Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...

L'actualité du journal qui va avec la série

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heijingling
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Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...

Message par heijingling »

Tout d’abord, un erratum : j’avais écris textuellement, concernant l’histoire de Seccotine ayant débuté dans le numéro précédent : "un gag (involontaire) lorsque Fantasio exprime son septicisme ironique devant l’intérêt de l’enquête sur la disparitions d’animaux que Seccotine va mener, comme un retour du fait refoulé que Seccotine lui avait damé le pion sur le même sujet dans Le gri-gri du Niokolo Koba."  Je devrais me relire plus sérieusement avant d’oser de nouveau parler de gag involontaire, en faisant un moi-même lorsque je refoule moi-même que c’était Ororéa et non Seccotine l’héroïne du Gri-gri du Niokolo Koba. Je ne parlerai pas des raisons psychologiques certainement honteuses qui m’ont fait écrire ce lapsus malheureux, et espère que le lectorat aura rectifié de lui-même.

Numéro 4583 du 09/02/2026

Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/special-saint-valent ... r-sauvage/

Un spécial Saint-Valentin, qui permet de voir combien la société a changé durant les décennies qu’existe Spirou : un numéro sur un tel sujet qui aurait été impensable jusque dans les années 60 apparaît aujourd’hui au contraire presque désuet mais, amour oblige, il est traité avec moins de distance que Noël. Ce numéro contient donc trois histoires complètes sur le thème, dont un Amour sauvage en couverture, celui des marsupilamis, pour une historiette de trois pages de Batem sur scénario de Ced et couleurs de Cerise, importantes dans ces planches qui regorgent de couples d’animaux, dont le traditionnel jaguar, et ramènent Bring M. Backalive muni d’un appeau imitant le marsupilami femelle avec lequel il tente d’attirer un marsupilami mâle solitaire. L’histoire est suivie d’un sympathique Tuto de Batem construit en séquence animée sur la rencontre de marsupilamis mâle et femelle. Puis suit une histoire dessinée par Yoann dans un trait très simple et délié en couleurs directes aquarellées, pour porter la vivacité du petit singe Sapajou, héros de l’histoire qu’a imaginée Lewis Trondheim, qui s’est amusé à lui donner un collier magique qui lui procure le pouvoir de Ralph Azam de faire apparaître des fantômes, et avec lequel il va tenter de séduire une des sapajoues de ses rêves, histoire quelque peu étrange commençant cruellement pour continuer vers du fantastique et se terminer avec des fantômes de dinosaures, tout cela en quatre pages, aucune des parties n’ayant été développée alors qu’elle portait des promesses d’histoire plus longue. Enfin, une dernière historiette étrange, de Waltch, dont le titre est d’ailleurs Des amoureuses bizarres, sur un écolier ayant le pouvoir de deviner l’avenir à travers les lettres de Saint-Valentin qu’il reçoit, et comme pour l’histoire de Yoann et Trondheim, j’ai eu la sensation que les auteurs ont ouvert des portes pour ne pas les franchir. Par contre, les Jeux de Tyst sur la Saint-Valentin sont à la hauteur de leur format, deux pages en miroir pour un immense jeu des trente différences entre des animaux de la jungle palombienne. Une autre réussite du numéro est la double page de mots d’amour de lecteurices, illustrés de dessins d’amour d’auteurices de Spirou à des collègues, souvent aussi amusants que surprenants.

Dans les gags sur le thème de la Saint-Valentin, je retiens Manoir à louer avec des clients et employés d’un salon de tatouage aux têtes énormes et monstrueuses, étonnament bien plus que celle de la vampire du manoir, jolie dans son genre, L’édito des Fabrice dans leur veine opportuniste, Fish n chipsTom se renouvelle toujours sur le sujet de la pollution des mers, et un Working dead enfin répugnant.

Seccotine poursuit son enquête à Champignac, elle conduit apparement toujours aussi distraitement que dans Le nid des marsupilamis, elle a par contre beaucoup perdu en peps (même dans la scène où elle est éjectée de son vélo elle est molle comme du linge), en revanche, le dessinateur Elric offre à ses lecteurs coquins une scène de fan service de Seccotine nue dans sa douche. Des chapitres de Frnck et Les boutiques fantastiques de la rue Fratastic tout en action, l'un particulièrement réussi par Olivier Bocquet et Brice Cossu qui ébourrifent deux scènes d’action déjà très prenantes (des attaques par des animaux préhistoriques) en les découpant avec de l’humour graphique.

Deuxième semaine consécutive de publicité pour le film Marsupilami, caractéristique des affiches des comédies françaises depuis plus de 20 ans, acteurices entassés en pieds sans aucun décor, sur fond blanc de préférence, aussi attirant et esthétique qu’un paquet de chips premier prix. Enfin Bercovici et Nob se sont chacun amusé à représenter plusieurs personnages du journal (et d’ailleurs), de Raowl à Seccotine pour le premier dans le test spécial Saint Valentin « Avec quel personnage du magazine pourriez-vous vous marier ? » , et du Schtroumpf à lunettes à Astérix (avec des lunettes) , Gaston (itou) et Mickey (ter) dans le feuilleton Dad’s not dead pour le second, où il exprime son envie de reprendre un personnage qu’il aimait petit.
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heijingling
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Message par heijingling »

Numéro 4584 du 18/02/2026

Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/retour-carton-pour-l ... es-de-dad/

Fin du feuilleton Dad’s not dead, puisqu’est glorieusement annoncé en couverture que « Nob a changé d’avis grâce à vous », vous lecteurices de Spirou, et de ces chroniques, qui sait ? Cette couverture est significative à plusieurs niveaux. Tout d’abord, cette annonce confirme la volonté du magazine de renforcer le contact avec son lectorat. Ensuite, le dessin de Nob dépeint Dad étouffé par l’exubérance et l’enthousiasme de ses filles, ce qui représente l’ancienne génération dépassée par les nouvelles, doublement symbolisé par Panda qui a surimposé au marker (ou rouge à lèvres?) le terme « les filles de » sur le nom de Dad, et par le nouveau titre de la série, qui devient donc celui du dessin animé tiré de la série initiale, la technologie audio-visuelle supplantant la presse. Dans les pages de présentation, toujours illustrées de strips et dessins gags, ainsi que, pour ce retour, de photo et dessin de toute la rédaction en liesse, Nob raconte avoir été très touché par les messsages reçus, et comment il va faire évoluer sa série, encouragé en cela par le courrier reçu montrant que le lectorat grand public peut être bien moins conservateur que certains éditeurs veulent le croire. Les quatre premières pages de cette nouvelle série officielle (une publicité indique que Les filles de Dad seront numérotées en partant d’un tome 1) montre l’emménagement de l’ainée, Panda, dans une colocation curieusement nommée Aera 51, avec un dessin d’un petit gris : un gag, un indice pour un concours futur, ou une évolution de la série vers de la SF ? Et, est-ce pour représenter l’émancipation des filles, toujours est-il que Nob offre plus d’espace à ses personnages en faisant dorénavant des planches de trois bandes au lieu de quatre.

L’enquête de Seccotine, les auteurices Elric et Sophie Guerrive semant suffisamment d’indices pour que les lecteurices, en parallèle aux personnages, commencent à comprendre le comment de la disparition des animaux, un peu comme dans les livres enquêtes publiés chez Bayard ou La clé du mystère jadis dans Spirou. Trois choses me font toutefois tiquer dans ce chapitre. Tout d’abord, les chasseurs sont présentés comme des ivrognes machistes, incompétents au point de ne savoir distinguer une chouette d’un hibou (le jeu de mots n'est pas une excuse), et irresponsables à en tirer avant d’identifier leur cible. Heureusement que Sophie Guerrive avait dit ne vouloir stigmatiser ni mépriser personne, qu’aurait-ce été autrement. Ensuite, étonnament, Seccotine, qui a pourtant passé des mois dans la jungle palombienne, se retrouve ici comme la schtroumpfette, effrayée par des cris d’animaux nocturnes de nos campagnes. Enfin, si l’on résumait l’action sous forme d’un récitatif de ces « Livres dont vous êtes le héros », cela pourrait donner : « Menant de nuit votre enquête sur les mystérieuses disparitions d’animaux, vous découvrez que des vaches à l’air hypnotisé ouvrent d’elles-mêmes la porte de leur enclos pour en sortir. Que faites-vous : A-Je les suis pour savoir où elles vont. B-Fatiguée, je rentre me coucher.» Et bien, imaginez-vous que l’héroïne Seccotine ne choisit pas l’option A…

Parmi les aspects remarquables dans Frnck est les personnages qui acquièrent grâce au dessin de Brice Cossu une existence au-delà de leur présence dans le scénario, tels les tigres à dents de sabre démolis dans le chapitre précédent que l’on voit s’en aller, penauds, à l’avant plan d’une case, poursuivant leur vie alors que, absents de cette case, on les aurait oubliés et ils n’auraient eu d’autre justification à leur création que de servir de péripétie. Leur présence ainsi ramenée non seulement renforce l’histoire puisqu’elle rappelle une scène précédente que l’on aurait pu sinon oublier sitôt lue, mais leur donne une vie propre, indépendamment de l’histoire principale. Ce détail parmi d’autres illustre ce qu’avait dit le photographe Guy Le Querrec, élargi aux personnages de fiction : « Les gens ne sont tout de même pas de la gouache qu'on ramasse sur une palette pour l'étaler sur la toile.» De plus, Lambil met aussi des animaux en avant plan de certaines cases, que ce soit pour donner de l’authenticité à une ambiance ou comme moyen de rééquilibrer une séquence dialoguée qui pourrait être trop lourde concentrée uniquement sur les personnages. Milton Caniff ou Victor Hubinon n’ajoutaient pas dans de telles scènes d’éléments extérieurs, mais leurs séries étaient réalistes, et ne craignaient pas une certaine pesanteur, au contraire des Tuniques bleues ou de Frnck qui ont besoin d’ouvertures vers plus de légèreté. Mais, à la différence de Lambil, chez qui les animaux ainsi introduits sont extérieurs à l’histoire et sont justifiés par l’amour que le dessinateur leur porte, ceux de Cossu dans Frnck en font partie, mais ajoutent un deuxième niveau narratif, purement visuel, comme les tigres précités ou le poisson que se prend dans la figure un personnage antagoniste, poisson qui servira au diner et sert de transition vers la scène suivante, qui est une punition en forme de gag contre un méchant de l’histoire, et qui pose un indice vers une péripétie future en faisant tomber les lunettes de l’antagoniste, soulignant ainsi leur importance future. Les boutiques fantastiques de la rue Fracastic se caractérise par une débauche de moyens de la part de Carbone, Sydélia Guirao et Hortense Pien, tant graphique par la mise en page que visuelle (décors et créatures fantastiques) et verbale (noms des créatures et formules magiques), qui me fait penser à un gag de L’homme aux phylactères de Gennaux et Cauvin paru dans Spirou en 1978 qui utilise un extrait du peu sobre Capitaine Fracasse dont le nom rappelle le titre de cette série https://www.2dgalleries.com/art/1978-l- ... mots-99410.

Grande économie de moyen en revanche de Maria-Praz dans Otaku, avec ses cadrages répétitifs ponctués de variations colorées et une judicieuse utilisation des décors qui reproduisent bien l’obsession des personnages envers la convention de mangas où ils tentent d’aller depuis des semaines et l’imagination dont ils font preuve pour y pénétrer à peu de frais. Idem de la part de Juanungo dans Manoir à louer, dans une histoire où les seuls sons sont des éclats de rire et où chaque case est conçue en miroir où se reflètent deux personnages en vis-à-vis dans un remake du duel Spirou-Fluide glacial, et où ce sont uniquement les variations de focale et les changements de couleurs, jusqu’à un final à la Morris, qui aèrent la répétitivité.

Dans les autres gags, lorsque les Fabrice ont dans L’édito le projet, à l’instar de Nob avec Dad, de faire une BD sur leurs filles, celles-ci révèlent des pratiques honteuses de leurs géniteurs (rien d’égrillard, on est dans Spirou, pas dans Le petit Spirou), de bons gags à thème écologiste inattendu et décalé dans Les Fifiches du Proprofesseur de Lécroart (sur le bilan carbone) et Tash et Trash de Dino (sur le recyclage), et recyclage encore dans Kid Paddle où, de même que Dad se retire pour laisser la place à ses filles, Kid Paddle est absent de ce gag de sa série.

Enfin trois pages de publicité, dont une pour Pym et la forêt éternelle, où les auteurices (Fuat Erkol et Clémentine Bouvier), comme souvent hélas, ne sont pas indiqués, ni le fait que l’album contient des planches en plus par rapport à l’histoire publiée dans Spirou, et une autre pour un album Dupuis documentaire, ce qui est plutôt rare, en dehors de la série historique Ariane et Nino pour les enfants, or celui-ci est pour les plus grands, mais le message de ce 9 secondes de Morgan Navarro basé sur des études de Bruno Patino sur l’économie de l’attention , est clair : nous passons trop de temps devant les écrans, décrochons pour lire Spirou...
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Message par heijingling »

Numéro 4585 du 25/02/2026

Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/nelson-presente-donjons-bouffons/

Le décor médiéval en couverture n’annonce pas une nouvelle série fantastique mais une histoire fantaisiste de Nelson et du chevalier Hubert. Et leur auteur Bertschy étant suisse, comme il le rappelle plusieurs fois dans l’entretien de présentation, il en faut peu pour ne pas voir dans les montagnes et l’eau entourant les personnages un paysage alpestre, son dessin informatique évoquant plus l’hygiène suisse que le Conan de Richard Corben ou Barry Windsor-Smith, les montagnes lissées et anguleuses des blocs de chocolat, le château une construction en Légo et le lac A bigger splash de Hockney. Bertschy joue de cela avec humour dans son portrait où il s’auto caricature avec un désordre propret de tous les clichés suisses s’échappant de son cerveau, revendiquant le kitsch avec ses tableaux composés de papiers dorés d’emballages de chocolat, ainsi que dans le Tuto dessiné qu’il propose d’Hubert par lui-même. On peut aussi voir tout cela, les milliers de strips de Nelson, variations sur un nombre très réduit de situations de base, ses pixels arts, la reproductibilité du dessin, comme un ensemble symbolique de l’informatique, la permutation infinie d’unités de base. Pour cette histoire médiévale en quatre page, Bertschy conserve la forme d’humour par strips, sauf en dernière page, et ceux-ci ne sont pour une fois pas numérotés.

Brice Cossu, Olivier Bocquet et Yoann Guillo jouent aussi avec habilité de leurs sources utilisées comme outils, comme dans ce chapitre de Frnck l’exagération des traits de vitesse, celle du sentimentalisme, l’humour faisant irruption dans l’action (« Tout cet amour, ça me donne la nausée » dit un personnage de baroudeur lorsque Frnck et ses proches s’enlacent après avoir échappé à la mort), récupérés des mangas (Tezuka en premier), les références à leur médium (« avec les ellipses de la BD, on devrait y être dans quelques pages maximum » dit Frnck), les actions parallèles montées en colonne sur une page avec une opposition de couleurs. À l’inverse dans Seccotine de Elric et Sophie Guerrive, le rythme est tout sauf trépidant : Seccotine mène son enquête sous la forme d’une promenade en forêt pendant trois pages avec pratiquement toujours le même cadrage. Par contre, étonnament, le maire de Champignac décide d’interdire la milice de chasseurs et l’entreprise Arthur nature, sous un prétexte peu crédible (elles améneraient la haine dans le paisible village), alors qu’elles n’avaient commis aucun trouble à l’ordre public et qu’aucune plainte n’avait été déposé contre elles. Et sans transition, incompréhensiblement (sauf à avoir une vision paranoïaque des relations sociales), suite à cet arrêté, le village se transforme en guerre des tranchées à la Schtroumpf vert et vert schtroumpf. Dans Les boutiques fantastiques de la rue Fracastic, nous rencontrons une impressionante créature végétale imaginée tant par les scénaristes Carbone et Sydélia Guirao (pour sa façon de parler) que la dessinatrice Hortense Pien, heureuse invention qui n’aurait pas déparé dans les meilleurs épisodes d’Isabelle de Will, Franquin et Delporte.

Dans les gags, les Fabrice dans L’édito sont victimes d’une de leurs propres gaffes, le dessinateur argentin Juanungo représente Paris avec une telle précision dans Manoir à louer qu’on pourrait identifier précisément où se trouvent les personnages, et retour subit du strip Mauvaises graines d’Anne-Perrine Couët (dessin) et Ami Inintéressant et Damien Cerq (scénario), dont une poignée de strips étaient parus il y a plusieurs mois. Les filles de Dad vieillissent (Roxanne est maintenant au collège) mais ne grandissent pas, Roxanne a toujours l’air d’avoir huit ans. L’écriture du vieillissement de personnages enfants ne pose pas de problème, par contre graphiquement il faut les faire grandir, et changer donc les proportions des personnages entre eux, ce qui bouleverserait la charte graphique de la série.

En marge Nelson fait un jeu de mots concernant la qualité de papier du journal envers Spouri et Fantasperge, tandis que dans En direct de la rédac, 3 infos 2 vraies 1 fausse est un spécial personnages de BD. Depuis que ce jeu de Bercovici et Bernstein est passé de la forme de BD à celui de questions illustrées, Bercovici, qui fut, depuis son arrivée dans Spirou à l’âge de 13 ans en 1976, il y a quarante ans cette année, célèbre pour être un des plus rapides et prolifiques dessinateurs du journal, au point d’avoir une fois dessiné toutes les séries d’un numéro à lui tout seul (le 3183 de 1999), n’y fait plus, depuis la fin des Femmes en blanc, puis du Coach, que des illustrations éparses. Et déjà la première version de 3 infos 2 vraies 1 fausse était sous forme de strips et pas de planche. Trois des rubriques qu’il illustre dorénavant, La Semaine prochaine, et alternativement dans En direct 3 infos , les tests (en sus de la Désastrologie) lui permettent de se consacrer à la caricature tant de personnages réels, dont beaucoup d’autres dessinateurs, que de personnages de BD, exercice qu’il a toujours apprécié, comme on le voyait dans Le coach, et déjà dans sa première série dans Spirou, Les grandes amours contrariées. Dans la même rubrique on apprend que Stella Lory est aussi obsédée par le Furby/Freuby que par le fromage, d’où sa présence intempestive dans En direct d’abord et maintenant sous L’édito, et par une carte postale de Nicolas Moog que le chien Kiki de Willy Woob aimerait rencontrer Tash et Trash, la rédaction indiquant qu’elle transmettra aux intéressés (à suivre donc). Willy Woob dans les strips duquel est reproduit un fan art. La tendance actuelle du magazine est bien de renforcer le contact avec les lecteurices, à tous niveaux, qui se double de contacts entre les auteurs (le secret Santa, les messages de Saint-Valentin, Dad's not dead, cette carte), et cela dans des animations se prolongeant sur plusieurs numéros, ce qui construit une communauté tangible, face aux communautés virtuelles des réseaux sociaux. On trouve à ce propos avec plaisir dans ce numéro le resultat du jeu concours de Noël, où il fallait identifier sur un grand dessin de Fabrice Erre pas moins de 27 auteurices du journal qui avaient participé au grand banquet de Noël.
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Message par heijingling »

Numéro 4586 du 04/03/2026

Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/lucky-luke-fait-son- ... de-chemin/

Retour du Lucky Luke de Matthieu Bonhomme, introduit par le jeu de mots de Fantasio la semaine précédente pour lequel Spirou lui avait conseillé de prendre du repos et pourtant repris cette semaine en couverture. Selon le contexte, les niveaux d’exigence ne sont pas les mêmes. Le goût de Matthieu Bonhomme pour représenter ses personnages de face créé sur le dessin de couverture un heureux contraste entre le visage fermé de LL et la face échevelée de JJ. Pour son troisième LL, Matthieu Bonhomme reprend une caractéristique essentielle de celui de Morris et Goscinny, les histoires reférentielles, mais les siennes sont plus directes et concentrées, du titre La longue marche de LL au personnage de Jeremiah Johnson directement cité en passant par la scène de la forêt nordique abattue venue de Les ogres (Hiram Lowatt et Placido tome 2, par David B. et Christophe Blain) et le thé et le whisky Cramp en écho à la bière Zilch de Western circus. Cependant, alors que le flamboyant DD vantait comiquement sa propre bière de qualité inférieure, Cramp est pour le moment un inconnu tout puissant, ce qui double l’effet comique d’une ombre dramatique. Et faire se révéler LL « faillible et humain », comme le dit Matthieu Bonhomme dans la présentation, lorsqu’il doit faire face à un enfant turbulent est loin d’une révélation, Blutch l’a déjà montré dans Les indomptés, et plus basiquement, LL est désarçonné (au sens figuré) dès qu’il se trouve face à des problèmes familiaux (Ma Dalton, La guérison des Daltons), il n’est pas l’emblême des cavaliers solitaires pour rien. Une dernière remarque de l’auteur rejoint ce point bien plus sensible que la boutade le dissimule et ouvre des perspectives fécondes, à rapprocher de la multiplication ces dernières années des BD jeunesses (et adultes, plus dans la veine autobiographique) parlant de problèmes familiaux :  «Devenir père a été un grand bouleversement pour moi. Je trouvais dommage que Lucky Luke passe à côté d’un bonheur pareil. La figure du héros solitaire est très européenne. Pour les Indiens, un grand guerrier doit avoir beaucoup d’enfants ! “. Dans je ne sais plus quel livre ou préface de roman sur la littérature chinoise ((Je devrais classer mes archives plus rigoureusement que ne le fait Gaston Lagaffe), un auteur faisait remarquer qu’alors que les romans d’amour traditionnels occidentaux (ainsi que les films) concernent le processus de séduction et s’achèvent avec le mariage (« ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants »), leurs équivalents chinois eux débutent avec le mariage et traitent des problèmes qui le suivent, les uns finissent là où les autres commencent. L’histoire commence avec un premier chapitre, sur neuf, il nous faudra donc attendre plus de deux mois pour connaître la fin de l’histoire, un délai insupportable pour la génération Amazon/Uber eats, mais un plaisir à savourer lentement pour les lecteurs de Spirou qui résistent encore et toujours au tout tout de suite et sont ainsi les Astérix du lectorat de BD. Sur autant de planches, Matthieu Bonhomme peut prendre son temps et la place qu’il veut, et il commence par une longue scène d’introduction silencieuse, mainte fois vue, où le héros arrive dans la petite ville du far-west. Le western étant probablement le genre le plus codifié, autant revendiquer cela et en faire son avantage : Matthieu Bonhomme profite de cette longue scène pour semer des indices de ce qui va être au coeur de l’histoire (la forêt dévastée).

Par un juste retour des choses dû à la qualité de la série, LL, qui s’est inscrit dans le western, l’une des rares mythologies modernes (même Spirou a été touché, comme le rappelle sa présence avec un chapeau noir dans les Jeux de Frédéric Antoine et Yohann Morin), est devenu lui-même mythique, et cela se voit par les références populaires qui en viennent et sont reprises dans ce numéro tant par les Fabrice dans L’édito (les Dalton) que par Sti dans La malédiction de la page treize (L’homme qui treize plus vite que son ombre) et le Freuby de Stella Lory et Marc Dubuisson (idem).

Début d’une série d’ambiance bleue reflets sur la neige, fin d’une série d’ambiance volcanique rouge et terreuse : Fin de Frnck, et, si celui-ci est bien le personnage principal de la série, comme en témoigne l’ultime scène de ce tome 11, avec un retournement de situation bien amené, les personnages secondaires ont une réelle importance, ne sont pas que des faire-valoir, au point d’avoir des scènes entières à eux dédiées et où Frnck n’apparait pas. D’ailleurs, dans son amusant Tuto dessiné, le dessinateur Brice Cossu dit que Mètre-cube est son personnage préféré de la série. Cet esprit d’équipe se retrouve dans la signature en dernière planche de l’histoire, Bocquet (scénario), Cossu (dessin), Guillo et Perdriset (couleurs) alors que ce dernier n’est pas indiqué en haut de page dans le magazine, bien que les couleurs soient un élément essentiel de cette série par le rôle narratif qu’elles jouent, en assurant des transitions entre des scènes, ce qui permet à ces transitions d’être scénaristiquement très éliptiques, comme ici celle où des personnages disparaissent dans le noir d’une grotte, auxquels succèdent d’autres bloqués par des fumées de lave en nuances de vert bouteille. Dans Seccotine, arrivée de Spirou, Fantasio, et surtout Spip dans une scène qui procure un nouvel indice fondamental, et donne de nouveau une longueur d’avance aux lecteurices sur les personnages passablement dépassés, tous perdus dans une forêt de Champignac plus redoutable que la jungle palombienne...Par contre, la façon dont Elric traite la gestuelle de Seccotine est très juste, quasi documentaire, d’une manière plus vue au cinéma qu’en BD, car les acteurices y ont leurs propre gestuelle qui peut être décalée et sans lien avec le scénario, ne pas servir l’histoire mais donner plus de réalité aux personnages, comme ici quand Seccotine se rattache les cheveux pendant qu’elle discute avec le comte de Champignac. Suite de Les boutiques fantastiques de la rue Fracastic, où les problèmes de classe et d’injustices sociales, concrètement marqués jusque dans un panneau indiquant « bidonville » qui détonne dans ce monde magique, où les habitats de pauvres ne sont pas faits de bidons récupérés de la société de consommation, les scénaristes auraient ici pu créer un de ces mots significatifs, crachien, crouspellette, zyeuton, dont elles ont le secret, s’imposent maintenant sur un personnage qui jusque là semblait dans le camp des privilégiés.

Suite également de la préparation de la rencontre annoncée la semaine précédente entre Willy Woob et Tash et Trash, ainsi que du tournoi de L’épée de bois après quatre semaines d’absence (mais le gag est une amusante variation d’un gag de Frantico sur ce que disent vraiment les oiseaux si mignons en apparence), et de Otaku où Rose et Timothée essaient toujours de trouver un moyen d’aller à leur convention de mangas, cette fois en tentant de se faire passer pour des ados. Comme souvent dans les séries de gags, c’est à travers une thématique qui revient ou un arc que l’univers et les personnages peuvent vraiment s’affirmer. Par contre, ce n’est que le septième gag de Boulette, et celui-ci est déjà absent de sa propre série, qui pourrait n’être qu’un prétexte pour qu’Aude Picault y dessine toute sorte de chats de gouttière, ce qui serait plus intéressant au final que les mésaventures d’un chaton naïf. De bons gags dans La pause cartoon sur la thématique de la loi et l’ordre dans Les Fifiches du Proprofesseur de Lécroart et Des gens et inversement de Berth, et du monde sous-marin évidemment dans Fish n chips de Tom, et dans Tash et Trash de Dino, un gag de Working dead sur l’absurdité des soi-disants valeurs proclamées par des entreprises qui sont en contradiction avec leur essence, et dans Les filles, de Nob, c’est au tour de la cadette, Bérénice (et non plus Bébérénice puisque Dad n’est plus là) de s’affirmer face à un caïd de maternelle.

Deux pages de publicités pour des séries jeunesse Dupuis, toujours des histoires familiales (chemin inverse de celui de Dad, dont la famille s’éclate) d’héroïnes dans un monde fantastique, ainsi que pour un jeu de société qui rappelle Zootopia. Dans Le courrier des lecteurs, Roger Leloup raconte une anecdote lui étant arrivée à Hong Kong. En voici une autre : Le dragon de HK est le seul Yoko Tsuno traduit en chinois que j’ai trouvé à HK il y a des années, mais ses rares lecteurices chinois, nourris, comme les Japonais, de séries à rallonge, bien qu’enthousiasmés par le début de l’histoire et admiratifs du dessin ont été surpris, déçus et frustrés que l’histoire se termine si vite. Réaction à rapporter aussi au goût pour les romans familiaux cité plus haut, puisqu’ils attendaient que la relation entre Yoko et Rosée du matin soit développée, ignorant la tradition des séries franco-belges d’histoires en un tome, des éléments pouvant resurgir par la suite.
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