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Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...

Posté : lun. 25 mai 2026 07:05
par heijingling
Numéro 4596 du 13/05/2026

(De nouveau pas de sommaire donc d’aperçu du numéro sur le site spirou.com cette semaine)

Pochep utilise à bon escient son dessin de corps assez raides pour figurer en couverture des héros du journal déambulant comme des automates au milieu desquels les enfants Frédul et Flicorne se retrouvent perdus sans pouvoir demander leur chemin. Les personnages de Lisa Mandel et Pochep font la couverture du journal pour une occasion doublement spéciale : il s’agit de leur première histoire (à suivre), et il s’y retrouvent perdus nulle part ailleurs que dans la rédaction de Spirou, à l’occasion d’un voyage scolaire. Nombre de détails croquignolets sont parsemés dans la rédaction pour le plaisir des lecteurices, tels que l’ Agent 212 en porteur de menhir, Blutch et Chesterfield dans les rôles de Gaston et Prunelle, les auteurices identifiables à ce qu’ils dessinent (L’agent 212, Olive des Cavaliers de l’apocadispe, du fromage pour Stella Lory, bien que d’autres tel celui aux électrodes sur la tête me restent un mystère), ou Mum 2 qui a revétu pour l’occasion le costume du Spirou de Jijé, reconnaissable à son pantalon large qui fait des plis : dans le portrait qui lui est consacré, Pochep précise être plus impliqué dans le dessin que la co-autrice Lisa Mandel, et on reconnaît bien par l’attention qu’il porte à de tels détails, qui inclue la coupe de cheveux du rédacteur en chef, l’auteur de New-York 1979. L’histoire, où les auteurs de BD du journal sont retenus prisonniers dans un sous-sol secret, doit être un fantasme récurrent, déjà vu dans L’atelier Mastodonte ou l’aventure Natacha et les Petits Miquets de Walthéry et Mittéï (où déjà ils devaient subir un enfant chasseur de dédicaces, comme ici Frédule, celui-ci étant toutefois uniquement motivé par l’appat du gain au contraire de la fille dans Natacha motivée par la passion. Autres temps -1978 et 2026- autres mœurs), et toujours une occasion pour les auteurs de caricaturer leurs collègues et la rédaction. C’est ainsi que la tendance à faire de personnages réels des personnages de BD est poussée dans ce numéro au point que, outre le rédacteur en chef et les secrétaires de rédaction dans Perdus représentés par Pochep et Lisa Mandel, dans En direct de la rédac, et dans les Jeux de Fréfon, Dominique la graphiste et Laure la rédactrice en chef adjointe se retrouvent de plus dans le Courrier des lecteurs pour la première, où elle répond à une lettre, et dans L’édito pour la seconde, où les Fabrice lui courent après dans leur propre ruée vers Laure. Tout cela participe d’une mise en scène générale d’un journal plus animé, où Frédule et Flicorne, perdus dans la rédaction, se retrouvent égarés dans En direct de la rédac, ou le titre des Filles de Nob se retrouve à l’envers suite, soi-disant, à une erreur de la graphiste expliquée sous forme de gag dans cette même rubrique. L’annonce dans En direct du futur d’une rencontre à Charleroi, fief ancestral du journal, avec de nombreux auteurs de Spirou, va aussi dans le sens de faire du magazine bien plus qu’un journal publiant des BD.

Dans la tête de Pochep nous révèle qu’à l’instar de Bouzard, Blutch, Bonhomme et bien d’autres, il rêve lui aussi de réaliser un Lucky Luke, héros de son enfance, pour lequel il a déjà réalisé une couverture, et dont le titre atypique, Pif paf à Nothing gulch, assonne étrangement avec celui du Gaston de Trondheim et Delaf, et la présence d’une cigarette dans la bouche de Lucky Luke témoigne de son esprit irrévérencieux. Et, pour suivre le fil des assonnances, le long nez fin à la Docteur Poche avec lequel Pochep se représente serait-il un retour de cette série qu’il n’aimait pas enfant (voir son Spirou et moi) et avait refoulée jusqu’à l’apprécier adulte ?

Le supplément, annoncé en couverture, est un mini-récit de Marc et Pep, qui se retrouvent comme en apesanteur pour Une enquête de haut vol dans un zeppelin, véhicule censé redevenir à la mode car écologique, et dans lequel ils vont tenter de démasquer un espion. Nicoby alterne des dessins pleine page, qui ont en fait, mini-récit oblige, la taille moyenne d’une case de BD, et d’autres « exigus », comme Pep qualifie la cabine du zeppelin, écho au format de parution, ce cadre inédit amenant un décor intéressant pour jouer des contraintes du mini-récit.
En dehors du mini-récit, pas d’histoire complète, pas de plat de résistance, ne serait l’absence de page intercalaire entre Starlight et Les sœurs Grémillet qui fait apparaitre l'ensemble de ces pages comme un consistant bloc de BD de 17 pages, impression renforcée par le fait que les séries sont toutes deux construites sur une mise en page très aérée. Comme le laisse supposer le titre, Le jeu des masques, chaque défi individuel posé aux sœurs Grémillet apparaît symbolique de la quête de son identité, que poursuivent la plupart des adolescents, la réponse étant la découverte d’une identité complexe, exprimée ici par la composition de la ville où vivent les sœurs : un pont relie une place médiévale à des bâtiments hausmaniens à toiture en zinc, pont sur lequel s’attarde d’alleurs Sarah, une pause qui incarne ses préoccupations quant à savoir qui elle est : l'adolescente rationnelle qu’elle est a du mal à accepter et intégrer ses aspects irrationnels (les apparitions nocturnes). Un nouvel enjeu narratif apparaît dans Starlight, des dissensions apparaissant dans la tribu des Tibbles, ceux-ci étant individués par le dessin de Philippe Cardona et les couleurs de Florence Torta. Suite de Si je t’écris, Denis Bodart reprenant son dessin plus caricatural et plus directement expressif pour représenter la famille du jeune Louis, avec laquelle celui-ci a manifestement des problèmes. Denis Bodart joue habilement des contrastes entre ombre et lumière et intérieur et extérieur pour faire ressentir la distance que le jeune Louis éprouve tant par rapport à ses amis que sa famille, et son attirance inévitable pour le manoir où est censée vivre une sorcière, qui se trouve en hauteur et en pleine lumière, comme une tentation à laquelle il serait difficile d’échapper. Louis, Frédule et Flicorne, Cyrius et Chantilly dans Starlight, les sœurs Grémillet: tous les héros et héroïnes des séries (à suivre) actuellement dans le journal sont de jeunes adolescents ou des enfants, auxquels s’ajoutent Elliot et ses camarades de classe, Nelson le diablotin et son ami scout, Kid Paddle, Les filles (et les Fabrice si l’on se fie à leur âge mental). Huguette, dans sa maison de retraite, remonte l’âge moyen, mais son esprit toujours alerte et sa combativité la maintiennent jeune, tout comme la grande fraîcheur de Willy Woob empêche de déterminer sil est un adolescent ou un jeune adulte.
Enfin, le Frourbi a bien été viré de l’illustration du bon d’abonnement, mais pour se retrouver dans Fish n chips grâce à une collaboration entre Tom et Gally. La rédaction parviendra-t-elle à véritablement s’en débarasser un jour ?