennent (comme tous les personnages de l’île) ni le pourquoi de leurs actes. L’île de minuit oscille entre fantastique, technologique, et primitivisme, mais l’intrigue est assez simple à suivre, de même que les relations entre les personnages sont explicites, et la série est ainsi destinée à un lectorat du même âge ou plus jeune que les protagonistes enfants. Fin également de Mi-Mouche, au huitième épisode, qui pourrait être la fin de la série, puisque Colette et sa mère, les principales protagonistes, sont sur la voie de trouver la paix et l’équilibre avec elle-mêmes, et l’une avec l’autre, Colette retrouvant de la liberté, sa mère desserant son etreinte étouffante, équilibre symbolisé par deux planches muettes en gaufrier et montage parallèle avec images en miroir, et liberté symbolisée par deux planches au découpage et mise ne forme plus complexes avec des cochons fugitifs manquant de se faire écraser. Mais l’histoire va certainement se poursuivre, pour ne pas laisser en rade les autres personnages qui entourent les deux protagonistes et qui tous ont encore des choses à exprimer, même si moins symboliquement que Colette et sa mère. Suite enfin de Mademoiselle J., avec un chapitre qui pose les enjeux, personnels pour Juliette, la recherche de sa mère, et politiques et humanitaires pour la journaliste qu’elle est, la tentative de sauvetage d’orphelins métis nés de la guerre du Vietnam. Il y a donc un passage dialogué obligé, toujours problématique à mettre en scène de façon qui ne soit pas répétitive et ennuyeuse, et Laurent Verron a trouvé une solution élégante en faisant tourner la scène autour du jeu des mains et de l’expression des visages de Juliette et la mère supérieure qui fument.
Dans le deuxième chapitre des aventures d’Attila par l’abbé, qui est aussi peu rigoureux historiquement que le Guillaume le Conquérant de Raowl, on trouve tout de même encore une fois un personnage historique, Onégèse, bras droit d’Attila, dans une situation toutefois qui laisserait plus que dubitatifs tout historien. Je trouve cet épisode plus réussi que le premier, car basé autant sur du comique visuel que sur les effets de la personnalité délirante atribuée à Attila. Le gag de Manoir à louer se passe dans une cuisine traditionnelle superbement rendue par Juanungo, par contre Trondheim utilise un langage qu’il ne maîtrise pas, des concepts à la mode placés dans un contexte culinaire. Je mentionne juste l’extrait suivant, l’homme cuisine et la vampire s’en étonne, lui disant que « Dans Boule et Bill, c’est la maman qui cuisine », ce à quoi il rétorque « Ha mais c’était une époque différente...Maintenant l’homme se déconstruit . » Vision sociologiquement et historiquement fausse, depuis longtemps les mères ne cuisinent pas mais font à manger, autrement dit elles doivent chaque jour le faire, et rapidement, au milieu d’autres tâches ménagères, alors que quand ils vont aux fourneaux, les hommes eux cuisinent, soit préparent des plats sur lesquels ils passent des heures, ce que les mères qui font à manger n’ont pas le loisir de faire (cf. justement le gag 524 de Dad, Spirou 4570, où Dad en tant que père au foyer est réduit à l’astreinte traditionnelle des mères au foyer, sa mère lui disant fort à propos «Tu comprends maintenant ce que c’est de chercher des idées de repas chaque jour !») En prenant le temps d’« aiguiser des couteaux et écouter l’aliment qui frémit », le père Nikolas ni ne se déconstruit, au contraire, ni ne « réduit la charge mentale » de sa femme, contrairement à ce qu’il s’imagine. Problème de langage aussi pour la personne qui s’empêtre dans les mots en donnant le thème de L’édito aux Fabrice. En direct du futur annonce l’arrivée en janvier d’une nouvelle série, de Trondheim au scénario et Aude Picault au dessin, qui indique étrangement que c’est la première fois qu’elle va publier dans Spirou. En fait, c’est la première fois qu’elle y dessinera une série, puisqu’elle y a déjà scénarisé La famille Pirate, dessinée par Fabrice Parme, il y une dizaine d’années. Ce nouveau personnage se nomme Boulette et, comme Lagaffe, on peut présumer que son nom est descriptif, et il s’agit d’un chat noir, ce qui ne veut pas forcément dire qu’on ne verra plus Crapule, le chat de Jean-Luc Deglin, car l’époque où Spirou refusait les séries qui risquaient de faire doublon est loin, on a ainsi dans le journal plein d’histoires de fantaisie médiévale avec des enfants. Pour finir, l’avant dernière page offre la surprise d’un deuxième Édito, tonitruant, dans lequel les Fabrice proposent une idée pour le spécial Noël à venir (annoncé pour la troisième semaine de suite, j’espère qu’il sera à la hauteur de l’attente créée), idée qui, si elle n’est pas dépourvue d’arrières pensées intéressées, est tout de même jugée bonne par la rédaction : on aura donc droit à un Secret Santa, dans lequel les auteurs s’offriront des cadeaux secrets par tirage au sort.